Les premières saisons de Matthews à Toronto n’ont pas été une partie de plaisir. Chaque année, ses coéquipiers et lui se faisaient rappeler que la concession n’a pas gagné la Coupe Stanley depuis 1967, et même pas une seule série éliminatoire depuis 2004. Depuis qu’il a été repêché au premier rang en 2015, il a été un des visages des déboires en séries de l’équipe, qui a subi six éliminations consécutives en première ronde avant de finalement mettre fin à cette léthargie le printemps dernier, quand les Maple Leafs ont éliminé le Lightning de Tampa Bay en six matchs.
Les réjouissances ont toutefois été de courte durée, puisque Matthews et ses coéquipiers ont plié l’échine en cinq matchs contre les Panthers de la Floride dès la ronde suivante. Mais au moins, cette victoire contre le Lightning aura permis aux joueurs d’être moins sous pression et d’avoir confiance qu’ils peuvent passer à la prochaine étape pour remporter la Coupe Stanley.
Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il avait découvert de Matthews depuis qu’il a été nommé directeur général à Toronto le 31 mai, Brad Treliving a répondu : « son désir d’être le meilleur. Il y a des gens qui ont un talent prodigieux, et c’est son cas. Mais ce que personne ne voit, c’est tout l’effort qu’il y met. »
Et le meilleur est encore à venir selon son coéquipier Morgan Reilly.
« Il va battre beaucoup de records, a lancé le défenseur. Et plusieurs records des Leafs.
« Il a de grands objectifs. Il s’est entraîné durant toute la saison morte, il est arrivé en grande forme et c’est fantastique de le voir jouer en ce moment. Tu veux l’encourager et lui permettre de jouer comme il sait le faire. »
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Même s’il était l’espoir le plus convoité en 2016, Matthews n’a pas été sous les projecteurs comme a pu l’être Connor Bedard, le premier choix du dernier repêchage. Après un passage au sein du Programme national de développement de USA Hockey, Matthews a décidé de s’expatrier afin d’évoluer avec les Lions du Zurich de la National League suisse lors de son année de repêchage, loin de l’attention qu’il aurait attirée s’il avait plutôt décidé d’évoluer au niveau junior canadien ou américain.
Mais en se retrouvant dans un marché comme Toronto, les caméras étaient soudainement toutes braquées sur lui.
Il a rapidement appris ce que représentait le fait d’être un joueur des Maple Leafs, et que les côtés positifs, en particulier l’amour que les partisans ont pour leur équipe, surpassent aisément les aspects négatifs.
« Même lorsqu’il était enfant, il a toujours été très fort mentalement », a souligné son agent, Judd Moldaver, mercredi. « Il s’est adapté. C’était un adolescent lorsqu’il est arrivé ici. C’est génial d’avoir pu le voir se transformer en homme après avoir fait face à tous ces défis à un si jeune âge. »
Rielly est d’accord, lui qui est le coéquipier de Matthews depuis ses débuts dans la LNH.
« Il est arrivé et il est immédiatement devenu un membre de l’équipe, a-t-il expliqué. En vieillissant, son rôle, son leadership dans la communauté, sa marque de commerce et tout le reste ont gagné en importance, mais il est toujours demeuré le même gars que lorsqu’il est arrivé. Ça témoigne de sa personnalité. »
Sur la patinoire, il n’a pas tardé à attirer les projecteurs.
Le 12 octobre 2016 contre les Sénateurs d’Ottawa, il a marqué quatre buts dans ce qui était son premier match dans la LNH. Un record des temps modernes. Les nombreuses caméras et micros qui l’attendaient après la rencontre symbolisaient bien ce qui l’attendait dans le futur.
« Depuis que je suis ici, j’ai toujours trouvé qu’Auston était un gars confiant qui n’avait pas de difficulté à bloquer le bruit autour de lui quand il le fallait », a souligné l’entraîneur-chef Sheldon Keefe, qui est derrière le banc depuis le 20 novembre 2019. « Je pense qu’il adore évoluer dans ce marché et il l’a démontré en signant à nouveau ici.
« Il apprécie tout ce que ça représente d’être un Maple Leaf. »
Matthews dit y être parvenu au fil du temps.
« Tu finis par t’habituer à la notoriété, et ça devient normal, a-t-il affirmé. La plupart des gens sont majoritairement très respectueux de ta vie privée.
« Mais tu comprends aussi qu’ils sont très passionnés par les Leafs et le hockey ici dans cette ville. C’est certain qu’il y a des journées où tu aimerais ne pas parler à personne et faire ta petite affaire. Ça arrive.
« Mais en même temps, ce qui est spécial d’être ici, c’est la passion des gens, et ça définit vraiment l’équipe et la ville. »
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Pour Treliving, ce qu’il voit chez Matthews, au-delà des statistiques et des trophées du passé, dont le Hart – remis au joueur le plus utile de la LNH – en 2022, c’est le désir de gagner une Coupe Stanley qui grandit chez l’attaquant malgré les déceptions des dernières années.
Lors de la conférence de presse qui a suivi son embauche comme DG, Treliving a indiqué aux journalistes que sa priorité numéro un était de s’entendre avec Matthews sur une prolongation de contrat. Et peu de temps après, il s’est rendu en Arizona afin de vendre sa salade.
N’oubliez pas que Matthews avait une bonne relation avec le prédécesseur de Treliving, Kyle Dubas. C’est Dubas qui lui avait offert son précédent contrat, une entente de cinq ans d’une valeur annuelle moyenne de 11,634 millions $, en février 2019. Une entente qui se terminera à la fin de la saison.
« C’était difficile, a dit Matthews. Nous étions plusieurs à avoir une relation avec Kyle, et c’est difficile d’imaginer qu’une autre personne puisse arriver et que nous allons devoir recommencer tout ce processus avec elle. »
Malgré cela, Matthews s’est rapidement entendu avec Treliving, qui occupait le même poste chez les Flames de Calgary jusqu’à l’année dernière.
« J’ai bien aimé apprendre à le connaître. Il fait un très bon travail depuis qu’il est arrivé. Ce n’est pas facile d’être nommé en poste alors que le repêchage arrive, puis le marché des joueurs autonomes. Mais je pense qu’il sait ce que ça prend et ce que ça représente d’être directeur général dans un marché canadien. Il s’en tire très bien. »
Treliving a révélé que c’est Matthews qui a contacté les Maple Leafs, cet été, pour leur dire qu’il était prêt à s’entendre avec eux.
« Auston a décidé que c’était le bon moment, a indiqué Moldaver. Il n’y avait pas d’urgence. Il a toujours désiré revenir. C’est là qu’il veut jouer. »
C’était encore plus vrai depuis que Treliving a décidé d’ignorer la pression publique qui lui demandait de démanteler le noyau de l’équipe – au sein duquel on retrouve aussi les attaquants Mitchell Marner, William Nylander et John Tavares.
« J’étais vraiment heureux de cette décision, a dit Matthews. Nous avons vécu beaucoup de choses ensemble, et je pense que nous voulons tous aller jusqu’au bout ensemble. Ça veut donc dire beaucoup qu’il ait confiance en nous, et c’est à notre tour de le remercier. »
Matthews sent que le fait qu’ils ont remporté la série contre Tampa Bay sera très utile à long terme.
« Tu réalises à quel point c’est difficile et ce que ça prend pour gagner une seule série, et que par la suite, tu dois offrir le même effort encore et encore. Ce qui est difficile, c’est que tu voudrais que ça arrive rapidement, que tout se fasse d’un coup.
« Malheureusement, ce n’est pas le cas pour personne. Parfois, tu dois faire face à de l’adversité pour grandir et trouver la recette du succès. Nous travaillons toujours pour atteindre cet objectif, et nous allons continuer de le faire. »