«C'est une famille spéciale»
Don d'un rein, foyer d'accueil, mentorat avec les enfants, la famille de Ryan O'Reilly a le coeur sur la main

© Icon Sportswire/Getty Images
« Et si j'aidais à ramener la Coupe Stanley à Toronto? Arriverais-tu à y croire? », a écrit l'attaquant de 32 ans à son paternel.
« Je lui ai répondu : 'C'est la bonne attitude à avoir'' », a raconté Brian. « Comme Ryan a dit, c'est un scénario incroyable à imaginer. »
Pour Brian et son épouse, Bonnie, l'idée que leur fils pourrait participer à un tel exploit est surréaliste, tout comme ce l'est pour Ryan.
Les deux parents ont grandi dans la région de Toronto; Bonnie dans l'est de la ville alors que Brian était dans l'ouest, dans la banlieue d'Etobicoke. Bonnie a même travaillé aux concessions du Maple Leaf Garden avant que l'équipe ne déménage au Scotiabank Arena en 1999.
Les deux sont bien conscients de la réalité des partisans des Maple Leafs. Des amateurs passionnés qui voient leur équipe échouer dans sa tentative de gagner la Coupe Stanley depuis 1967, voire même de seulement gagner une seule série éliminatoire depuis 2004.
Malgré un noyau extrêmement talentueux, c'est la déception chaque printemps. Un noyau qui compte les Mitchell Marner, Auston Matthews, John Tavares, William Nylander, Morgan Rielly et, depuis vendredi, Ryan O'Reilly.
O'Reilly a remporté la Coupe Stanley en 2019 avec les Blues, et il a mis la main sur le trophée Conn-Smythe, remis au joueur le plus utile des séries éliminatoires. Malgré tout, il caressait l'idée d'un jour porter le chandail bleu et blanc des Maple Leafs. Mais il ne s'était jamais permis d'imaginer que ça puisse devenir une réalité.
C'est maintenant le cas.
« Mes parents ont grandi à Toronto. Mon épouse (Dayna) est d'ici. J'ai beaucoup d'attaches ici. J'y ai toujours pensé, mais je n'ai jamais cru que ça puisse se produire.
« Je suis un peu sur le choc de me retrouver ici. »
D'autres ne le sont pas. À commencer par l'entraîneur-chef des Stars de Dallas Peter DeBoer.
Le pilote est un ami de la famille O'Reilly, et il possède une résidence à Bayfield, sur la rive du lac Huron, où Bonnie et Brian demeurent maintenant. Depuis plus de quatre décennies, Brian est un entraîneur de performance, et il a déjà supervisé les enfants de DeBoer.
« Je crois que certains jeunes grandissent en Ontario et ont comme destin de jouer pour les Leafs », a dit DeBoer, dimanche. Je pense que Ryan est un de ces gars.
« Quand tu passes du temps avec sa famille, et que tu vois l'impact qu'ils ont au quotidien, que ce soit en amassant de l'argent, en étant des mentors pour des jeunes ou encore en sensibilisant les gens à la cause de la santé mentale dans une petite ville de l'Ontario, tu te dis que toute la province devrait être derrière eux. »
Ça semblait être le cas, samedi, quand O'Reilly a fait ses débuts avec sa nouvelle équipe.
Lorsque la formation de départ des Maple Leafs a été annoncée dans le vestiaire, tout le monde a applaudi quand le nom d'O'Reilly a été prononcé. Les partisans ont fait de même durant la période d'échauffement lorsque l'annonceur a dévoilé l'alignement pour le début de la rencontre.
L'entraîneur-chef des Maple Leafs Sheldon Keefe a compris l'importance de moment pour O'Reilly. Il s'agissait de son premier match dans l'uniforme torontois. Un samedi soir. Sur Hockey Night in Canada. Et les Canadiens de Montréal étaient en ville. La cerise sur le gâteau!
« C'était vraiment fou! Je suis heureux d'avoir remporté la mise au jeu. Il y avait beaucoup de membres de ma famille ici, alors c'était spécial pour eux aussi », a expliqué O'Reilly.

Parmi ce groupe, il y avait ses fils, Jameson, quatre ans, et Declan, deux ans, ainsi que Brian et Bonnie. Lorsque O'Reilly a enregistré son premier point avec sa nouvelle équipe, une passe sur le but de Michael Bunting, Bonnie a explosé de joie dans la section 112 du Scotiabank Arena, non sans causer un peu de douleur à l'ouïe de Brian.
« Il va probablement être sourd pour un petit bout, a-t-elle lancé en riant. Mais j'espère recommencer. Ça voudra dire que Ryan joue très bien. »
Un rein en cadeau
En entrevue téléphonique dimanche, Graham Nesbitt pouvait difficilement retenir sa joie lorsqu'il parle de la famille O'Reilly, des amis de longue date, et de l'arrivée de Ryan à Toronto.
Puis le ton a changé lorsque Nesbitt a expliqué comment Bonnie lui avait sauvé la vie.
« Je n'arrive pas à trouver les mots. C'était un si grand sacrifice », a-t-il dit alors qu'il peinait à trouver les mots pour s'exprimer.
Il n'avait pas besoin d'en dire plus.
Nesbitt a pendant été longtemps le gérant du Centre communautaire Seaforth & District, situé dans la ville voisine où Ryan a grandi. Il a très souvent permis à Ryan et à son frère Cal, qui a joué 145 matchs dans la LNH, de sauter sur la patinoire du centre même lorsque l'endroit était censé être fermé, afin de permettre aux deux jeunes de pratiquer davantage.
Plusieurs années plus tard, Bonnie serait celle qui ferait preuve d'une grande générosité envers Nesbitt en lui donnant un de ses reins.
En 2011, on a diagnostiqué à Nesbitt la néphropathie à IgA, aussi connu sous le nom de la maladie de Berger. Les gens qui en souffrent accumulent trop d'anticorps dans leurs reins, ce qui empêche l'organe de filtrer le sang. La médicamentation a permis d'acheter quelques années à Nesbitt, mais en 2019, il était maintenant inévitable qu'il avait besoin d'une transplantation d'un rein.
Bonnie a levé la main, et le 3 mars 2021, l'opération a été effectuée. Les Blues avaient même partagé une photo de Nesbitt et de Bonnie, voisins de lits d'hôpital, avec le pouce en l'air.
« Que dire de plus? Elle a sauvé ma vie », a lancé l'homme de 67 ans.
Nesbitt avait demandé aux O'Reilly s'ils étaient en mesure d'utiliser leurs réseaux sociaux afin de trouver un donneur. Quand Bonnie a appris qu'elle était compatible, la recherche n'a pas été plus loin.
« Je vais toujours être reconnaissant pour ce qu'il a fait pour mes gars lors de leur parcours jusque chez les pros, a affirmé Bonnie ce week-end. C'était la moindre des choses. »
Vendredi soir, Nesbitt a reçu un message texte de son fils, Derek, dans lequel il annonçait la transaction à son père.
« Quand j'ai reçu le rein de Bonnie, Brian avait dit à mon épouse Pam et moi que si je me mettais à sauter partout lors d'un match de hockey, c'était Bonnie qui ressortait parce qu'elle court toujours partout et crie durant un match, a-t-il raconté. Quand j'ai vu que Ryan s'en venait à Toronto, je me suis dit que ça allait être fou. Je savais à quel point les deux allaient être subjugués. »
C'était possiblement le cas pour toute la population de Seaforth, samedi.
« Je suis prêt à parier que tout le monde en ville regardait la partie et célébrait l'arrivée de Ryan chez les Leafs, a dit Nesbitt. Quand Ryan a apporté la Coupe Stanley ici en 2019, il y avait des chandails des Blues avec son nom partout. Attendez-vous à ce que ceux-ci soient remplacés par des chandails des Leafs. »
Nesbitt et DeBoer ont souligné la modestie de la famille. La preuve la plus tangible est que lors des 20 dernières années, 47 enfants de foyer d'accueil du sud de l'Ontario ont élu domicile chez les O'Reilly, parfois pour de courts moments, mais parfois pour une période allant jusqu'à quatre ans.
« Je pense que j'ai enseigné aux gars l'humilité, a dit Bonnie. Ça leur a appris à apprécier ce qu'ils ont et que ce n'est pas tout le monde qui est aussi chanceux. »
« C'est une famille spéciale », a souligné DeBoer.
Du leadership sur et hors de la glace
Lorsqu'il était jeune, Ryan O'Reilly était davantage un amateur de Wayne Gretzky que des Maple Leafs, ont expliqué ses parents.
Et Ryan n'a aucune chance de se souvenir de la première fois où il a enfilé un chandail de la formation torontoise.
« Je l'ai amené à la patinoire quand il avait deux ans, s'est souvenu Brian. Je ne l'avais pas complètement habillé. Il avait un chandail de Toronto, un casque trop grand… et il était en couche. »
Le photographe du journal local a trouvé l'image cocasse et a immortalisé la scène, qui s'est retrouvée dans le journal le lendemain. Quand Bonnie a vu la photo, elle était en furie. »
« J'ai engueulé Brian! J'étais en colère. Comment avait-il pu l'amener là sans qu'il soit habillé de convenablement », s'est-elle souvenue en riant.
Aujourd'hui un homme, Ryan a décidé que c'était son tour d'aider les enfants.
Vendredi, quelques heures avant la transaction, O'Reilly a réalisé le rêve de Hank Walker, qui désirait patiner avec lui.
Le jeune partisan avait partagé ce souhait avec la Fondation Rêves d'enfants en 2020. Lorsqu'il était bébé, Hank a été diagnostiqué d'une valve urétrale, une malformation obstructive du bas de l'appareil urinaire. Il a dû recevoir une transplantation rénale afin de soigner la maladie.
Hank a amorcé sa journée en signant un contrat d'une journée avec le directeur général des Blues Doug Armstrong, alors qu'O'Reilly à ses côtés. Le jeune garçon a par la suite fait son chemin jusqu'à la patinoire en compagnie de l'attaquant ainsi que d'autres joueurs comme Brayden Schenn. Il a même pu pratiquer ses célébrations de but.
Puis en fin de soirée, la nouvelle tombait. O'Reilly devenait un Leaf. À cette heure tardive, il aurait été normal que lui et Acciari fassent une croix sur le match de samedi et rejoignent plutôt l'équipe à Chicago, où Toronto affrontait les Blackhawks dimanche. Mais les deux joueurs voulaient absolument se mesurer aux Canadiens, samedi.
Le problème, c'est que les deux n'avaient pas leur équipement, qui était demeuré au centre d'entraînement des Blues.
« O'Reilly a peut-être ou peut-être pas trouvé le moyen de mettre la main sur les clés du bâtiment pour aller chercher son équipement, a souri Keefe. Et il en a profité pour prendre celui d'Acciari. Ça en dit long sur le caractère des deux gars.
« Ce que tu fais sur la glace, tout le monde va le voir. Mais ce que ça m'a démontré, c'est ce qu'ils vont apporter dans notre vestiaire. »

Après la défaite de 5-3 contre les Blackhawks, dimanche, lors de laquelle O'Reilly a été blanchi et a terminé avec un différentiel plus-moins de moins-2 en 16:43 de jeu, les Maple Leafs poursuivront leur périple à l'étranger avec un match contre les Sabres de Buffalo.
O'Reilly a joué pour les Sabres de 2015-2018, avec qui il a récolté 176 points en 224 matchs. Après avoir vu les Sabres prendre le 31e rang de la LNH en 2017-2018, l'attaquant avait affirmé avoir perdu son amour pour le hockey et avait ajouté que la concession avait adopté une attitude perdante.
Il a par la suite été échangé aux Blues dans une transaction monstre qui a permis à Buffalo de mettre la main sur Tage Thompson, qui est actuellement le troisième pour les buts dans la LNH avec 36. Voilà qui ajoutera une nouvelle couche à la rivalité entre les deux équipes!

















