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Pourquoi échanger Taylor Hall contre Adam Larsson?

Bouchard: Analyse de la plus récente transaction entre les Devils et les Oilers

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Le public montréalais y a moins prêté attention, mais l'échange envoyant Adam Larsson aux Oilers d'Edmonton et Taylor Hall aux Devils du New Jersey en a fait sourciller plus d'un la semaine dernière.

Taylor Hall est une authentique bombe offensive. Avec 328 points, dont 132 buts marqués, depuis le début de sa carrière, Hall est au sommet de son art et, à 24 ans, encore sous contrat pour quatre autres saisons à raison de 6 millions $ par année. Bref, une vedette offensive sous contrat pour un prix plus qu'abordable.

Hall n'a pas que des qualités. C'est un joueur qui semble vulnérable aux blessures, la dernière saison étant la seule de 82 matchs depuis le début de sa carrière. Mais, selon les données colligées par le site Corsica.hockey, Hall est 14e pour le nombre de points obtenus par heure jouée à 5-contre-5 depuis trois ans (au moins 1000 minutes jouées). Sachant qu'il y a dans le paquet une campagne de 38 points en 53 matchs, c'est impressionnant. En fait, même cette « mauvaise saison » de Hall reste impressionnante : ses 32 points à forces égales sont dignes d'une saison de 82 matchs pour un bon attaquant « top-6 ». Alors, pour une mauvaise année, en 53 parties…

Adam Larsson n'est pas exactement du même moule. Défenseur qu'on annonçait habile à toutes les disciplines lorsqu'on l'a repêché, il s'est plutôt taillé une place comme spécialiste des missions défensives au New Jersey. Tout comme Hall n'a pas (toujours selon corsica.hockey) touché le plancher des 100 minutes jouées à 4-contre-5, Larsson n'a pas atteint ce plateau à 5-contre-4.

Il est donc intéressant de comparer deux joueurs aussi différents. J'ai récupéré, toujours sur corsica.hockey, une série de données concernant les défenseurs et les attaquants, à 5-contre-5, 4-contre-5 et 5-contre-4. J'ai ensuite calculé le rang occupé par ces deux joueurs parmi ceux qui occupent la même position en prenant le total des données depuis le début de la saison 2013-14. En calculant ce rang comme un pourcentage, on est capable de mieux situer où ils se trouvent par rapport aux autres.

Le graphique ci-dessous représente ces rangs pour les deux joueurs. J'ai éliminé les données de Hall à 4-contre-5 et celles de Larsson à 5-contre-4 parce qu'il me semble difficile de comparer ces joueurs à leurs pairs pour de si petites durées. On se retrouve donc avec une illustration des zones différentes occupées par chaque joueur ainsi que leur niveau de performances dans ces zones.

Mettre l'accent sur le jeu à 5-contre-5

Les points sont les buts et les premières passes, bref les participations directes aux buts. Hall est évidemment au sommet, mais je souligne que Larsson n'est pas une nullité absolue sur ce plan, plutôt dans le milieu du paquet. De même, lorsqu'on évalue la qualité des adversaires affrontés en se basant sur leur temps de jeu, on constate que Hall comme Larsson affrontent depuis trois ans les meilleurs éléments adverses.

L'indice « 5v5 Mises » représente le différentiel de mises en zone offensive relatif au reste du club, et je l'ai ordonné pour qu'un plus grand nombre de mises en zone défensive représente un taux plus élevé. Larsson a depuis trois ans été un des défenseurs les plus enterrés en zone défensive par rapport au reste de son équipe alors que Hall, au contraire, est parmi ceux qui ont obtenu la plus grosse poussée territoriale.

Les mentions « tirs… » représentent le nombre de tirs et de tirs manqués obtenus ou accordés relativement au reste de l'équipe. On y constate que Larsson n'a pas été enterré pour le plaisir, il a clairement contribué à émousser les élans de l'adversaire, même s'il n'a pas participé à l'offensive outre mesure. C'est tout le contraire pour Hall, qui procure une forte poussée offensive, mais offre des performances ordinaires en défensive.

Il me semble clair que c'est dans cette phase du jeu que se trouve l'explication d'un échange qui, de prime abord, semble effroyablement désavantageux pour les Oilers. En échouant ces dernières saisons à développer Justin Schultz, en laissant partir Jeff Petry pour une bouchée de pain, les Oilers n'avaient qu'un champ de ruine sur le flanc droit de leur défensive.

Adam Larsson, signé pour encore six ans à 4 millions $ par saison, pourrait remplir pour la durée de ce contrat un rôle similaire à Niklas Hjalmarsson à Chicago, ou encore Marc-Edouard Vlasic à San Jose, celui d'un défenseur défensif de premier plan, qui, s'il ne contribue pas à l'attaque, émousse les fers de lance des attaques adverses. Ces joueurs sont plus rares et plus précieux qu'on ne le croit.

Reste à voir s'il répondra à leurs attentes. Les indices sont très peu flatteurs pour Larsson à 4-contre-5. Parce que les unités spéciales dépendent lourdement des entraîneurs, je me garde une petite gêne, mais il est quand même surprenant de voir à quel point ses bonnes performances défensives à 5-contre-5 ne suivent pas en désavantage numérique.

Bref, on a payé le gros prix. Peut-être fait-on le pari que Taylor Hall, qui ne s'économise pas, va rapidement ralentir à cause des blessures, qu'il est désormais l'ailier de 65 points qu'on a vu l'an dernier et non cet attaquant qui terrorisait la ligue en 2013-14 (80 points en 75 matchs). Ça n'est pas un petit risque, et si on stabilise la défensive, on a franchement fait reculer le groupe d'attaquants.

Milan Lucic est un bon joueur à 5-contre-5, mais il n'est pas Taylor Hall et il sera intéressant de voir ce que les Leon Draisaitl, Ryan Nugent-Hopkins ou encore Jordan Eberle feront sans Hall pour mener la charge. Tout ça pourrait prendre un moment à se placer. Mais malgré le départ de Hall, Edmonton a clairement en main les atouts pour lancer à moyen terme trois trios offensifs sur la glace soir après soir, un élément essentiel à toute formation aspirant à la Coupe Stanley.

J'ai moins à dire sur les Devils parce qu'ils laissent partir moins que ce qui s'en vient. Hall rajeunit sensiblement un noyau d'attaquants qui avançait trop rapidement en âge. Mais je m'interroge sur la suite des choses. On a mis sous contrat Ben Lovejoy, âgé de 32 ans, pour compenser la perte de Larsson, une régression. Et j'ai bien de la misère à voir un noyau prometteur dans John Moore, Jon Merrill et Damon Severson. De bons jeunes défenseurs, certes, mais on n'a plus vraiment de pilier autour duquel les organiser. Les Devils n'ont pas fini leur été.

 

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