MONTRÉAL – Pascal Vincent a déjà fait des prédictions plus audacieuses.
« Pour moi, c’est juste une étape pour Marc-André avec son entrée au Temple de la renommée de la LHJMQ. Le Temple de la renommée de la LNH s’en vient aussi pour lui. C’est une question de temps. »
En théorie, Marc-André Fleury ouvrira les portes du panthéon de la LNH à Toronto au mois de novembre 2028 après une attente obligatoire de trois saisons.
Mais d’ici là, Fleury recevra un premier hommage témoignant de sa glorieuse carrière. Mercredi soir au Théâtre Capitole de Québec, le gardien originaire de Sorel fera son entrée parmi les immortels de la LHJMQ avec Donald Audette, David-Alexandre Beauregard et Jean-Marc Richard dans la catégorie des joueurs, puis Jacques Tanguay dans celle des bâtisseurs.
« C’est tout un honneur, a dit Fleury lors d’une entrevue téléphonique avec LNH.com le 9 septembre. Il y a plusieurs joueurs qui passent par la LHJMQ, mais très peu qui reçoivent cette reconnaissance. Je me sens privilégié qu’ils aient pensé à moi. J’ai aimé mes années dans la LHJMQ et au Cap-Breton. J’ai vécu de belles saisons avec les Screaming Eagles.
« J’ai grandi de mon expérience dans la Q, a-t-il enchaîné. Pour moi, c’était la meilleure préparation possible. J’ai réussi à faire le saut avec les Penguins à Pittsburgh dès mon premier camp. Mais je n’y serais pas parvenu sans mon passage chez les Screaming Eagles. Dans la LHJMQ, j’avais la chance de jouer plusieurs matchs et je patinais pratiquement tous les jours. La cadence des matchs m’a aidé, tout comme les nombreux voyages. Quand tu joues plusieurs matchs et que tu te déplaces en autobus pendant dix heures, tu dois trouver des façons de rester en forme et bien éveillé. »
Fleury a partagé ce chapitre formateur de sa carrière avec Pascal Vincent. Les deux ont mis le cap sur le Cap-Breton en Nouvelle-Écosse en 2000. Le gardien y a passé un peu plus de trois saisons, alors que Vincent a dirigé l’équipe pendant huit saisons.
« Je revois le jeune Flower de 15 ou 16 ans », a dit Vincent avec un sourire dans la voix de son nouveau domicile dans la région de Seattle, où il occupe maintenant un poste d’adjoint à Lane Lambert avec le Kraken. « À son arrivée au camp, il était maigrichon et il avait des jambières un peu trop petites. Il avait grandi durant l’été. De mémoire, il portait des jambières bleues et blanches. »
« Wow, Pascal a une bonne mémoire, a renchéri Fleury à ce sujet. J’avais des jambières blanches et bleues, mais avec un peu de noir aussi ! Elles étaient aux couleurs des Riverains du Collège Charles-Lemoyne, mon équipe dans le Midget AAA. »
Il n’y a pas juste cette pièce d’équipement qui clochait. La langue et l’éloignement géographique représentaient deux autres enjeux. Avant de partir pour la Nouvelle-Écosse, le jeune homme de 15 ans (16 au mois de novembre 2000) n’avait jamais pris l’avion.
« J’avais un anglais très rudimentaire, a affirmé Fleury. Je suivais mes cours à l’école, mais j’ai vite compris que ce n’était pas assez pour entretenir de bonnes conversations. »
« Je me souviens du mot de ma mère avant mon départ. Elle me disait qu’elle n’avait pas encore terminé mon éducation à l’âge de 15 ans. Ma mère et mon père laissaient ça un peu entre les mains des Screaming Eagles et de ma famille de pension. Mais ils ont fait un très bon travail avec moi. »
Vincent garde aussi en tête les paroles de France Cardin, la mère du jeune gardien.
« Je sentais sa mère un peu triste. Elle trouvait ça loin, le Cap-Breton. Nous avons essayé de convaincre ses parents qu’il allait jouer à une bonne place dans la LHJMQ. Mais des mots restent des mots. Nous avons fait un bon travail à mon avis pour bien le guider. »
Le meilleur joueur au camp
Choix de premier tour des Screaming Eagles (16e au total) à l’encan de l’an 2000, Fleury a gagné un poste avec l’équipe dès son premier camp.
« Dans ma tête, comme coach, je me disais qu’il allait retourner dans le Midget AAA, a expliqué Vincent. Je croyais qu’il n’était pas prêt physiquement, surtout dans une ville comme le Cap-Breton où les voyages sont intenses. Il a changé les plans. Tous les jours, il représentait le principal sujet de conversation au camp. Il était le meilleur joueur sur la glace, même à son jeune âge. On avait fini par lui faire une place. Il était trop bon pour qu’on le retranche. Je n’ai jamais regretté cette décision. »
Fleury s’attendait aussi à rentrer à la maison pour une autre saison.
« Je partais avec ma poche de hockey et une petite valise pour le camp. Je croyais revenir dans le Midget AAA, puisqu’ils avaient deux bons gardiens en Dany Dallaire et Daniel Boisclair. Il n’y avait pas réellement de place pour moi. Mais ils ont échangé Dany aux Mooseheads de Halifax vers la fin du camp. »
Au Cap-Breton, Fleury aura finalement porté les couleurs des Screaming Eagles pour trois saisons complètes (2000-2001 à 2002-2003) et pour la fin de saison 2003-2004 après des débuts avec les Penguins de Pittsburgh.
De son temps dans les Maritimes, le numéro 29 a tissé des liens étroits avec sa famille de pension.
« J’ai atterri dans une bonne famille au Cap-Breton. Je veux sincèrement remercier les Hawkins, Bob et Angela. Ils ont deux enfants (Jeffrey et Janelle). J’étais moins gêné de parler avec les enfants. Je pouvais faire des erreurs sans me sentir mal. Le soir, je me couchais et j’avais mal à la tête, puisque je pensais juste en anglais. Mais Bob et Angela ont été géniaux avec moi. Ils m’ont ouvert les portes de leur maison comme si j’étais l’un de leurs propres enfants. Mes parents les adoraient aussi.
« Ils ont eu une grande influence sur moi. J’ai toujours gardé contact avec eux. Ils m’ont visité souvent durant ma carrière dans la LNH, autant à Pittsburgh, à Vegas, à Chicago qu’au Minnesota »
Et cet été, c’était au tour de Fleury de leur rendre visite comme invité au mariage de Jeffrey, qui était un petit garçon lors de ses jours dans la LHJMQ.
Après sa troisième saison avec les Screaming Eagles, Fleury a entendu son nom au tout premier rang du repêchage de la LNH de 2003 par les Penguins. On connaît la suite. Il a connu une grande carrière avec trois bagues de la Coupe Stanley à Pittsburgh et en se hissant au 2e rang de l’histoire du circuit pour les victoires (575) et les matchs joués (1051).
Vincent a décortiqué une partie du succès de son protégé.
« Marc est un gars tellement humble. Son arme secrète et son pouvoir, c’était sa combativité en plus de son immense talent. Sur la glace, il devenait un lion agressif qui voulait manger toutes les rondelles. Et à l’extérieur de l’aréna, il est l’une des meilleures personnes que j’ai croisées dans ma vie.
« Si Marc dit qu’il a été chanceux de m’avoir sur mon parcours, je dois lui retourner le compliment, a poursuivi Vincent. Grâce à ses performances, je me suis fait remarquer un peu plus qu’un autre coach dans la Q. »


















