Hartford n'était pas exactement ce qu'on pourrait appeler une ville de hockey au milieu des années 1980.
Certes, elle comptait sur une équipe de la LNH, les Whalers de Hartford, mais le plus grand succès de cette formation avait été d'accéder au deuxième tour lors des séries éliminatoires de la Coupe Stanley en 1986, où ils avaient forcé la tenue d'un match ultime face aux éventuels champions, les Canadiens de Montréal.
Les Whalers de 1985-86 sont encore bien présents dans la LNH
Plusieurs membres de cette équipe sont devenus des entraîneurs ou des gestionnaires importants dans le monde du hockey

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C'est le plus loin qu'auront pu se rendre les Whalers en séries avant que l'équipe déménage en 1997, après 17 saisons, pour devenir les Hurricanes de la Caroline. Et bien que l'héritage laissé par les Whalers soit cette chanson appelée « Brass Bonanza » et un logo qui semble plus populaire aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque, les membres des Whalers du milieu des années 1980, particulièrement ceux de l'équipe de 1985-86, ont eu un impact qui se fait encore sentir actuellement dans la LNH.
Cette équipe des Whalers comprenait cinq futurs entraîneurs et deux futurs directeurs généraux de la LNH, plusieurs joueurs qui sont devenus des entraîneurs adjoints dans la Ligue, et un autre qui allait devenir un agent de joueurs.
Un de ses défenseurs, Joel Quenneville, est devenu l'entraîneur-chef des Blackhawks de Chicago, avec qui il a gagné trois Coupes Stanley. Il est également le deuxième entraîneur le plus victorieux de l'histoire de la LNH.
Le meilleur joueur de centre des Whalers, Ron Francis, est devenu le directeur général des Hurricanes et est aujourd'hui celui de l'équipe d'expansion à Seattle, qui fera son entrée dans la LNH en 2021-22.
On retrouvait également Dave Tippett, l'entraîneur actuel des Oilers d'Edmonton, qui a aussi été à la barre des Stars de Dallas et des Coyotes de l'Arizona. Tippett a de plus été un conseiller pour Seattle avant d'être engagé par Edmonton en mai dernier.

Kevin Dineen a été le pilote des Panthers de la Floride de 2011 à 2013, a dirigé le Canada lors de la conquête de la médaille d'or de l'équipe féminine de hockey aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014 et est présentement entraîneur pour San Diego dans la Ligue américaine (LAH).
Josh Anderson est un ancien entraîneur des Thrashers d'Atlanta et adjoint avec le Wild du Minnesota. Il a également dirigé le club-école des Blackhawks dans la LAH pendant 14 saisons.
Dean Evason est l'entraîneur du Wild. Paul Fenton a été le DG du Wild après avoir été directeur général adjoint des Predators de Nashville, et il est aujourd'hui recruteur pour les Blue Jackets de Columbus.
Doug Jarvis est un conseiller avec les Canucks de Vancouver après avoir occupé un rôle d'entraîneur adjoint pendant de nombreuses années dans la LNH. Brad Shaw est un entraîneur adjoint des Blue Jackets qui a occupé les mêmes fonctions avec les Blues de St. Louis, le Lightning de Tampa Bay et les Islanders de New York.
Ulf Samuelsson, ancien adjoint avec les Rangers de New York, les Coyotes et les Blackhawks, était l'entraîneur de Leksands avant que la Ligue de hockey suédoise annule sa saison en raison du coronavirus.
Steve Weeks a été entraîneur adjoint avec les Whalers et les Thrashers, et entraîneur des gardiens de but avec les Blackhawks.

Puis, le gardien Mike Liut travaille avec des joueurs de la LNH à titre de directeur général de l'Agence de hockey Octagon, qui compte entre autres parmi ses clients Mikko Rantanen de l'Avalanche, Leon Draisaitl des Oilers et Patrik Laine des Jets de Winnipeg.
Pour certains des anciens Whalers qui dénicheraient une carrière dans un autre rôle que celui de joueurs, tout a commencé par des séances de tableau à la craie à Hartford.
Tippett se souvient que ces discussions impliquaient la plupart du temps Quenneville, Jarvis, Evason et Liut, qui tentaient de trouver une façon de contrer les attaques de Marian, Peter et Anton Stastny des Nordiques de Québec, ou encore de limiter les tirs sur réception de Guy Lafleur des Canadiens.
« Nous analysions tout ça et nous tentions de décortiquer les matchs, de trouver comment nous allions gagner », a indiqué Tippett lors d'une vidéoconférence organisée par la LNH le mois dernier, lors de laquelle Quenneville était également présent.
« Nous évoluions dans un petit marché, nous n'étions pas les favoris pour l'emporter, nous tentions toujours de trouver les avantages. C'était un bon groupe de gars, et c'est génial de voir combien d'entre eux sont restés amis et comment nous avons encore de bons souvenirs de cette époque. »
C'est plutôt incroyable de constater combien d'entre eux sont encore impliqués dans le hockey aujourd'hui. Pourquoi est-ce le cas?
« Je crois que tout ça est survenu au moment où la Ligue prenait de l'expansion, a dit Liut. Les joueurs prolongeaient leur carrière, il y avait plus d'occasions à saisir au poste d'entraîneur et les programmes universitaires et juniors n'étaient pas perçus comme de bons endroits où développer des joueurs professionnels. Alors, nous nous sommes retrouvés au bon endroit au bon moment. »
Chuck Kaiton, qui a été l'annonceur radio des Whalers et des Hurricanes de 1979 à 2018, mentionne que les joueurs parlaient et pensaient constamment au hockey.
« Jarvis était formidable pour étudier le jeu, et Joel aussi, a-t-il dit. [Quenneville] vous dirait qu'il était un défenseur au talent très limité, mais il était toujours bien positionné et il donnait toujours un effort soutenu. Ces gars analysaient le jeu. C'était la même chose avec Dave Tippett. Il était très efficace sur l'infériorité numérique, et il faut être intelligent pour exceller dans ce genre de situation. Ils parlaient toujours de hockey en dehors de la patinoire. Pareil pour Ronnie Francis. »
Les discussions de hockey n'arrêtaient jamais, tout comme les dessins sur les tableaux pendant les soupers d'équipe ou sur les terrains de golf. Jarvis se souvient de plusieurs conversations entretenues alors que les joueurs faisaient du covoiturage.
« Je crois que nous attendions avec impatience ces discussions et cette préparation face à ce que nous allions possiblement voir un soir donné, a dit Jarvis à propos des Whalers de 1985-86. Savoir comment nous allions contrer les forces de l'adversaire, les composantes de l'équipe adverse. Et nous avions connu une bonne saison. Il y avait tellement de gars passionnés dans l'équipe, des gars qui voulaient s'améliorer, qui voulaient être impliqués dans les discussions. C'était assez unique et nous avions beaucoup de plaisir. »
Mais avec un groupe de joueurs qui ont autant d'idées, ça prend un entraîneur qui les laisse s'exprimer. C'est exactement ce que faisait Jack Evans, entraîneur des Whalers de 1983 à 1988. Kaiton dit qu'Evans était une figure paternelle qui imposait la discipline, mais qui permettait aux joueurs de donner leur opinion.
« Il était comme un père qui fait confiance à ses enfants, a affirmé Kaiton. Jack était l'entraîneur parfait pour cette équipe. Il était respecté de tous et était certainement un modèle pour plusieurs d'entre eux. »
Dineen dit qu'il ne faisait pas partie des séances de craie sur le tableau - « Ils me disaient d'aller devant le filet, de rester là et de laisser les autres s'occuper du travail en périphérie » - mais que les joueurs aimaient qu'Evans leur laisse la chance d'amener des idées.
Tippett et Quenneville sont devenus deux des entraîneurs ayant connu le plus de succès parmi les anciens Whalers.

Quenneville affiche un dossier de 925-558-145 et 77 nulles avec les Blues, l'Avalanche du Colorado, les Blackhawks et les Panthers de la Floride. Seul Scotty Bowman (1244) le devance au chapitre des victoires chez les entraîneurs. Présentement à la barre des Panthers, Quenneville a mis la main sur le trophée Jack-Adams, remis annuellement au meilleur entraîneur de la LNH, avec les Blues en 2000 et a mené les Blackhawks à la conquête de la Coupe Stanley en 2010, 2013 et 2015.
Tippett a pour sa part une fiche de 590-438-129 et 28 nulles comme entraîneur des Stars, des Coyotes et des Oilers. Il a mené les Stars à la finale d'Association dans l'Ouest en 2008, a mis la main sur le Jack-Adams avec les Coyotes en 2010 et a atteint la finale d'association avec l'Arizona en 2012.
Même à l'époque, les anciens coéquipiers de Tippett savaient qu'il deviendrait entraîneur.
« À l'époque, leur première fille était née et ils avaient un sous-sol fini avec une salle de jeu pour la petite », a raconté Liut, qui était le voisin de Tippett pendant six saisons à Hartford. « Mais il s'était fait un petit coin avec un bureau. Il allait là pour étudier des vidéos en VHS. Il analysait ce que les gars et les équipes faisaient sur la glace. »

Evason en rajoute en parlant des voyages d'après-matchs en autobus : « Je m'assoyais avec Tippett et il ne faisait qu'analyser ce que nous avions fait en échec avant et sur le désavantage numérique. Et comment il fallait être meilleur sur le jeu de puissance. Il était très impliqué même à un jeune âge. »
Quant à Quenneville, il dit lui-même qu'il est probablement « le dernier à qui on aurait pensé pour devenir entraîneur. »
Tippett n'était pas d'accord. D'autres coéquipiers ont également dit qu'ils n'auraient pas été surpris si Quenneville décidait de devenir entraîneur, mais qu'il semblait simplement avoir d'autres champs d'intérêt. Il était un gars qui aimait les chiffres. Quenneville a d'ailleurs travaillé en gestion financière quelques années pendant les saisons mortes.

En somme, les Whalers formaient un groupe uni qui mettait le hockey à l'avant-scène même en dehors de la patinoire. Plusieurs des joueurs de l'époque ont gardé contact. Considérant le nombre d'entre eux qui sont encore impliqués dans le monde du hockey, ce n'est évidemment pas bien difficile de le faire.
« Les liens que nous partagions à l'époque étaient superbes. Et aujourd'hui, vous pouvez retrouver un membre des Whalers dans presque chaque amphithéâtre, a dit Quenneville. Il y a également plusieurs bonnes histoires. Les Whalers vivent encore, partout où vous allez. »

















