D’un côté, un Québécois portant l’uniforme jaune et noir des Bruins de Boston. Le meilleur attaquant défensif de sa génération, et possiblement de l’histoire de la LNH.
De l’autre, celui que plusieurs considèrent comme le meilleur gardien des années 2010. Il est vêtu du bleu-blanc-rouge des Canadiens de Montréal.
Patrice Bergeron et Carey Price se sont affrontés à 56 reprises au cours de leur carrière. Chaque fois, en trame de fond, cette fameuse rivalité Canadiens-Bruins, connue pour ses empoignades et ses débordements. Mais les deux hommes se sont toujours tenus loin de ce tumulte – sauf en 2011, vous dirait Tim Thomas – préférant leur jeu parler de lui-même.
Une quinzaine d’années après l’apogée de cette rivalité, Bergeron et Price feront leur entrée au Temple de la renommée du hockey. Bergeron a été élu par le comité de sélection du Temple à sa première année d’admissibilité. Price, à sa deuxième.
« C’était toujours plaisant d’affronter les Canadiens, mais tu préfères être dans l’équipe de Carey qu’être contre lui! », a soutenu Bergeron lundi, en visioconférence. « Carey est à son meilleur sous pression, et il faisait la différence quand ça comptait. »
Bergeron a eu la chance de faire équipe avec Price pendant quelques jours en 2014, lors des Jeux de Sotchi. Ils ont aidé le Canada à remporter la médaille d’or au terme d’un tournoi où Price n’a accordé que trois buts en cinq parties.
L’ancien gardien du CH garde lui aussi de bons souvenirs de Patrice Bergeron, le coéquipier.
« C’était spécial d’avoir pu jouer avec Patrice aux Olympiques, a-t-il dit. Avec la manière dont il perçoit le jeu, et le dévouement qu’il a en offensive comme en défensive, c’était assurément plaisant qu’il soit mon coéquipier et non un adversaire. »
Bergeron a remporté six fois le trophée Selke du meilleur attaquant défensif de la LNH, un record. Il a terminé sa carrière avec un total de 497 buts et 1168 points en 1464 matchs, saison régulière et séries incluses.
Contre Price, il totalise seulement 12 buts en 56 matchs, mais ses Bruins ont remporté deux de leurs trois séries face au Tricolore en sa présence. Ils ont notamment défait Price et sa bande en sept matchs au premier tour des séries de 2011, en route vers une première conquête de la Coupe Stanley en 39 ans – et encore leur dernière à ce jour.
Bergeron se souvient bien de ces séries Canadiens-Bruins, mais aussi de celles qu’il a vécues en grandissant à l’Ancienne-Lorette, au Québec. Les Canadiens n’étaient pas l’équipe sa ville natale, mais ils comptaient dans leur rang un certain Guy Carbonneau, qu’il a toujours respecté pour la qualité de son jeu défensif. Carbonneau a remporté trois fois le trophée Selke et a été intronisé au Temple en 2019. Bergeron a suivi ses traces, en quelque sorte.
« Guy Carbonneau était un grand joueur défensif qui ne jouait pas loin de la maison, a-t-il souligné. Plusieurs personnes comme lui m’ont influencé, tout comme certains coéquipiers et certains entraîneurs qui m’ont aidé à développer mon propre style. »
Pendant que Bergeron admirait les prouesses de Carbonneau, Price, lui, s’inspirait de Patrick Roy. Il n’a pu l’imiter en ramenant la Coupe Stanley à Montréal, mais il s’enorgueillit tout de même d’avoir passé l’entièreté de sa carrière avec les Canadiens.
« J’éprouve tellement de fierté à l’idée d’avoir été un Canadien de Montréal. Ce n’est pas tout ce que je suis, mais c’est une grosse partie de la personne je suis devenue, a-t-il affirmé. C’est une organisation qui a tant d’histoire, un si grand héritage et qui a eu tant de succès. On a eu de bonnes équipes et j’ai eu de bons coéquipiers au sein d’une organisation de première classe. J’en tire beaucoup de fierté. »
« Lorsque Carey était à son apogée, tout le monde voulait jouer comme lui », se souvient l’ancien portier des Predators de Nashville Pekka Rinne, qui sera lui aussi admis au Temple cet automne. « Carey est l’un de ces gardiens que j’ai toujours admirés. J’ai toujours trouvé qu’il était parmi les meilleurs gardiens de la LNH. »
Price a rejoint un groupe sélect en 2015 en devenant le cinquième gardien de l’histoire à remporter les trophées Hart et Vézina la même année. En 2021, il a été au sommet de son art pour mener les Canadiens en finale de la Coupe Stanley. Mais à peine un an plus tard, les blessures mettaient prématurément fin à sa carrière. L’appel du Temple met-il un baume sur cette fin abrupte, lui a demandé un collègue?
« Je ne pense plus trop aux blessures, a conclu Price. Je voulais prendre ma retraite quand mon corps allait me dire de faire autre chose. Je suis en paix avec ça. C’est simplement un honneur d’être intronisé et j’ai hâte de célébrer avec tout le monde. »


















