Dan O'rouke bike split image

Le périple s'annonce long et difficile pour Dan O'Rourke.

Pendant que le soleil le frappera sur la tête et que ses muscles brûleront en raison de l'effort, il se demandera combien de kilomètres il doit encore parcourir pour atteindre son objectif de 112 (70 miles) par jour. Il y aura aussi des crevaisons, la météo qui joue des tours et un réveille-matin qui sonnera à 4h30.

Mais tout cela vaudra la peine lorsqu'il pensera à pourquoi il a décidé de relever cette épreuve.

O'Rourke, qui est arbitre dans la LNH depuis 1999, sautera sur son vélo pour parcourir la Route 66 de Santa Monica, en Californie, jusqu'à Chicago à partir du 27 juillet. Il aura à l'esprit les enfants de l'Académie de la Fédération nationale des aveugles (NFB) BELL (Braille Enrichment for Literacy and Learning), un programme estival qui vise à aider les enfants qui ont un trouble de vision à apprendre le braille et d'autres habiletés pour les aider à vivre une vie de façon indépendante et en confiance.

« Ils m'ont fait parvenir une petite vidéo où ils étaient assis devant le centre et ils m'encourageaient, a raconté O'Rourke. Je sais qu'il y aura des journées plus difficiles lors de cette aventure, mais je peux m'inspirer d'images de la sorte et me dire que je suis capable de passer à travers ma journée. »

O'Rourke sera sur son vélo pendant 45 jours. Il prendra bien sûr quelques pauses, dont des arrêts où se tiendront des fêtes où il pourra rencontrer ses supporters. La date prévue de son arrivée à Chicago est le 8 septembre. L'arbitre de 50 ans partagera son parcours par l'entremise des réseaux sociaux, lui qui amassera de l'argent pour le NFB https://nfb.org/route66 et une cause qui lui tient à cœur depuis très longtemps.

Le père d'O'Rourke, Tom, et son grand-père ont tous les deux perdu la vue. Son père a souffert de rétinite pigmentaire, une rare maladie dégénérative qui touche la rétine et qui mène à une perte progressive et graduelle de la vision. La famille croit aussi que son grand-père, qu'O'Rourke n'a jamais rencontré, souffrait de la même maladie.

« Une des raisons pour lesquelles je fais ceci est pour amasser de l'argent pour les enfants afin qu'ils puissent aller dans ces camps pour apprendre le braille ainsi que découvrir des technologies qui pourront les aider à atteindre leurs objectifs de vie, a expliqué O'Rourke. Et ce qui est génial, c'est que ces camps sont dirigés par des personnes non voyantes.

« Les jeunes se retrouvent dans des groupes avec des enfants qui sont comme eux, et ils comprennent qu'ils ne sont pas seuls, qu'il y a d'autres personnes qui peuvent les aider et qui traversent les mêmes épreuves qu'eux. C'est quelque chose qui est vraiment important pour moi. »

L'organisme est majoritairement dirigé par des personnes non voyantes, et a comme but de permettre aux non-voyants d'atteindre leur plein potentiel grâce à un système de soutien.

« La majorité des gens qui souffrent de RP sont légalement aveugles lorsqu'elles atteignent la vingtaine, a expliqué l'officiel. Mon père a résisté pendant beaucoup plus longtemps qu'il ne le croyait. »

Mais ça ne veut pas dire qu'il était prêt à accepter la situation.

Pendant longtemps, Tom O'Rourke a préféré agir comme s'il n'était pas aux prises avec cette maladie, même dans sa jeunesse alors qu'il pouvait parfois avoir de la difficulté à repérer des objets sur le sol, comme la racine d'un arbre. Plus il vieillissait, plus il vivait dans le déni, ce qui l'a empêché de prendre des initiatives qui auraient pu l'aider dans sa vie quotidienne, comme utiliser une canne ou apprendre le braille.

Mais il n'a jamais cherché d'excuses. Il n'a pas laissé son état de santé l'empêcher d'apprendre à ses enfants comment faire du ski nautique ou encore des sauts périlleux arrière sur un trampoline.

Il n'a jamais hésité.

« Il ne nous a jamais dit, à mon frère ou moi, qu'il ne pouvait pas faire quelque chose parce qu'il ne voyait pas. Il parvenait à le faire, a raconté O'Rourke. Ce n'était pas toujours élégant. Nous allions jouer au golf et mon père frappait la balle de toutes ses forces avant de nous regarder et nous dire : 'Eh bien, où est-elle allée?' »

Aujourd'hui, à l'âge de 75 ans, Tom n'a presque plus de vision périphérique, mais il est encore en mesure de jouer aux cartes s'il les place à quelques centimètres de son visage et que la pièce est bien éclairée.

Il s'est aussi blessé à plusieurs reprises parce qu'il ne voyait pas bien où il allait. Son nez, son os orbital et quelques côtes ont tous été fracturés.

« C'est son côté entêté », a souligné O'Rourke.

Ce dernier, un grand amateur de CrossFit, a amorcé son aventure avec l'objectif d'amasser 50 000 $. La NFB lui a dit de penser plus grand, puisqu'elle estime qu'il pourrait récolter 250 000 $. Il a décidé de relever le défi.

Avant même de donner un premier coup de pédale, O'Rourke a déjà amassé près de 30 000 $.

Afin de l'accompagner, O'Rourke aura à ses côtés son épouse April et leur chien Beiley. Ils suivront le cycliste à bord d'un motorisé afin de transporter tout l'équipement nécessaire. O'Rourke devrait pédaler en solo, à moins d'être rejoint par d'autres cyclistes, et peut-être même un vélo tandem sur lequel prendrait place une personne non voyante.

Il a choisi le 27 juillet pour le départ, la date à laquelle son grand-père est né en 1891. Il compte pédaler pendant trois jours consécutifs avant de prendre quelques jours de repos. En chemin, il s'arrêtera à six endroits où la NFB a des installations régionales.

Si tout se passe comme prévu, ses parents, Tom et Janis, l'attendront à la ligne d'arrivée le 8 septembre. O'Rourke a d'ailleurs souligné tout ce que sa mère avait fait pour son père. « Elle a été son chien-guide durant toute sa vie! » Son fils Austin, qui s'entraîne actuellement pour lui aussi devenir arbitre, sa fille Gracie et des amis seront aussi sur place.

Ce ne sera pas une mince affaire que de pédaler sous le chaud soleil du sud-ouest des États-Unis au beau milieu de l'été. Mais il croit qu'il peut y arriver, parce qu'il est aussi entêté que son père.

« J'ai réalisé que j'étais en mesure d'y arriver parce que mon père nous a transmis ce côté têtu, a-t-il raconté. Ce n'est pas parce que quelqu'un te dit que c'est impossible que tu dois l'accepter. »