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Les articles de la série « Cinq questions avec… » sont publiés le mardi. Des intervenants du monde du hockey sont interrogés sur leur vie personnelle, leur carrière et plusieurs autres sujets.

La plus récente édition met en vedette Manon Rhéaume, la gardienne ayant agi comme pionnière pour briser la barrière du sexe dans le hockey, et ce, des rangs pee-wee jusque dans la LNH.
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Rhéaume a été la première femme à participer au prestigieux Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, qui a modifié ses règlements pour permettre sa participation en 1984. Elle est ensuite devenue la première femme à jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (en 1991) et elle est la première et seule femme à avoir joué dans la LNH.
Le 23 septembre 1992, Rhéaume a marqué l'histoire du hockey en participant à la première période d'un match préparatoire du Lightning de Tampa Bay contre les Blues de St. Louis. Elle a également pris part à une période l'année suivante, lors d'une rencontre préparatoire face aux Bruins de Boston. Rhéaume a joué 25 parties pour des formations de l'ECHL, de la Ligue de hockey de la côte Ouest et de la Ligue internationale de hockey.
Âgée de 48 ans, elle demeure la seule femme à avoir joué un match dans l'une des quatre ligues sportives majeures en Amérique du Nord - la LNH, la MLB, la NBA et la NFL. En tant que gardienne avec l'équipe nationale féminine du Canada, elle a gagné la médaille d'argent aux Jeux olympiques 1998 de Nagano et aidé le Canada à terminer au premier rang du Championnat du monde de hockey féminin de la FIHG en 1992 et 1994.
Manon Rhéaume a grandi dans une famille de sportifs à Lac-Beauport, à un peu plus de 20 kilomètres au nord de Québec, étant la cadette de Pierre et de Nicole Rhéaume. Elle a brisé des barrières dans presque chacune des étapes de sa vie. Puisque son père Pierre était entraîneur au hockey mineur dans la communauté, elle et ses frères, Martin et Pascal, habitaient pratiquement dans des arénas. Pascal a d'ailleurs joué 318 rencontres dans la LNH avec six équipes entre 1996-97 et 2005-06, remportant la Coupe Stanley avec les Devils du New Jersey en 2003.
Ces jours-ci, Rhéaume est conférencière, elle apparait une fois par semaine à RDS et elle coordonne le programme de hockey féminin Little Caesars des Red Wings de Detroit. Elle a comme rôle de diriger l'équipe des moins de 12 ans.
Quand elle n'est pas occupée avec tout ça, elle est une mère de joueur de hockey. Son fils ainé, Dylan St. Cyr, un gardien de 21 ans, en est à sa quatrième année à l'Université Notre Dame. Son plus jeune fils, Dakoda, qui aura 14 ans en décembre, est défenseur au niveau bantam AAA au Michigan.
L'histoire de sa vie a été publiée en octobre pour de jeunes lecteurs et s'intitule Breaking The Ice, un livre écrit par Angie Bullaro et illustré par C.F. Payne. Un film en son honneur, Between The Pipes, est en préparation, alors que Bullaro doit jouer le rôle de Rhéaume. La production doit s'amorcer l'été prochain, dépendamment de la situation du coronavirus.

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Rhéaume est fière que le nouveau livre transcende son sport.
« Je pense que le message est que tout le monde doit suivre ses rêves, a-t-elle dit. Si tu es passionné par quelque chose et si tu travailles très fort, tu peux accomplir ce que tu veux. L'autre message est que tu n'as pas besoin de cadrer dans un moule précis pour faire quelque chose que tu aimes. J'étais probablement complètement à l'opposé de ce à quoi un gardien de la LNH doit ressembler - avec mon gabarit et le fait que je sois une femme - mais j'ai eu ma chance. Je n'ai jamais laissé quelque chose m'empêcher d'accomplir ce que j'aimais le plus. On m'a donné la chance de me dépasser au plus haut niveau, et je l'ai fait. »
On peut affirmer sans se tromper que Rhéaume, qui a discuté avec NHL.com lundi matin entre une réunion et sa préparation pour son apparition à RDS en soirée, est plus occupée en ce moment que lorsqu'elle était gardienne. À la blague, elle a lancé que puisqu'elle a vécu aux États-Unis lors des 28 dernières années, elle ne fait aucun travail en anglais chaque lundi après l'heure du midi, « afin que mon cerveau passe au français pour mon segment à RDS. » Ce n'est pas facile.
« Je suis probablement plus occupée que jamais, a-t-elle indiqué. Mes fils sont plus vieux et ils n'ont plus besoin de leur mère comme avant. Dans les dernières années, toute mon énergie leur était consacrée, et je devais refuser plusieurs projets parce que je voulais être présente pour eux.
« C'est ce que mes parents ont fait avec moi et mes frères, et c'est l'une des raisons pour lesquelles Pascal et moi avons connu du succès dans le hockey. Nos parents n'ont jamais raté nos parties de hockey lorsque nous étions plus jeunes. Maintenant que j'ai un fils à l'université et un autre qui aura 14 ans en décembre, je me suis demandé ce qui m'attendait maintenant. »
Plusieurs projets, comme on peut le constater.
Voici cinq questions avec… Manon Rhéaume :
À quel point est-ce difficile pour une ancienne gardienne de voir son fils devant le filet?
« C'est horrible (rires). Non, je ne dirais pas que c'est horrible, mais c'est très stressant. Dylan avait environ 11 ans lors de sa première finale d'État, et je me souviens de m'être réveillée le matin avec des papillons dans l'estomac. J'ai appelé ma mère et je lui ai demandé si c'était normal d'être nerveuse avant un match aussi important pour Dylan. Elle m'a répondu que j'allais enfin comprendre tout ce qu'elle avait vécu. D'abord, j'ai réalisé que j'étais normale. Puis, j'ai dit à ma mère : "Merci pour tout ce que tu as fait. Je ne peux pas croire tout ce que je t'ai fait vivre durant toutes ces années." Comme gardienne, ce que j'aimais le plus était la pression. C'est la raison pour laquelle j'aimais tellement cette position. Tu vis tellement de nervosité, mais tu sais que tu peux faire une différence si tu connais un bon match. Tu es héros ou zéro. J'adorais ce sentiment en tant que gardienne. Mais quand mon fils a commencé à jouer, j'ai réalisé que je ne peux pas contrôler sa préparation ou ses performances sur la glace, mais j'entends tous les commentaires des gens dans les estrades. Tu connais le sport et la position, et comme mère, c'est difficile. »

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Ça aura pris quelques années à ton Lightning de Tampa Bay pour gagner la Coupe Stanley une deuxième fois, après l'avoir gagnée en 2004 et à nouveau en 2020. Que penses-tu du championnat de l'équipe?
« J'ai regardé beaucoup de parties. Après avoir été en confinement pendant des mois à cause du virus et ne pas avoir pu aller à l'aréna… Vous savez, ma vie était à l'aréna. J'ai grandi avec deux frères qui jouaient au hockey, mon père était un entraîneur, et je pense que nous étions à l'aréna six ou sept jours par semaine. Maintenant, j'ai deux fils qui jouent et je dirige une équipe de filles, en plus de superviser un programme féminin. C'était génial d'enfin voir du hockey à la télévision. Tampa Bay avait tout ce qu'il fallait pour gagner la Coupe Stanley. Ils avaient tout lors de l'année précédente également, mais ils ont été surpris en première ronde (le Lightning a été balayé par les Blue Jackets de Columbus lors de la série de première ronde de l'Association de l'Est). Ils avaient des joueurs capables de trouver le fond du filet, une excellente défensive et Andrei Vasilevskiy, qui a été exceptionnel devant le filet. Et quand on pense à la façon dont tout a commencé pour cette équipe... En 1992, quand je me suis rendue au camp d'entraînement, ils n'avaient même pas d'aréna et les gens à Tampa Bay ne connaissaient rien au hockey. C'est génial de voir ce qu'ils ont accompli avec l'équipe et l'aréna et d'être témoin de ce qu'ils ont fait dans la communauté et des connaissances de leurs partisans maintenant. »
Quel est ton plus beau souvenir de ton expérience avec le Lightning?
« Mon plus beau souvenir est la lettre que Phil Esposito (le directeur général de Tampa Bay à l'époque) m'a envoyée en 1992 pour m'inviter au camp d'entraînement. Je travaillais pour RDS à l'occasion du Repêchage de la LNH au Forum de Montréal cette année-là, un emploi d'été (à la suite de la première de ses deux conquêtes de la médaille d'or avec le Canada au Championnat du monde). Mon rôle était d'emmener les joueurs repêchés à l'endroit où se déroulaient nos entrevues télévisées. C'est là où j'ai rencontré Phil, et il m'a invitée au camp. Je n'y croyais pas. Je me suis dit que j'allais le croire quand j'allais recevoir la lettre. Quand elle est arrivée par la poste, c'est devenu réel. Ma mère a encore cette lettre avec toutes les autres choses qu'elle a conservées, comme les lettres de partisans, qu'elle a mises dans un cartable. Quant à un moment précis, je me souviens d'être sautée sur la glace pour la première fois à Tampa Bay dans le cadre d'un petit tournoi avec deux gardiens par équipe qui disputaient chacun une période dans un match de deux périodes. À ma première période, j'ai stoppé les 14 tirs dirigés vers moi. J'étais la seule dans ce match qui n'avait pas accordé un but. Je me rappelle être retournée dans mon petit vestiaire, avoir enlevé mon casque, m'être regardée dans le miroir et m'être dit : "Wow! À ma première présence sur la glace avec des joueurs de la LNH, je n'ai pas accordé un but." Lors de la conférence de presse, Phil avait lancé : "Avec la manière dont elle joue, vous pourriez bien la voir dans une rencontre préparatoire." Et bien sûr, vous savez ce qui s'est produit par la suite. »

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Y a-t-il un gardien en particulier dans la LNH qui t'impressionne dans sa manière de jouer?
« C'est difficile d'en choisir un, mais un gardien que j'aime beaucoup, qui patine bien, qui lit bien le jeu et qui excelle en contrôle de la rondelle est [le gardien des Canadiens de Montréal] Carey Price. Lors des dernières séries éliminatoires, il avait l'air tellement calme. Il a une façon bien à lui de lire le jeu. Certains gardiens veulent simplement bloquer la rondelle et vont s'arranger pour qu'elle les frappe, et d'autres veulent vraiment lire le jeu qui se dessine devant eux et contrôler la rondelle. Un gardien qui arrive à faire ça peut faire une grande différence. J'ai tellement de plaisir à regarder Dylan, qui vit un peu ce que j'ai vécu en étant un gardien plus petit. Il était l'un des gardiens les plus petits au sein du Programme de développement de l'équipe nationale de USA Hockey (il est répertorié à 5 pieds 8 pouces et 167 livres par l'Université Notre Dame), mais il se déplaçait bien, il maniait bien la rondelle et il lisait bien le jeu. J'ai vu ce qu'il a dû surmonter à cause de son gabarit. Puis, je vois un joueur comme Carey, qui a tous ces atouts, mais qui en plus, possède un bon gabarit. C'est la raison pour laquelle il est un aussi bon gardien dans la LNH. »
Le hockey féminin s'est grandement développé durant ta vie. À quel point est-ce gratifiant, et que souhaites-tu pour le présent et l'avenir du hockey féminin?
« C'est génial de voir à quel point le hockey féminin s'est développé depuis que j'ai participé à mon premier Championnat du monde en 1992 et aux premiers Jeux olympiques à Nagano (au Japon) en 1998. Les femmes aujourd'hui sont des athlètes extraordinaires. Ce serait bien d'avoir une seule ligue professionnelle et non deux ligues qui sont en compétition. Une ligue qui aurait le soutien de la LNH et des équipes, de la même façon que la WNBA a le soutien de la NBA et de ses équipes. Je pense que le hockey féminin pourrait avoir une ligue professionnelle très prospère. »