La réponse d’Olivier Rodrigue vient à peine une minute après notre texto lui demandant s’il a du temps pour une entrevue téléphonique : « J’ai pas mal de disponibilités ces temps-ci », écrit-il avec un emoji rieur.
La saison de hockey est commencée depuis près d’un mois, et le gardien québécois est chez lui, dans son Saguenay natal, à attendre patiemment de recouvrer la santé. Opéré pour un kyste à la colonne vertébrale à la fin du mois de septembre, il ne sait pas ce qui l’attend quand il pourra fouler la glace à nouveau.
« Ce n’est pas trop naturel pour moi de passer l’automne au Saguenay, lance-t-il d’entrée de jeu. Je trouve le temps long. J’essaie de regarder le plus de hockey possible. J’ai envie de jouer, mais je dois patienter. »
Au moment de l’entretien, l’ancien choix de deuxième tour des Oilers d’Edmonton aurait dû être quelque part au Kazakhstan en train de disputer sa première saison avec le club Barys, dans la KHL. Sans offre satisfaisante en Amérique du Nord, il avait décidé d’emprunter cette voie au mois d’août dernier.
Coup du destin, la nouvelle aventure n’aura duré que quelques semaines.
« Un matin, je me suis réveillé avec la jambe gauche engourdie, a-t-il raconté. Plus la journée avançait, plus j’avais mal. À un certain point, j’avais de la misère à marcher, à me tenir debout. J’ai essayé de combattre la douleur pendant quelques jours avant de me résigner à en parler à l’équipe. »
Le Chicoutimien de 25 ans a alors subi quelques examens, et les médecins ont découvert un kyste qui « bloquait complètement » son nerf sciatique. L’opération était inévitable. Compte tenu de la longue période de réadaptation prévue – de trois à quatre mois – l’équipe et lui ont pris la décision de résilier son contrat.
Il est rentré à Montréal et est passé sous le bistouri dans les jours suivants. Il n’a maintenant plus aucune douleur, et repart lentement, mais sûrement, la machine. Il devrait pouvoir chausser les patins vers la fin décembre. Ça lui laisse donc encore beaucoup de temps pour penser à son avenir.
Parce que pour la première fois de sa carrière professionnelle, après cinq saisons passées dans l’organisation des Oilers, Rodrigue n’a aucun contrat en poche.
« Je n’ai pas perdu mon talent, et j’ai encore confiance en mes capacités, assure-t-il. Quand je vais avoir le feu vert, mon but va être de revenir avec le couteau entre les dents. De pousser la machine pour être prêt à recommencer. Je veux rejouer, de préférence en Amérique du Nord, mais je garde les portes ouvertes. »
Pas que l’opportunité qu’il avait de jouer dans la KHL ne l’emballait pas, au contraire. Rodrigue était excité par la perspective de ce nouveau départ. Il aimait la ville où il se trouvait, et voyait cette étape comme un autre tremplin vers un éventuel poste dans la LNH.
Pas plus tard qu’au printemps dernier, il jouait ses deux premiers matchs dans l’uniforme des Oilers et agissait comme substitut au deuxième tour des séries, quand Calvin Pickard s’est blessé. Il a d’ailleurs suivi l’équipe jusqu’en finale de la Coupe Stanley, comme membre de l’escouade de réserve.
Habituellement, c’est le signe d’une équipe qui veut investir dans les jeunes espoirs sélectionnés. Mais quand est venu le temps de négocier un nouveau contrat, la formation albertaine lui a tourné le dos.
« Ils m’ont dit qu’on allait se revoir en septembre dans ma réunion de fin de saison, a-t-il révélé. Deux ou trois jours plus tard, ils m’ont appris qu’ils ne m’offraient pas de contrat. J’étais bouche bée et un peu sous le choc. C'était à moins d'une semaine de l’ouverture du marché des joueurs autonomes. »
Patience
Lui et ses agents ont alors été pris de court. En quelques jours, ils ont tenté de se virer de bord et de tâter le terrain chez les 31 autres équipes. Il a reçu quelques offres, dont une « qui a été difficile à refuser », mais il a vite réalisé que les plans de plusieurs formations étaient déjà établis.
À Barys, on lui offrait beaucoup de départs dans une ligue de calibre supérieur à la Ligue américaine. Même si ce n’est pas la voie traditionnelle, Rodrigue ne craignait pas de se fermer les portes de la LNH.
« Ça me donnait des opportunités, a-t-il fait valoir. C’est probablement la deuxième meilleure ligue au monde, c’est un step de plus que la Ligue américaine. Je me disais qu’en allant en Russie, je serais capable de revenir et de faire le saut assez facilement. »
Il pourrait bien y retourner, si des équipes ont de l’intérêt quand il sera prêt à reprendre le collier. Il garde cependant un œil attentif sur la situation devant le filet des équipes de la LNH, d’un coup que l’une d’entre elles aurait besoin de ses services en deuxième moitié de saison.
« Le but ultime est de revenir en Amérique du Nord, a-t-il conclu. Je dois juste être patient en attendant. Quand je vais avoir une opportunité après ma réadaptation, ça va être à moi de sauter dessus. »


















