MONTRÉAL -- Kent Hughes a décrit la transaction pour l'attaquant Patrik Laine comme un risque calculé. Il y a le salaire de 8,7 millions $ pour les deux prochaines saisons qui freinaient plusieurs équipes, mais aussi des doutes sur son état de santé, autant physiquement que mentalement.
Mais si Laine remplit ses objectifs, le directeur général des Canadiens de Montréal transformera l’eau en vin. Très souriant et ravi par ce changement de décor, le Finlandais de 26 ans a l’espoir de redevenir un ailier dominant dans l’uniforme des Canadiens.
« Je ne veux pas revenir comme un marqueur de 30 buts, je veux revenir comme un marqueur de 40 ou 50 buts, a dit Laine lors d’une visioconférence où il se retrouvait en Floride. Je l’ai déjà fait. Ce n’était pas un accident. Mais ce n’est pas juste ça. Je veux venir à Montréal et faire tout ce que ça prend pour contribuer aux succès de l’équipe. Je désire juste gagner. J’ai atteint un âge plus important, je n’ai plus 19 ans. Je veux gagner. Je sais à quel point c’est agréable quand tu joues pour une équipe gagnante. Dans les dernières années, je trouvais ça difficile de manquer les séries. À ma deuxième saison dans la LNH, nous avions atteint la finale de l’Ouest (avec les Jets de Winnipeg). C’est pour ça qu’on joue et pour ça qu’on s’entraîne fort l’été. »
Deuxième choix au total au repêchage de 2016, immédiatement après Auston Matthews avec les Maple Leafs de Toronto, Laine a connu trois saisons de 30 buts et plus dans la LNH. Il l’a fait à ses trois premières années avec les Jets, marquant 36, 44 et 30 buts.
Échangé de Winnipeg aux Blue Jackets de Columbus dans un pacte pour Pierre-Luc Dubois, Laine n’a pas poursuivi sur le même rythme avec les Blue Jackets. Trop souvent à l’infirmerie lors des quatre dernières saisons (il n’a jamais joué plus de 56 matchs), il n’a pas obtenu une seule campagne de 30 buts ou plus en Ohio. En quatre ans, il s’est absenté pour un total de 127 rencontres.
L’an dernier, Laine n’a participé qu’à 18 matchs, obtenant neuf points (six buts, trois passes). Une fracture de la clavicule subie au mois de décembre et une intégration au Programme d’aide des joueurs de la LNH/AJLNH ont fait dérailler ses plans à sa dernière année à Columbus. Il avait demandé aux Blue Jackets de lui offrir un nouveau départ.
Laine, qui portait une tuque grise lors de sa conférence afin de s’adapter à sa future réalité à Montréal, n’a pas perdu trop de temps pour expliquer son désir de partir de Columbus.
« Pour être honnête, je ne veux pas trop en parler, a-t-il répliqué. Ce qui est arrivé est arrivé. Je ne cadrais pas bien avec les Blue Jackets. Je sentais que l’équipe et moi devions nous séparer. Comme personne, j’avais aussi besoin d’un nouveau départ. Je me concentre sur le futur, pas le passé. »
« Je suis super excité de partir pour Montréal, a-t-il dit. J’ai vécu ça à Winnipeg. Le hockey est fou au Canada, ce le sera encore plus à Montréal. Ils ont une bonne organisation, un très bon coach et du bon talent. Je suis à un point dans ma carrière où je peux guider les plus jeunes. J’aimerais amener la Coupe à Montréal, ce serait mon plan. »
Bien physiquement et mentalement
Plus tôt cet été, Laine a lancé avec sa fiancée un programme d’aide en ligne sur les enjeux de santé mentale. Aujourd’hui, le Finlandais se dit dans un bon état d’esprit physiquement et mentalement.
« Ce n’est pas un secret. J’ai vécu des moments difficiles sur la patinoire et à l’extérieur. J’ai appris des choses sur moi. Il y aura toujours des moments difficiles, mais aussi de bons moments. Je ne jonglais pas toujours bien avec ça. Je regarde les trucs avec un aspect plus positif maintenant. Je sens que je suis dans une bonne place. »
« Nous sommes fiers de ce programme, a-t-il enchaîné. J’ai reçu des commentaires positifs. Ça me tient à cœur. Je sais que la vie n’est pas facile. Il faut déstigmatiser cet espace. Nous avons besoin de parler. Je veux rester positif. Je souhaite aussi laisser comprendre aux gens que de demander de l’aide ne représente pas une faiblesse, mais une force.
« Pour moi, le plus important, c’était plus Patty la personne, pas juste le joueur de hockey. Pour bien jouer, tu as besoin d’être heureux. Je n’avais pas assez de plaisir dernièrement. Je n’ai jamais été aussi heureux. J’ai hâte à ce défi. Je me retrouverai avec une nouvelle équipe, de nouveaux coéquipiers et dans une nouvelle ville. J’ai appris bien des choses. Je dois maintenant passer ce test. Mais je suis prêt. »
Un échange calculé
Hughes n’a pas payé la lune pour acquérir Laine. Le directeur général du CH a cédé le défenseur Jordan Harris. Et pour se libérer à 100% du lourd salaire de l’ailier de 26 ans, les Blue Jackets ont donné un choix de deuxième tour en 2026.
« Je ne dirais pas que c’est un échange qu’il y a plus de risques qu’un autre, a dit Hughes. Quand tu fais un échange, il y a un niveau de risque. Nous avons parlé avec Patrik. Nous avons confiance. Il est dans une bonne place mentalement. Il a traversé des épreuves, mais on peut l’entourer pour qu’il retrouve son jeu de Winnipeg. »
Hughes, Jeff Gorton et Martin St-Louis ont discuté avec Laine, mais aussi plusieurs autres personnes qui ont gravité près de lui avant de conclure cette transaction. Pascal Vincent, le nouvel entraîneur-chef du Rocket de Laval, était un de ceux qui connaissaient le mieux l’ancien numéro 29. Le DG du Tricolore n’a toutefois pas voulu dire si l’opinion de Vincent avait pesé dans la balance.
« Je ne veux pas discuter de tous les détails, mais on a fait beaucoup de recherches, et on a parlé à plusieurs gens qui ont connu Patrik, autant à Columbus que Winnipeg », a souligné Hughes.
Dans le passé, St-Louis a répété plus d’une fois qu’il désire partir avec une feuille blanche avec ses nouveaux joueurs et créer sa propre opinion.
Laine, pour sa part, n’a pas eu besoin de se faire tordre un bras pour partir à Montréal.
« Il (Kent) n’avait pas trop de choses à me dire pour me convaincre, a-t-il mentionné. J’ai déjà joué au Canada, j’aimais ça. Les gens se soucient de l’équipe et des joueurs. Il n’avait pas besoin de me convaincre. Je connais la ville, les partisans ont une passion pour l’équipe. J’ai toujours aimé me retrouver sous les réflecteurs et je sens que je suis à mon mieux quand la pression est grande. J’accueille ce changement d’un très bon oeil. À Columbus, les gens aiment aussi le hockey. Mais aux États-Unis, il y a plus que le hockey. Les gens respirent hockey à Montréal, c’est le sport numéro un. »
À un salaire de 8,7 millions $, Laine sera maintenant le joueur le mieux rémunéré chez le Tricolore. Mais s’il peut s’approcher du cap des 30 buts, cette réalité sera rapidement oubliée. Et s’il marque 40 buts, on criera au génie pour le coup de Hughes. S’il reste l’ailier des dernières saisons à Columbus, il restera un boulet financier pour deux saisons.


















