Entre Manly, en Australie, Osaka, au Japon, Cornwall, sur l’Île-du-Prince-Édouard, Moncton, au Nouveau-Brunswick, Los Angeles et Ottawa, Jordan Spence est souvent sorti des sentiers battus pour réaliser ses rêves dans le monde du hockey.
Mardi, lorsque les Sénateurs affronteront les Canadiens de Montréal au Centre Vidéotron dans le but de conclure leur passage à Québec, ses parents seront dans les gradins pour l’encourager. Et ils n’auront pas besoin de traverser le continent au grand complet!
Spence a joué des matchs hors-concours au Centre Vidéotron l’an dernier. Ça lui a donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la vie s’il jouait plus près de la maison. Ses parents avaient aussi fait le voyage de Cornwall pour le voir affronter Boston et la Floride.
Spence a quitté la Californie durant la saison morte. Il a fait ses adieux à l’organisation avec laquelle il avait passé les cinq premières années de sa carrière quand les Kings l’ont échangé à Ottawa lors de la deuxième journée du repêchage, en retour d’un choix de troisième ronde (67eau total) en 2025 et d’un choix de sixième ronde en 2026.
Le déménagent a procuré beaucoup de joie à ses parents.
« Mes parents, ma famille, mes amis… Tout le monde est bien content », a-t-il déclaré à Sens360.
« Je sais que ma famille m’a déjà laissé savoir qu’elle viendra me voir bien plus souvent à Ottawa qu’à Los Angeles », rigole Spence. « Ça me va! Je serai très content de les voir plus souvent. Mes amis, comme ma famille, pourront voir plus de matchs. »
Il n’y a pas que les voyages qui seront plus faciles à exécuter. Avec la différence de quatre heures entre l’Île-du-Prince-Édouard et la Californie, les matches des Kings prévus pour 19 h 30 débutaient à 23 h 30 pour les fans des Maritimes. Les lendemains de veille pouvaient être très douloureux.
Né en Australie, avec un père canadien (Adam) et une mère japonaise (Kyoko), Spence a vite déménagé à Osaka, au Japon. C’est là qu’il a pu se familiariser avec le hockey. Il avait 13 ans lorsqu’il a déménagé sur l’Île-du-Prince-Édouard, pour faire la démonstration des habiletés acquises sur les patinoires asiatiques.
Spence avait déjà accumulé un peu d’expérience sur les surfaces glacées canadiennes. Il avait passé quelques printemps chez ses grand-parents paternels pour jouer au hockey. Sa famille a décidé de déménager, en partie, pour offrir à Jordan un avenir meilleur dans le sport.
Au Japon, les équipes de hockey sont peu nombreuses. Là-bas, Jordan devait souvent se contenter de s’entraîner, sous les encouragements de son père. Le déménagement à temps plein au Canada, avec des tournois et plein de matchs, est arrivé au moment parfait, pour son développement.
Il n’y avait qu’un problème. À l’époque, Spence avait des compétences très limitées en anglais. « Le sport est un langage international », a déclaré son père, Adam, dans une entrevue avec The Athletic en 2020. « Si tu peux jouer, tu peux vite trouver ta place dans un groupe. Les garçons l’ont très vite adopté. Très rapidement, il a commencé à recevoir des invitations qui n’avaient rien à voir avec le hockey. »
En plus d’apprendre l’anglais très rapidement, Spence a commencé à maîtriser le français. Quand il a fêté ses 16 ans, le défenseur droitier était le capitaine de l’équipe de l’Île-du-Prince-Édouard au Défi d’Excellence Gatorade de la LHJMQ. Il avait espoir d’être repêché, plus tard, au printemps.
Le défenseur n’a pas été réclame durant les 14 rondes du repêchage de 2017. Ce souvenir lui a servir de « réveil brutal ».
« J’étais beaucoup plus petit. Je n’avais pas fini de grandir », a dit Spence, qui est arrivé au camp d’entraînement cette année à 5 pieds 11 pouces et 188 livres. « Je ne dirais pas que j’avais connu une mauvaise saison. Je ne pourrais pas non plus dire que j’avais connu une très bonne saison. »
Spence s’est permis d’ajouter qu’il avait encore beaucoup de choses à améliorer. Il croyait que ses performances devant les dépisteurs de la LHJMQ avant le repêchage avaient été suffisamment bonnes pour qu’il entende son nom.
« Parfois, les choses ne se déroulent pas comme on voudrait. Nous n’avons pas le choix, alors de continuer à travailler », dit Spence. « C’est la principale leçon que j’ai retenue lors de cet événement. Je n’avais probablement jamais affronté autant d’adversité. Quand les gens ne croient pas en vous, vous devez faire tout en votre possible pour leur montrer qu’ils ont tort. »
En 2018, durant sa deuxième année d’éligibilité, Spence a pris les choses en main. Il a été le deuxième choix de la deuxième ronde du repêchage. Les Wildcats de Moncton l’ont sélectionné au 20e échelon au terme d’une saison où il a marqué 13 buts et récolté 51 points avec les Western Capitals de Summerside dans la MHL. Ces chiffres lui ont permis de se classer au deuxième rang parmi les défenseurs de ce circuit de calibre junior A.
Durant sa première saison avec les Wildcats, il a été le meneur parmi les défenseurs des Wildcats. Il a également été le meneur parmi les défenseurs de première année. Ses 47 points lui ont permis de mériter le titre de recrue de l’année dans la LHJMQ. Deux mois plus tard, la LNH lui a fait signe. Les Kings ont fait de lui le 95e joueur sélectionné lors du repêchage amateur de 2019.
Difficile de faire mieux, quand vient le temps de prouver aux gens qu’ils ont eu tort à son sujet!
« J’ai pris la décision d’être la meilleure version de moi-même et j’ai décidé de contrôler tout ce que je pouvais contrôler. Ça demeure la citation principale qui me reste à l’esprit. Je dois m’efforcer de contrôler ce que je peux contrôler. Si les choses tombent en place, elles tombent en place. »
À 19 ans, Spence a été invité au camp de sélection de l’équipe canadienne junior à Red Deer, en Alberta. Le chemin qui a mené le jeune homme au championnat mondial junior de 2021 n’a pas été simple pour autant.
Le camp de sélection du Canada a cessé ses activités pendant deux semaines à la suite de contrôles positifs à la COVID-19. Les joueurs, les entraîneurs et le personnel de l’équipe ont alors été placés en quarantaine. Quand le tournoi a finalement pu prendre son envol, à Edmonton, il n’y avait pas de spectateurs dans les gradins. Il s’agissait, il va sans dire, d’une expérience unique.
Spence a entrepris le tournoi dans la galerie de la presse. Lorsque Braden Schneider a été suspendu, on l’a inséré dans la formation et il a marqué un but lors de sa toute première présence. Son but a donné le ton à un match finalement gagné 3-1, contre la Slovaquie, en ronde préliminaire.
« J’ai obtenu mon invitation au camp. J’ai réussi à me tailler un poste. J’ai marqué un but lors de ma première présence. Même s’il n’y avait pas de spectateurs dans les gradins, c’était exceptionnel pour moi. Ça m’a confirmé que j’avais parcouru beaucoup de chemin », dit Spence.
« Nous avons pris la deuxième position et les États-Unis ont gagné le tournoi, mais avec toute l’expérience acquise au championnat mondial junior, j’étais assez satisfait », ajoute Spence. Ce dernier explique que sa décision de représenter le Canada plutôt que le Japon sur la scène internationale a été prise dans le but de lui permettre d’affronter de meilleurs adversaires.
À 20 ans, Spence avait réussi à obtenir sa place dans la Ligue américaine pour la saison 2021-22. Au mois de mars, durant cette saison, il a donné ses premiers coups de patin dans la LNH. Spence a fait ses débuts contre les Sharks de San Jose, devenant le premier joueur né en Australie et le premier citoyen du Japon à jouer dans la LNH.
Spence a même réussi à participer à trois matchs dans les séries éliminatoires lors de cette saison. Ce fut le début d’une série de quatre revers consécutifs des Kings, en première ronde, contre les Oilers d’Edmonton.
Le défenseur droitier est devenu un joueur à temps complet dans la LNH au début de la saison 2023-24. Il a récolté huit buts et 61 points, en tout, en 180 matchs de saison régulière, depuis. Il a marqué un but et ajouté une mention d’aide en 13 matches en séries éliminatoires.
« Je suis privilégié », dit Spence, au sujet de toute l’expérience acquise, en séries éliminatoires, malgré son jeune âge.
« En séries, les joueurs sont affamés, ils sont plus rapides, ils complètent toutes leurs mises en échec. L’an, dernier, nous n’avons pas été en mesure de vaincre les Oilers. En même temps, je crois que je deviens plus mature, sur la patinoire. Je sais à quoi m’attendre dans les matchs de séries éliminatoires. Je sais quoi faire. Je sais comment on gagne. »
L’entraîneur-chef des Sénateurs Travis Green n’aime pas trop montrer ses cartes. Il préfère répondre aux questions qui portent sur les individus en indiquant que ce sont eux, ultimement, qui décident de leur place dans l’alignement.
Pour Spence, qui a l’habitude de faire ses preuves, est prêt à faire face au défi. Pour lui, rien ne change.
« Je crois que je suis prêt à jouer un plus grand rôle qu’à Los Angeles. Là-bas, je n’étais plus sur la même longueur d’ondes que la direction, à certains égards. Ils ont cru que le temps était venu pour moi d’obtenir une nouvelle opportunité ailleurs », dit Spence.
« Au début, quand tu reçois l’appel, tu es un peu sous le choc. J’ai été repêché par Los Angeles. J’ai passé quatre années dans cette ville. J’ai accumulé des tas de souvenirs et je me suis fait de nombreux amis là-bas. Tout ça m’a frappé, au départ. »
« Vous savez, ça m’a pris un peu de temps pour tout bien digérer. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que c’était pour le mieux. Au fil de l’été, j’ai compris que ce n’était vraiment pas la fin du monde. Ça fait partie du sport. Éventuellement, je suis devenu très excité à l’idée de me joindre à une équipe, comme les Sénateurs, qui croit vraiment ne moi. Je suis content de me joindre à une équipe avec laquelle j’aurai l’opportunité de gagner des matchs. »


















