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TORONTO — Mitch Marner, l’estomac noué par le stress, est sorti du vestiaire des Golden Knights de Vegas vendredi pour prendre part à la séance d’échauffement qui se tenait sur la patinoire du Scotiabank Arena où il avait évolué pendant neuf saisons avec les Maple Leafs de Toronto.

Soudainement, il a aperçu deux enfants derrière une corde de sécurité à proximité, dont l’un portait un chandail des Maple Leafs avec son nom dans le dos. Marner leur a donné un ‘fist bump’ avant de disparaître dans le corridor pour rejoindre le reste de ses coéquipiers.

« On t’aime, Mitch! », ont crié les enfants.

Ce sentiment n’était toutefois pas partagé par l’ensemble des 19 305 spectateurs présents lors de cette soirée à guichets fermés. Loin de là.

C’était une soirée où il y avait de l’électricité dans l’air et un mélange d’émotions pour ce premier match de Marner à Toronto dans l’uniforme des Golden Knights.

Dans la foule, les huées ont été beaucoup plus retentissantes que les applaudissements. Mais sur la glace, ce sont les Golden Knights qui ont dominé les Maple Leafs.

Marque finale : Vegas 6, Toronto 3.

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Pour Marner et ses coéquipiers, c’est ce qui comptait le plus.

Sans oublier que ce match — qui avait pris des allures de cirque dans les derniers jours au sein d’une base partisane profondément divisée — était enfin derrière lui, du moins pour Marner.

« Les amateurs sont passionnés ici, a souligné l’attaquant de 28 ans lorsqu’on lui a demandé de résumer la soirée. Ils aiment leur équipe.

« Ça a été intéressant toute la soirée. »

Une soirée marquée par son lot de huées dirigées directement vers lui.

« C’était étrange et bizarre comme sensation, a-t-il confié. Je suis content d’avoir obtenu les deux points. Et oui, je suis un peu soulagé maintenant que c’est terminé.

« Je n’aurai plus à en parler. Et je suis sûr que les gars (des Maple Leafs) sont aussi soulagés de ne plus avoir à en parler. »

Peut-être. Mais dans les jours précédant le match, les discussions entourant le retour de Marner allaient bon train, que ce soit à la radio, à la télévision ou ailleurs.

C’était le sujet de l’heure dans la ville reine.

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Par exemple, on pouvait lire le message : « HEY MITCH, DON’T CHOKE » (Hey Mitch, ne t’écrase pas) sur panneau publicitaire près de la Gardiner Expressway, l’autoroute qui traverse le centre-ville de Toronto, à deux pas du Scotiabank Arena. Ce conseil sarcastique avait été payé par le bar sportif Shoeless Joe’s.

Un symbole de l’amertume qu’une partie de cette base partisane mordue de hockey entretient à son endroit.

Pourtant, Marner, qui a été sélectionné par Toronto au quatrième rang du repêchage de la LNH en 2015, a produit 741 points (221 buts, 520 passes) en 657 matchs avec les Maple Leafs, ce qui le place au sixième rang de l’histoire de la concession pour les points.

Mais ses détracteurs ont pris un malin plaisir à souligner que les Maple Leafs n’ont remporté que deux séries éliminatoires de la Coupe Stanley durant ses neuf saisons à Toronto. Il a été pris comme bouc émissaire, contrairement à d’autres vedettes de l’équipe — comme Auston Matthews, John Tavares et William Nylander — ont elles aussi sous-performé au printemps.

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Certains ont aussi été frustrés du fait qu’il n’ait pas levé sa clause de non-mouvement la saison dernière lorsque Toronto était en discussions avec les Hurricanes de la Caroline pour acquérir l’attaquant Mikko Rantanen.

Et puis, il y a ceux qui estiment qu’il a abandonné l’équipe en acceptant un contrat de huit ans d’une valeur de 96 millions $ tout juste avant d’être échangé à Vegas, plutôt que de devenir joueur autonome sans compensation après que les négociations avec les Maple Leafs aient achoppé.

D’où la vague de ressentiment.

Il a été hué dès qu’il a sauté sur la glace pour l’échauffement, une réaction à laquelle il s’attendait en partie. En contrepartie, plusieurs partisans affichaient des pancartes en sa faveur, dont plusieurs disaient : « Tu nous manques Mitch ».

Mais la vague d’amour ne s’est pas fait entendre lors de la mise en jeu initiale. Marner faisait partie du trio partant de Vegas — une décision volontaire de l’entraîneur Bruce Cassidy pour souligner son retour dans sa ville natale — et il a été hué jusqu’à la fin de sa présence.

Puis, lorsqu’il a quitté la glace, la foule l’a nargué en l’applaudissant.

« Oui, les applaudissements quand j’ai quitté la glace, c’était assez drôle, a reconnu Marner. Je ne m’attendais pas à ça. Mais les huées, c’était prévisible. J’ai simplement essayé de jouer à travers ça. »

Questionné sur ces applaudissements ironiques, Cassidy a éclaté de rire.

« Je n’ai jamais vu ça. Je ne sais pas pourquoi ils ont applaudi. Personnellement, je ne trouvais pas qu’ils avaient eu une bonne présence », a-t-il lancé en blaguant.

Plus sérieusement, Cassidy a ajouté : « Les partisans ont le droit de réagir comme ils veulent. Ils paient pour venir aux matchs. »

VGK@TOR: Marner applaudi par les partisans torontois

Quelques minutes plus tard, Marner a reçu d’autres applaudissements — cette fois sincères — lorsque les Maple Leafs ont présenté une vidéo hommage. Il y a bien eu quelques huées, lors de ce qui a été la seule réaction positive de la soirée.

Marner a répondu en patinant dans la zone neutre, pointant vers son cœur et faisant un signe en direction de la galerie de presse, là où se trouvait le descripteur des matchs des Maple Leafs, Joe Bowen.

« J’essayais de redonner de l’amour et de me reconcentrer sur le match, a expliqué Marner, ajoutant que ce geste envers Bowen visait à souligner le privilège d’avoir entendu son nom être prononcé pendant près de 10 ans par le commentateur qui est membre du Temple de la renommée. »

Lorsque la sirène finale a retenti, Marner avait passé 17:25 sur la glace, mais avait été blanchi. Il a obtenu un tir et terminé avec un différentiel plus-moins de 0.

Quant à l’accueil qu’il a reçu, certains membres des Golden Knights ont estimé que ce n’était pas si mal.

« Il n’y a rien là, a estimé le directeur du développement des gardiens de Vegas Sean Burke. Je me rappelle toutes les fois où j’ai été hué par les partisans de Philadelphie — et c’était quand je gardais les buts pour les Flyers. »

Dans la loge des visiteurs, le directeur général de Vegas Kelly McCrimmon a observé la scène avec beaucoup d’attention. C’est lui qui tenait à ajouter Marner, convaincu qu’il représentait une pièce maîtresse dans les aspirations des Golden Knights à la Coupe Stanley.

« Il a enfin passé à travers ce match, ce qui sera bénéfique, a dit McCrimmon durant le deuxième entracte. Ça a permis à Mitch de bien s’intégrer avec nous. On est très satisfaits de la façon dont il s’est adapté et nous a aidés. »

Peu après, au début de la troisième période, certains partisans ont scandé : « Nous n’avons pas besoin de toi » à Marner.

Des mots surprenants, quand on considère que les Maple Leafs (24-18-9) ont 57 points et se retrouvent à trois points des Bruins de Boston et de la dernière place donnant accès aux séries éliminatoires dans l’Association de l’Est.

Ce qui ne fait aucun doute, toutefois, c’est l’importance du soutien de Jack Eichel pour aider Marner à traverser cette soirée.

L’ancien attaquant des Sabres de Buffalo avait lui-même été hué à chacune de ses présences lors de son match retour à Buffalo, le 10 mars 2022. Il avait amassé 355 points (139 buts, 216 passes) en 375 matchs avec les Sabres entre 2015 et 2021 avant d’être échangé à Vegas à la suite d’un différend sur le traitement à choisir pour soigner une hernie discale au cou.

« Ce soir, ce n’était même pas comparable à ce que j’avais vécu à Buffalo », a confié Eichel, qui a terminé le match avec deux points (un but, une passe) et un différentiel de +3. « On savait tous à quel point ce match était spécial pour Mitch. Ce n’était pas un match ordinaire. On voulait gagner pour lui.

« Il a été un excellent Maple Leaf pendant de nombreuses années. Il a beaucoup donné à cette organisation. Mais maintenant, il est à nous, et on adore ça.

« C’est le temps d’aller de l’avant. »

Pour Marner. Pour les Golden Knights. Et oui, pour les Maple Leafs et leurs partisans aussi — peu importe la rancœur qui subsiste encore.

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