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Lorsque Jacques Martin s’est installé derrière le banc des Sénateurs d’Ottawa, durant le mois de janvier 1996, l’équipe avait obtenu seulement 41 victoires à ses 260 premières parties. Trente ans plus tard — jour pour jour — Martin deviendra le premier entraîneur intronisé dans l’Anneau d’honneur de l’organisation.

Au moment de quitter l’organisation, au terme de la saison 2003-04, il avait permis à l’équipe d’atteindre les séries éliminatoires au terme de chaque saison, sauf sa toute première. Il avait amassé une fiche impressionnante de 341-253-96-20 durant son passage.

« C’était une période franchement excitante », se souvient Wade Redden. Le défenseur qui avait été repêché au deuxième rang par les Islanders de New York en 1995 avait été échangé aux Sénateurs un jour avant l’embauche de Martin. Redden est devenu la deuxième personne — et le premier joueur — à être intronisé dans l’Anneau d’honneur. Il a passé 11 saisons au sein de l’organisation. Il a longtemps été dirigé par Martin.

« Ils ont fait plusieurs changements. Quand Jacques a dirigé son premier camp d’entraînement, Chris Phillips venait d’être repêché. Nous avions des tas de jeunes joueurs. Personne ne savait vraiment à quoi s’attendre », dit Redden.

Avec ses adjoints Perry Pearn et Craig Ramsay, Martin a permis à une jeune équipe de croître pour donner le ton à une nouvelle ère du hockey des Sénateurs.

« Il a vraiment placé l’organisation sur la bonne voie. Il nous a permis de devenir une vraie bonne équipe de hockey. Il a jeté les bases d’un système. Il a très vite su évaluer ses joueurs. Il savait comment on devait jouer pour connaître du succès », dit l’ancien attaquant des Sénateurs Shaun Van Allen.

« Je crois qu’il a simplement élaboré un bon plan de match. Il voulait qu’on soit constant dans l’exécution de ce plan de match, soir après soir. Nous avons eu nos hauts et nos bas durant la première saison, mais nous avons trouvé la bonne recette vers la fin de la saison. Je pense que c'était simplement cette vision cohérente, cette stratégie et cette mentalité, en fin de compte. C'est Jacques qui a apporté cela », déclare Redden.

« Je crois qu’il nous a montré une certaine façon de jouer ensemble. Nous avons commencé à récolter les fruits de nos efforts au fur et à mesure que cette saison avançait. C’était vraiment beau à voir. Les premiers succès ont mené l’équipe droit dans les séries de la coupe Stanley vers la fin de la saison. C’était une belle époque. »

« Il faut du temps et de la patience », dit Van Allen. « Nous avions des jeunes joueurs, quelques vétérans, et ces joueurs n’avaient pas nécessairement de grandes feuilles de route à ce moment. Lorsque Jacques est arrivé avec le directeur général Pierre Gauthier, le plan était d’aller chercher d’autres joueurs et de comprendre comment connaître du succès. Nous avons eu beaucoup de succès sous la direction de Jacques. »

Redden s’est justement souvenu de sa première saison à Ottawa, le week-end dernier, quand il dirigeait l’équipe de sa fille de 15 ans, en Colombie-Britannique.

« J’étais debout, appuyé contre un filet, avec un autre entraîneur. Les filles avaient profité d’une journée de congé la veille. Nous avions donc prévu quelques exercices intensifs de patinage. Ça m’a fait pensé à un match où nous avions été battus 5-0 par Philadelphie », raconte-t-il.

« C’était ma première saison et c’était au tout début de la saison. Jacques n’était pas très content de notre performance. Il nous a fait patiner le lendemain. Dans le journal, ils ont publié une photo de Jacques, appuyé contre le filet, avec une seule main sur son bâton. J’étais là, debout, à ses côtés. Ça m’a fait pensé à Jacques », rigole Redden.

« Il était très exigeant. Il nous traitait très bien et il était bon pour nous à plusieurs égards, mais il tenait à voir un certain niveau d’effort et une bonne attitude. Il voulait qu’on travaille de la bonne façon. Il voulait qu’on se comporte comme des professionnels. Ça nous a vraiment aidé à grandir. »

Van Allen venait de passer aux Sénateurs, lors de la saison où Redden a débuté sa carrière. Ce fut, en fin de compte, l’année de la première participation aux séries des Sénateurs. « Quand j’ai été échangé, je ne connaissais personne au sein de l’équipe. C’était ma première transaction. Ce n’était pas facile », se souvient Van Allen.

Van Allen avait laissé sa jeune famille dans la région d’Anaheim. Il était à Ottawa depuis peu lorsque son fils a reçu un diagnostic d’autisme.

« Jacques était probablement l’entraîneur parfait pour moi à l’époque, parce qu’il était patient et compréhensif », dit Van Allen. « Sa patience ne s’appliquait pas uniquement à moi. Il était bon pour tous les jeunes joueurs. Il nous a donné le temps de découvrir le type de joueurs qu’on allait devenir dans la LNH. »

Un an plus tard, Phillips est arrivé. Il s’est greffé à un groupe talentueux qui réunissait Marian Hossa (18 ans), Alexeï Yashin (23 ans), Radek Bonk (23 ans) et Daniel Alfredsson (24 ans).

L’histoire a déjà été racontée. Martin a utilisé Phillips à l’attaque, dans la deuxième moitié de sa première saison. « Je ne m’attendais vraiment pas à cela, mais c’était quand même bien, parce que ça me permettait de garder ma place dans la formation. Quand l’entraîneur te donne une directive, tu dois faire tout en ton possible pour avoir un impact », dit Phillips.

« Il était un très bon enseignant. Il a pu compter sur plusieurs bons adjoints au fil du temps, mais en tant que jeune joueur, je peux vous dire qu’il était un bon coach, un enseignant très doué. Son enseignement m’a vraiment rapporté gros durant la deuxième portion de ma carrière. »

« Puisqu’il est réservé, il n’était pas du genre à crier derrière le banc », explique Redden. « Je crois que la plus grande portion de son travail survenait lors de la phase de préparation. Puisque. Nous avions un certain style, il devait travailler fort pour nous emmener tous sur la même longueur d’ondes. »

« Il savait que nous étions une jeune équipe qui essayait de trouver la bonne recette pour marquer des buts. Il avait donc mis un système de jeu en place pour nous permettre de connaître du succès », dit Van Allen.

« Il insistait pour qu’on prenne bien soin de la rondelle. Il nous demandait de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentaient. Il nous répétait aussi qu’il ne fallait pas prendre de risques inutiles pour donner des chances de marquer à nos adversaires », ajoute Phillips. « Il fallait se comporter de façon responsable. Il nous parlait souvent de l’attitude qu’il fallait adopter dans la dernière minute d’une partie. Il nous a vraiment emmenés à penser ainsi. »

« Jacques accordait beaucoup d'importance au fait que nous travaillions très dur à l'entraînement et à l’extérieur de la patinoire », explique Van Allen. « Les gens se moquaient de nous parce que nous faisions du vélo après les matchs, mais Jacques insistait beaucoup pour que nous nous donnions à fond, que nous jouions par petits intervalles et que nous essayions de jouer à un rythme soutenu », ajoute Van Allen.

« À cette époque, plusieurs équipes accordaient une plus grande importance à la bonne condition physique. Plusieurs formations cherchaient de nouvelles stratégies. Nous avions une stratégie unique et les joueurs des autres équipes se moquaient un peu de nous parce que nous étions tous sur nos vélos stationnaires pour les entrevues d’après-match. Les entrevues sur les vélos, c’était une marque de commerce d’Ottawa pendant plusieurs années. »

Martin a embauché Lorne Goldenberg à titre de spécialiste du conditionnement physique à Ottawa. Il avait travaillé avec lui dans l’organisation des Nordiques de Québec et de l’Avalanche du Colorado. « Il a joué un grand rôle dans nos succès, au début. Grâce à lui, nous étions en grande forme », dit Redden.

« Toujours à la recherche de nouvelles techniques, je pense que Jacques était également très doué dans ce domaine. Si l'on regarde aujourd'hui comment ils analysent scientifiquement la manière dont vous souhaitez dépenser votre énergie en termes de jours d'entraînement et de jours de repos, je pense que Jacques était également très en phase avec cet aspect, sachant jusqu'où il pouvait pousser. »

« Il pensait que ça nous donnerait un avantage sur les autres équipes », dit Van Allen. « Il avait raison. Si vous consultez notre fiche, quand nous avions l’avance après deux périodes… Le public pouvait pratiquement quitter. On savait qu’on allait compléter le travail. »

Quelques années après l’arrivée de Van Allen, Redden et Philips, les plus jeunes Mike Fisher (choix de deuxième ronde en 1998), Martin Havlát (choix de première ronde en 1999) et Anton Volchenkov (choix de première ronde en 2000) sont arrivés, tout comme Jason Spezza et Zdeno Chara, qui avaient été obtenus des Islanders de New York en échange de Yashin.

En 2002-03, ces Sénateurs ont remporté le trophée des Présidents après avoir remporté 52 parties. Il s’agit toujours d’un record de franchie. Ils ont obtenu le troisième plus haut total de buts marqués dans toute la ligue, cette année-là, mais le penchant de Martin pour la défensive continuait de retenir l’attention.

« Je pense que notre style a changé un peu, en raison des joueurs qui se greffaient à notre formation », dit Phillips. « L’approche de Jacques n’était pas différente. La personnalité des joueurs nous faisait évoluer. »

« Si vous restez sur la glace pendant plus d'une minute, vous allez jouer lentement, vous n'allez pas gagner, et cela m'a toujours marqué, et j'essaie d'intégrer cela dans mon coaching », a déclaré Van Allen, qui a passé sa carrière après avoir été joueur comme entraîneur, principalement avec les Ravens de l’université Carleton.

« Nous avons eu des entraînements amusants avec lui, où nous avons parlé de la durée des changements, et nous avons même pratiqué les changements », a déclaré Havlát jeudi matin à l'émission Mornings sur TSN 1200. « Le jeu est très similaire à ce qu'il était autrefois, et certaines choses ne changent pas. La durée des presences sur la patinoire est très importante. »

Dans les séries éliminatoires qui ont suivi la conquête du trophée des Présidents, les Sénateurs ont atteint la finale de l’Association Est avant de s’incliner dans le septième match contre les Devils du New Jersey. Ces derniers ont par la suite remporté leur troisième coupe Stanley en neuf ans.

Martin a quitté Ottawa au terme de la saison 2003-04. Il a connu du succès en séries ailleurs, participant à deux conquêtes consécutives de la coupe Stanley par les Penguins de Pittsburgh en tant que bras droit à Mike Sullivan, en 2016 ainsi qu’en 2017. La deuxième conquête a été plutôt douloureuse pour Wade Redden.

En tant que jeune retraité du sport, Redden travaillait alors en tant qu’entraîneur responsable du développement des joueurs avec Nashville, l’équipe qui s’est inclinée en finale contre Pittsburgh. Redden était au Bridgestone Arena lorsque Martin a soulevé la coupe.

« J’étais très content pour lui. J’étais triste pournotre équipe. J’aurais pu avoir un tout petit rôle à jouer dans la conquête des Preds. Mais j’étais content de savoir que Jacques pouvait savourer ce moment. J’étais heureux pour Jacques, pour ce qu’il a pu offrir aux Penguins. C’est un homme de hockey très intelligent. Il a toujours apporté la même chose à toutes ses équipes. C’est la même chose avec les Sénateurs, en ce moment. »

Redden aurait également dû être sur le banc lorsque Martin a aidé le Canada à remporter la médaille d'or à la Coupe du monde de hockey 2004 à Toronto, peu après avoir quitté Ottawa. Mais il s'est blessé lors du deuxième match du tournoi. Il a néanmoins pu constater ce que l'entraîneur pouvait apporter à n'importe quel vestiaire.

« Ce qu'il apporte à tout staff d'entraîneurs et à toute équipe, c'est son sang-froid, sa façon de voir le jeu et son intelligence », explique Redden. « Oui, il connaît le jeu. Il sait comment l'enseigner, je suppose, grâce à son expérience d'enseignant, et je pense qu'il a fait un excellent travail en nous expliquant les choses à tous, vous savez, sur le plan technique. C'était quelque chose qu'il savait vraiment bien faire. »

Samedi, Redden rejoindra Redden, l’ancien médecin de l’équipe Don Chow et l’ancien directeur général Bryan Murray quand il deviendra le quatrième membre de l’Anneau d’honneur des Sénateurs.

« Ça me fait du bien d’être de retour. Ça fait 30 ans, maintenant que je me suis joint aux Sénateurs. C’est fou de penser à tout ce temps qui a passé. Nous avons toujours la chance de revenir en ville pour se rappeler de bons souvenirs », dit Redden. « C’est génial, parce que nous avions vraiment un groupe spécial ici. Jacques était un personnage important pour nous tous. »

« Évidemment, j'ai joué avec lui pendant plusieurs années et nous avons certainement connu beaucoup de succès en saison régulière. Nous avions beaucoup de très bonnes équipes qui non seulement gagnaient plus souvent qu'elles ne perdaient, mais pendant la plupart des années où il était là, nous arrivions à la patinoire avec la conviction que nous allions gagner, a déclaré Phillips. Il nous a insufflé beaucoup de confiance, ce qui a rendu cette période vraiment agréable. »

Avec Alfredsson, qui est maintenant entraîneur adjoint des Sénateurs, Chris Neil, maintenant vice-président du développement commercial et communautaire de l'équipe, et Phillips, vice-président des opérations commerciales de l'équipe, Martin a fait son retour au sein de l'organisation en 2023 et reste conseiller auprès du personnel d'entraîneurs.

« C'est formidable qu'il soit toujours impliqué », a déclaré Phillips.

« Voir des gars comme Chris Neil et Alfie à la patinoire et partager ces histoires, c'est fou quand on y pense et quand on se rend compte du temps qui s'est écoulé depuis — et certains jours, on dirait que c'était hier. Mais évidemment, pour moi qui faisais mes débuts dans la LNH, il a joué un rôle important. »

Avec Radek Bonk, tous les anciens joueurs mentionnés ci-dessus – Phillips, Alfredsson, Neil, Redden et Van Allen – seront présents samedi soir pour voir leur ancien entraîneur être honoré avant le match des Sénateurs contre les Hurricanes.

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