GREENBURGH, État de New York -- Le sourire d’Igor Shesterkin voulait tout dire en début de camp d’entraînement des Rangers de New York.
« Je suis si heureux, s’est exclamé le gardien aux médias. Je suis emballé par la nouvelle saison… Je me suis ennuyé du hockey, je me suis ennuyé de mes coéquipiers. Je suis si heureux de parler de hockey à nouveau! »
C’est cette version enjouée et loquace de Shesterkin qu’il compte garder tout au long de la campagne.
« Je veux être positif chaque jour. La saison dernière, j’étais fâché contre moi-même, car je ne jouais pas de la manière dont je voulais, a-t-il expliqué. J’espère que le scénario sera différent cette saison et que je serai plus heureux de discuter avec vous, [les médias]. »
Difficile de concevoir l’état d’esprit passé de Shesterkin lorsqu’on jette un coup d’œil à ses statistiques de 2022-23.
37 victoires en 58 matchs, une moyenne de 2,48 buts alloués par rencontre, une efficacité de ,916... Dans chacune de ces catégories, le portier a été l’un des 10 meilleurs de la LNH parmi ceux qui ont obtenu au moins 30 départs devant le filet. Rien de gênant, mais ces chiffres l’importaient peu.
« J’ai assurément été sévère envers moi-même, a-t-il avoué. Vous vous rappelez sûrement mon attitude après les entraînements. J’étais fâché et je ne voulais pas vraiment parler à quiconque excepté ma famille. »
L’engouement envers Shesterkin s’était décuplé après sa saison 2021-22 de rêve, où il avait mis la main sur le trophée Vézina, remis annuellement au meilleur gardien de la LNH, en plus d’être finaliste à l’obtention du trophée Hart, décerné au joueur par excellence du circuit.
Une fiche statistique inégalée de 36-13-4, 2,07 buts alloués/match, une efficacité de ,935 et six jeux blancs l’avait promu de remplaçant d’Henrik Lundqvist à homme de la situation chez les Rangers.
Ce n’est pas forcément une mauvaise chose d’être son pire critique lorsqu’on cherche à faire fi de l’attention positive ou négative d’être une vedette dans le marché new-yorkais.
Mais dans le cas de Shesterkin, cela ne l’a pas aidé à arrêter suffisamment de rondelles la saison dernière.
« Je n’ai pas à penser à quoi que ce soit. Je dois simplement faire à la musique, faire les arrêts et être concentré, a-t-il indiqué. La saison dernière, j’ai commencé à trop réfléchir avant les tirs et les passes, donc je me compromettais. Ça rend la tâche plus facile pour les attaquants. »
Il s’agissait d’une embûche à laquelle il n’avait pas été confronté la saison précédente.
« J’avais amorcé 2021-22 avec quelques bons matchs et j’ai conservé le même état d’esprit, a raconté Shesterkin. Lors ça allait mal, par exemple lorsque je me faisais retirer d’une rencontre, je prenais du recul et la journée d’après devenait une page blanche. Un nouvel entraînement, un nouveau match. La saison dernière, je suranalysais tous mes matchs, tous mes entraînements, ce que je faisais de bien, de mal et ce que je devais changer. Ce n’est pas facile d’être en parfaite disposition pour un affrontement lorsque tu réfléchis constamment. Je suis simplement un joueur de hockey, je n’ai pas besoin de compliquer les choses. »
Son nouvel auxiliaire, le vétéran américain Jonathan Quick, en comprend quelque chose.
« C’est la réalité d’être un gardien, particulièrement lorsque tu as d’excellentes saisons et que tu souhaites reproduire cela chaque soir, a-t-il mentionné. Tu dois savoir prendre un pas de recul, bien que ce soit une bonne chose d’être motivé et de vouloir peaufiner son jeu chaque jour. C’est difficile de trouver l’équilibre entre les deux. »
Quick a lui-même eu de la difficulté à trouver cet équilibre lors de sa carrière de 15 saisons de la LNH, ponctuée de trois conquêtes de la Coupe Stanley (Kings de Los Angeles, 2012 et 2014; Golden Knights de Vegas, 2023).
« Tu veux être très bon chaque soir, et pour être très bon, il faut faire des arrêts que les autres gardiens de la ligue ne font pas chaque soir. Lorsque tu as de telles attentes, c’est difficile mentalement, particulièrement lorsque tu disputes 60 matchs. »
L’auxiliaire des Rangers a donc délaissé l’analyse des détails techniques de son jeu, afin de se concentrer à faire tout en son possible pour arrêter la rondelle.
« Ce n’est pas de délaisser la structure, mais plutôt une question d’arrêter d’y penser. Éventuellement, elle va de soi. »
C’est d’ailleurs ce qui a permis à Shesterkin de revenir sur les rails en fin de saison dernière, vers la fin du mois de février. Il a conclu la campagne avec une fiche de 12-3-1, une moyenne de 1,98 but alloué par match, une efficacité de ,934 et trois jeux blancs.
Les Rangers ont ensuite plié l’échine face aux Devils du New Jersey dès le premier tour des séries éliminatoires, mais le portier n’est pas à blâmer pour cette sortie hâtive des siens. Il n’a accordé que 14 buts lors des sept rencontres éliminatoires des New-Yorkais.
« Je veux simplement être le meilleur. Si quelqu’un croit que je suis le meilleur, tant mieux, mais si quelqu’un croit que je suis le pire, c’est correct aussi. Si un jeu simple me permet de bien faire, je vais être heureux », a conclu Shesterkin.





















