Dionne main Stubbs badge

Une carrière dans la LNH est définie par plusieurs événements. Les joueurs actuels et les anciens chérissent un moment particulier, un match ou encore des exploits plus larges. Au cours de notre série hebdomadaire de huit articles « Savourez chaque moment » présentée par Olymel, huit joueurs vont partager une expérience de hockey qui occupe une place spéciale dans leur cœur. Aujourd'hui, le centre Marcel Dionne, qui a été intronisé au Temple de la renommée en 1992, revient sur son parcours parsemé de critiques sur sa taille.

Tout au long de sa carrière, plusieurs personnes se sont attardées à la taille, plutôt petite, de Marcel Dionne.
Dionne n'y a jamais porté attention.
En fait, très peu de choses pouvaient déranger ce petit bulldog au cours d'une carrière qui l'a mené au Temple de la renommée du hockey en 1992. Dionne n'est pas seulement un des meilleurs petits joueurs de l'histoire de la LNH, il est tout simplement un des meilleurs joueurs de tous les temps.
« Je mesure cinq pieds trois pouces, je rapetisse », a lancé l'homme de 70 ans en éclatant de rire dans son domicile de Niagara Falls, en Ontario. Il ajoute qu'il mesurait six pouces de plus pendant sa carrière dans la LNH. « Ma taille ne m'a jamais dérangé. Jamais. C'est très important. Tout le monde en parlait, mais moi, ça ne m'a jamais préoccupé. »

Dionne Chippewa

Ayant disputé 1348 matchs dans la LNH avec les Red Wings de Detroit, les Kings de Los Angeles et les Rangers de New York entre 1971 et 1989, ce bouillant joueur de centre débordait de talent à l'attaque, comme le prouvent ses 1771 points en saison régulière (731 buts, 1040 aides) et ses 45 points (21 buts, 24 aides) en 49 parties des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.
Dionne a remporté le trophée Art-Ross à titre de meilleur marqueur de la LNH en 1978-79 grâce à une récolte de 137 points (53 buts, 84 aides) ainsi que le trophée Lady Byng remis au joueur le plus gentilhomme en 1974-75 et en 1976-77, puis il a gagné le trophée Lester B.-Pearson (devenu le trophée Ted Lindsay en 2010) remis au joueur par excellence de la LNH selon l'Association des joueurs en 1978-79 et en 1979-80.
Il n'a jamais remporté la Coupe Stanley, mais le talent offensif de Dionne lui a permis d'établir l'ancien record de points par une recrue avec une récolte de 77 points (28 buts, 49 aides) en 1971-72, et il a amassé 366 points (139 buts, 227 aides) avec les Red Wings de 1971 à 1975, ce qui était alors un record de points pour un joueur à ses quatre premières campagnes dans la LNH.

Dionne Taylor Simmer 1981 ASG

Avec les Kings, Dionne a obtenu au moins 130 points lors de trois saisons consécutives de 1978 à 1981 au sein de l'un des meilleurs trios de l'époque, le célèbre trio de la Triple couronne, en compagnie de Dave Taylor et Charlie Simmer. Il a connu six campagnes de 50 buts en sept ans et huit saisons d'au moins 100 points en 11 ans (une avec Detroit et les sept autres avec Los Angeles) avant d'être échangé en 1987 aux Rangers, équipe avec laquelle il a terminé sa carrière.
Les Kings ont retiré le numéro 16 de Dionne le 8 novembre 1990.
Si la taille n'a jamais été un problème pour le joueur originaire de Drummondville, au Québec, la confiance non plus. En plus de ses statistiques impressionnantes, Dionne n'a jamais eu peur de dire ce qu'il pensait autant pendant sa carrière de joueur qu'une fois à la retraite.
« J'ai toujours su comment gagner, du pee-wee jusqu'au junior majeur, a-t-il dit. Je comprenais le jeu, mais je ne savais pas trop à quel niveau je pourrais le jouer, et ce dès le début, quand je jouais bantam avec Guy Lafleur et Gilbert Perreault. »

Dionne Red Wings early

Le premier choix du repêchage 1971 de la LNH aurait très bien pu être déterminé par un lancer de pile ou face. D'un côté, il y avait Lafleur, la super vedette de Québec dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, et de l'autre, Dionne, la machine à compter de St. Catharines dans l'Association de hockey de l'Ontario (OHA). Perreault avait fait une entrée remarquée dans la LNH l'année précédente, alors que les Sabres de Buffalo l'avaient réclamé au premier rang en 1970.
Finalement, les Canadiens de Montréal ont choisi Lafleur au premier rang en juin 1971 et les Red Wings étaient plus qu'heureux de pouvoir sélectionner Dionne juste après.
« Être choisi deuxième ne m'a jamais dérangé, je m'en fichais », a admis Dionne, qui a grandi à une centaine de kilomètres à l'est de Montréal en écoutant les matchs du samedi soir des Canadiens à la radio. « Guy et moi, on se suivait quand je jouais dans le junior B à Drummondville et que lui était à Québec (en 1967-68). On leur a botté le derrière, c'était incroyable, mais Guy s'est épanoui un peu plus tard. »
St. Catharines a remporté le titre de la ligue ontarienne en 1970-71 en balayant Toronto 4-0. La formation torontoise comptait dans ses rangs les futurs attaquants de la LNH Steve Shutt, Billy Harris, Steve Gardner et Steve Vickers. Perreault avait alors disputé sa première campagne avec les Sabres et il avait mis la main sur le trophée Calder attribué à la meilleure recrue de la LNH. Dionne se souvient d'avoir été impressionné par l'agilité du gros joueur de centre avec son bâton et avec la rondelle, ainsi que par ses qualités de fabricant de jeux.

Dionne 1973

Plus d'un demi-siècle plus tard, Dionne n'a pas oublié la prédiction d'un dirigeant de Toronto dans l'OHA.
« À la fin de la série, il a dit que je ne serais jamais aussi bon que Perreault dans la LNH. C'est une grosse prédiction. Il faut faire attention à ce qu'on dit. »
Perreault a inscrit 1326 points (512 buts, 814 aides) en 1191 matchs, soit une moyenne de 1,11 point par partie, comparativement aux 1771 points et à la moyenne de 1,31 point par partie de Dionne.
« Mon passage chez les professionnels a été un vrai cauchemar », a mentionné Dionne à propos de son arrivée au camp d'entraînement des Red Wings à l'automne 1971. « Je n'étais pas bien préparé. À mon premier jour au camp, je n'ai même pas mis les pieds sur la glace. Ils m'ont envoyé à Detroit pour participer à une conférence de presse. Il y avait plus de 100 joueurs répartis en quatre équipes sur la patinoire à Port Huron. Les évaluations physiques avaient lieu le lendemain, alors j'ai raté la deuxième journée. Je m'habillais seul dans le vestiaire, sans la moindre ambiance. »
Toutefois, Dionne a persévéré et sa folle carrière lui a permis de participer à 534 victoires, 617 défaites et 197 matchs nuls en plus de marquer contre 169 gardiens différents.

Dionne Kings bench

« Tôt dans ma carrière, j'ai étudié le jeu, a-t-il révélé. Quand je suis arrivé à Detroit, on m'a dit que j'étais maintenant un professionnel, alors je devais savoir quoi faire. Je voulais mourir. On ne m'a rien appris. Le seul qui a daigné me montrer quelque chose, c'est Johnny Wilson (l'entraîneur des Red Wings de 1971 à 1973), qui m'a dit un jour à Vancouver : "Marcel, si tu t'appliques un peu plus, tu vas pouvoir marquer 40 buts".
« Je n'y avais jamais pensé, mais après l'entraînement, ce jour-là, les choses ont changé. Johnny est celui qui m'a donné confiance. Il m'a fait jouer à la pointe en avantage numérique. Je n'avais pas autant de temps de glace que dans le junior, alors je devais profiter au maximum de ce que j'avais. C'était une saison mouvementée. Gordie Howe venait de prendre sa retraite (après la saison 1970-71).
« J'aime réfléchir et planifier. Je connaissais bien les équipes pour et contre lesquelles j'ai joué pendant ma carrière. La valse des entraîneurs… J'ai eu 16 entraîneurs en 18 ans, c'est ridicule. Ce n'était pas de mauvaises personnes, mais ils n'étaient pas dans la bonne chaise. »
Dionne a aussi besoin d'un tableau pour tenir le compte de ses coéquipiers, soit 308 en 18 saisons. Lorsqu'il a pris sa retraite après la saison 1988-89, il occupait le deuxième rang de tous les temps pour les buts (il est maintenant sixième) et les buts en avantage numérique (neuvième), ainsi que le troisième rang pour les aides (aujourd'hui 11e) et les points (sixième).

Dionne vs Leafs 1982

Son idole de jeunesse était le grand et élégant centre des Canadiens Jean Béliveau. Or, Dionne savait qu'il devait se trouver un autre modèle, peut-être un peu plus petit physiquement.
« Je regardais Yvan Cournoyer et Henri Richard (des Canadiens) ainsi que Dave Keon (des Maple Leafs de Toronto), a confié Dionne. Je me demandais comment ils pouvaient faire ce qu'ils faisaient. Comment arrivaient-ils à survivre contre de plus gros joueurs? C'est alors que j'ai commencé à me concentrer davantage. Plusieurs personnes avaient de la difficulté à concevoir qu'un joueur de ma taille puisse faire ce que je faisais, mais on ne peut pas me comparer aux autres. »
Dionne s'est joint aux Kings à titre de joueur autonome avant la campagne 1975-76 en acceptant un contrat de 1,5 million de dollars pour cinq saisons. En 11 saisons complètes à Los Angeles, il n'a jamais marqué moins de 36 buts, mais l'équipe éprouvait des difficultés. Elle n'a remporté que trois rondes des séries éliminatoires pendant son séjour à Los Angeles et elle a terminé la saison régulière avec une fiche gagnante à quatre reprises seulement.
« Les gens disaient que j'étais égoïste et que je ne me préoccupais que de mes points, a-t-il ajouté. Or, peu importe où je jouais, je détestais perdre. »

Dionne Rangers action

Scotty Bowman, l'entraîneur des Canadiens lorsque ceux-ci ont remporté cinq fois la Coupe Stanley avec Lafleur à leur tête dans les années 1970, ne se gênait jamais pour rabrouer les critiques de Dionne.
« Marcel pourrait jouer pour moi n'importe quand et n'importe où », avait-il déclaré en le comparant à Richard, Cournoyer, Keon et Stan Mikita des Black Hawks de Chicago.
Dionne était dangereux autour du filet. Il se mettait en position de marquer grâce à son bas centre de gravité et à ses puissantes jambes.
« C'est en partie grâce à mon talent naturel, mais c'est aussi beaucoup grâce à mon positionnement, a-t-il expliqué. Il faut bouger, réagir et se placer au bon endroit. Il faut toujours savoir où est le bâton du défenseur. On m'a toujours dit qu'il fallait être le premier dans le coin pour récupérer la rondelle. Êtes-vous fous? Je ne serai pas le premier, mais je vais être juste derrière et c'est moi qui vais ressortir avec la rondelle.
« J'étais bon pour protéger la rondelle et la garder loin des plus gros joueurs. Je savais toujours qui était sur la glace. Quand je jouais contre (les défenseurs) Bobby Orr et Don Awrey des Bruins de Boston, Awrey me cinglait, alors je lui demandais pourquoi il faisait ça et ce que j'avais fait pour le mériter. Il répondait : "Si tu ne veux pas te faire cingler, va du côté de Bobby". »

Dionne Yzerman 2006

Dionne a pris sa retraite en toute discrétion après avoir disputé 37 parties avec les Rangers en 1988-89 et il a ensuite connu beaucoup de succès dans diverses entreprises. Il a toujours tenu à être son propre patron, un éternel joueur autonome.
« J'ai pris ma retraite et je n'ai jamais regardé derrière, a-t-il mentionné. J'ai alors dit que je ne travaillerais plus jamais pour quelqu'un d'autre. »
Dionne est toujours aussi dynamique et occupé qu'avant. Il discute avec ses clients, il développe des partenariats, il conclut des ententes, il rencontre des investisseurs et il est toujours prêt à offrir ses conseils. Il n'a pas de titre et il ne sait jamais à quoi s'attendre quand son téléphone sonne. C'est exactement ce qui lui plaît.
« J'aime tout ce qui rapporte de l'argent, lance-t-il à la blague. J'aime beaucoup de choses et ce n'est pas une question d'argent. Plus que tout, le hockey m'a beaucoup appris. J'étais très attentif et j'ai été très chanceux de pouvoir pratiquer ce sport.
« J'ai fréquenté les bonnes personnes. Quand je jouais, plusieurs m'ont critiqué. Ils ne m'aimaient pas, mais ils ne me détestaient pas non plus. »
Puis, il conclut, toujours en riant : « Ils savaient que j'étais bon. »