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Bouchard : Les tâches de Subban ont-elles changé à ce point?

Notre chroniqueur compare le rôle qu'ont occupé Subban et Shea Weber avec leur nouvelle équipe

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les séries éliminatoires tirent à leur fin et à chaque match qui passe, on voit se diffuser de plus en plus l'idée selon laquelle P.K. Subban est bel et bien un excellent défenseur défensif. Matt Casavant, journaliste de TVA Sports, soulignait sur ce point une statistique fort révélatrice : Jonathan Toews, Ryan Getzlaf, Vladimir Tarasenko et Evgeni Malkin (avant le 5e match) ont été les joueurs qui ont le plus souvent affronté Subban à chaque ronde éliminatoire et aucun n'a marqué à 5-contre-5 en sa présence. On n'en est plus aux heureux hasards.

Si les statistiques de buts marqués sont révélatrices, elles ne nous disent pas tout du rôle général joué par les différents défenseurs dans la LNH contemporaine. Pour en avoir le cœur net, il est préférable de s'attarder à l'autre donnée sur laquelle se basait Casavant, soit le temps de glace et sa répartition en fonction des adversaires affrontés.

Je reviens ici sur le temps de jeu des joueurs, sous l'angle des confrontations. Plus précisément, je m'attarderai à observer la part du temps de jeu dévolu à un joueur, et jusqu'à quel point ce joueur affronte plus souvent les meilleurs éléments et s'il le fait en compagnie des meilleurs de son équipe.

Parce que c'est la Finale de la Coupe Stanley et que le soleil est enfin des nôtres, j'ai décidé de nous gâter et de regarder plus particulièrement comment a évolué la situation de deux défenseurs : P.K. Subban et Shea Weber.

P.K. Subban

Les deux graphiques ci-dessous montrent la part de temps de jeu accaparée par les principaux défenseurs des deux équipes pour lesquelles Subban a joué depuis deux ans. La charge de travail, on le constate, demeure sensiblement identique d'une saison à l'autre pour le défenseur étoile. Mais son entourage change passablement. Alors qu'il menait confortablement la défensive des Canadiens de Montréal l'an dernier, il est, chez les Predators de Nashville, partie prenante d'un quatuor qui se partage l'essentiel du temps de travail.

Les choses deviennent plus intéressantes lorsqu'on regarde contre qui, et avec qui Subban a joué depuis deux ans.

Parce que le hockey est un sport fluide, tout le monde joue contre un peu tout le monde. Pour distinguer les choses, j'aime bien utiliser la part du temps de jeu obtenu par les attaquants à 5-contre-5. C'est simple : les joueurs plus utilisés sont dans l'ensemble les meilleurs pour déclasser l'adversaire aux tirs et la coupure est nette entre les « top-6 » et les autres.

Mais les trios sont fluides. C'est pourquoi, pour évaluer la difficulté du temps de jeu, j'utilise la simple opération suivante. Après avoir identifié les six attaquants les plus utilisés au cours d'un match, je multiplie chaque seconde jouée en fonction du nombre de ceux qui se trouvent sur la glace. Théoriquement, un joueur peut donc avoir un coefficient de difficultés allant de 0 à 6. Dans les faits, pour les défenseurs, la moyenne de la LNH se situe depuis deux ans à 1,71.

Le temps de jeu pondéré par le nombre d'adversaire et de coéquipiers top-6 nous donne donc un indicateur simple de la difficulté des minutes jouées.

Les deux graphiques suivants montrent ces présences pondérées pour les équipes de Subban depuis deux ans.

Outre la concentration des tâches dans le top-4 de Nashville, deux autres éléments ressortent de ces graphiques. À Montréal, Subban et Andrei Markov portaient pour ainsi dire seuls la charge en extra de surveillance des meilleurs éléments adverses.

Deuxième élément, la charge de travail de Subban a légèrement diminué à Nashville, même si elle se situe encore largement au-delà de la moyenne. Et la qualité des coéquipiers qui l'accompagnent dans ces tâches n'a pas bougé, mais on voit encore sur ce point que les Predators aiment grouper leurs forces au maximum.

Ce que ces graphiques ne montrent pas, c'est ce que j'ai déjà illustré dans un précédent article. Roman Josi et Ryan Ellis affrontent plus souvent les meilleurs éléments adverses, mais ils bénéficient aussi d'une forte poussée aux mises en jeu en zone offensive. C'est qu'à Nashville, on a un duo défensif (Subban et Mattias Ekholm) et un duo offensif (Josi et Ellis). À Montréal, le rôle offensif de Subban et Markov était beaucoup moins clair; on leur demandait de l'extra en troisième période lorsque l'équipe tirait de l'arrière, mais rien de systématique comme à Nashville.

Shea Weber

Le parcours de Weber est plus linéaire. Il demeure lui aussi, de Nashville à Montréal, un des défenseurs les plus utilisés à 5-contre-5.

Ce qui est intéressant à voir, dans le cas de Weber, c'est l'évolution du temps de jeu de ses coéquipiers. Weber a joué des minutes très difficiles partout où il est passé, mais on l'a systématiquement associé aux meilleurs éléments de son équipe. Son taux de 2,03 depuis deux ans le place au 3e rang des défenseurs avec au moins 600 minutes de jeu, derrière Marc-Édouard Vlasic (2,033!) et Niklas Hjalmarsson (2,08). Subban se classe au 25e rang.

Weber a connu un changement de rôle important qui se reflète dans l'identité de son partenaire de jeu. À Nashville, il est l'un des défenseurs qui obtiennent le plus de mises en zone offensive et joue avec Josi. À Montréal, on l'a plutôt associé à Alexei Emelin dans un duo qui a épongé une quantité astronomique de mises en zone défensive.

Il est donc intéressant de constater que ces deux défenseurs n'ont pas tout à fait pris la place l'un de l'autre. Plus curieux encore : les deux se sont vu confier une vocation plus résolument défensive! Et ce sont d'autres défenseurs (Ellis, Jeff Petry), qui ont ramassé le surplus de tâches offensives. Bref, ils n'ont pas échangé leurs rôles, mais ont joué le même rôle en 2015-16 et 2016-2017. Ça n'est quand même pas banal

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