Redden s’est justement souvenu de sa première saison à Ottawa, le week-end dernier, quand il dirigeait l’équipe de sa fille de 15 ans, en Colombie-Britannique.
« J’étais debout, appuyé contre un filet, avec un autre entraîneur. Les filles avaient profité d’une journée de congé la veille. Nous avions donc prévu quelques exercices intensifs de patinage. Ça m’a fait pensé à un match où nous avions été battus 5-0 par Philadelphie », raconte-t-il.
« C’était ma première saison et c’était au tout début de la saison. Jacques n’était pas très content de notre performance. Il nous a fait patiner le lendemain. Dans le journal, ils ont publié une photo de Jacques, appuyé contre le filet, avec une seule main sur son bâton. J’étais là, debout, à ses côtés. Ça m’a fait pensé à Jacques », rigole Redden.
« Il était très exigeant. Il nous traitait très bien et il était bon pour nous à plusieurs égards, mais il tenait à voir un certain niveau d’effort et une bonne attitude. Il voulait qu’on travaille de la bonne façon. Il voulait qu’on se comporte comme des professionnels. Ça nous a vraiment aidé à grandir. »
Van Allen venait de passer aux Sénateurs, lors de la saison où Redden a débuté sa carrière. Ce fut, en fin de compte, l’année de la première participation aux séries des Sénateurs. « Quand j’ai été échangé, je ne connaissais personne au sein de l’équipe. C’était ma première transaction. Ce n’était pas facile », se souvient Van Allen.
Van Allen avait laissé sa jeune famille dans la région d’Anaheim. Il était à Ottawa depuis peu lorsque son fils a reçu un diagnostic d’autisme.
« Jacques était probablement l’entraîneur parfait pour moi à l’époque, parce qu’il était patient et compréhensif », dit Van Allen. « Sa patience ne s’appliquait pas uniquement à moi. Il était bon pour tous les jeunes joueurs. Il nous a donné le temps de découvrir le type de joueurs qu’on allait devenir dans la LNH. »
Un an plus tard, Phillips est arrivé. Il s’est greffé à un groupe talentueux qui réunissait Marian Hossa (18 ans), Alexeï Yashin (23 ans), Radek Bonk (23 ans) et Daniel Alfredsson (24 ans).
L’histoire a déjà été racontée. Martin a utilisé Phillips à l’attaque, dans la deuxième moitié de sa première saison. « Je ne m’attendais vraiment pas à cela, mais c’était quand même bien, parce que ça me permettait de garder ma place dans la formation. Quand l’entraîneur te donne une directive, tu dois faire tout en ton possible pour avoir un impact », dit Phillips.
« Il était un très bon enseignant. Il a pu compter sur plusieurs bons adjoints au fil du temps, mais en tant que jeune joueur, je peux vous dire qu’il était un bon coach, un enseignant très doué. Son enseignement m’a vraiment rapporté gros durant la deuxième portion de ma carrière. »
« Puisqu’il est réservé, il n’était pas du genre à crier derrière le banc », explique Redden. « Je crois que la plus grande portion de son travail survenait lors de la phase de préparation. Puisque. Nous avions un certain style, il devait travailler fort pour nous emmener tous sur la même longueur d’ondes. »
« Il savait que nous étions une jeune équipe qui essayait de trouver la bonne recette pour marquer des buts. Il avait donc mis un système de jeu en place pour nous permettre de connaître du succès », dit Van Allen.
« Il insistait pour qu’on prenne bien soin de la rondelle. Il nous demandait de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentaient. Il nous répétait aussi qu’il ne fallait pas prendre de risques inutiles pour donner des chances de marquer à nos adversaires », ajoute Phillips. « Il fallait se comporter de façon responsable. Il nous parlait souvent de l’attitude qu’il fallait adopter dans la dernière minute d’une partie. Il nous a vraiment emmenés à penser ainsi. »
« Jacques accordait beaucoup d'importance au fait que nous travaillions très dur à l'entraînement et à l’extérieur de la patinoire », explique Van Allen. « Les gens se moquaient de nous parce que nous faisions du vélo après les matchs, mais Jacques insistait beaucoup pour que nous nous donnions à fond, que nous jouions par petits intervalles et que nous essayions de jouer à un rythme soutenu », ajoute Van Allen.
« À cette époque, plusieurs équipes accordaient une plus grande importance à la bonne condition physique. Plusieurs formations cherchaient de nouvelles stratégies. Nous avions une stratégie unique et les joueurs des autres équipes se moquaient un peu de nous parce que nous étions tous sur nos vélos stationnaires pour les entrevues d’après-match. Les entrevues sur les vélos, c’était une marque de commerce d’Ottawa pendant plusieurs années. »
Martin a embauché Lorne Goldenberg à titre de spécialiste du conditionnement physique à Ottawa. Il avait travaillé avec lui dans l’organisation des Nordiques de Québec et de l’Avalanche du Colorado. « Il a joué un grand rôle dans nos succès, au début. Grâce à lui, nous étions en grande forme », dit Redden.
« Toujours à la recherche de nouvelles techniques, je pense que Jacques était également très doué dans ce domaine. Si l'on regarde aujourd'hui comment ils analysent scientifiquement la manière dont vous souhaitez dépenser votre énergie en termes de jours d'entraînement et de jours de repos, je pense que Jacques était également très en phase avec cet aspect, sachant jusqu'où il pouvait pousser. »
« Il pensait que ça nous donnerait un avantage sur les autres équipes », dit Van Allen. « Il avait raison. Si vous consultez notre fiche, quand nous avions l’avance après deux périodes… Le public pouvait pratiquement quitter. On savait qu’on allait compléter le travail. »
Quelques années après l’arrivée de Van Allen, Redden et Philips, les plus jeunes Mike Fisher (choix de deuxième ronde en 1998), Martin Havlát (choix de première ronde en 1999) et Anton Volchenkov (choix de première ronde en 2000) sont arrivés, tout comme Jason Spezza et Zdeno Chara, qui avaient été obtenus des Islanders de New York en échange de Yashin.
En 2002-03, ces Sénateurs ont remporté le trophée des Présidents après avoir remporté 52 parties. Il s’agit toujours d’un record de franchie. Ils ont obtenu le troisième plus haut total de buts marqués dans toute la ligue, cette année-là, mais le penchant de Martin pour la défensive continuait de retenir l’attention.
« Je pense que notre style a changé un peu, en raison des joueurs qui se greffaient à notre formation », dit Phillips. « L’approche de Jacques n’était pas différente. La personnalité des joueurs nous faisait évoluer. »
« Si vous restez sur la glace pendant plus d'une minute, vous allez jouer lentement, vous n'allez pas gagner, et cela m'a toujours marqué, et j'essaie d'intégrer cela dans mon coaching », a déclaré Van Allen, qui a passé sa carrière après avoir été joueur comme entraîneur, principalement avec les Ravens de l’université Carleton.
« Nous avons eu des entraînements amusants avec lui, où nous avons parlé de la durée des changements, et nous avons même pratiqué les changements », a déclaré Havlát jeudi matin à l'émission Mornings sur TSN 1200. « Le jeu est très similaire à ce qu'il était autrefois, et certaines choses ne changent pas. La durée des presences sur la patinoire est très importante. »