Bryan Trottier SDW

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition met en vedette Bryan Trottier, un membre du Temple de la renommée du hockey qui a lancé son livre « All Roads Home, A Life on and off the Ice », en octobre.
Le moment était venu pour Bryan Trottier de s'ouvrir.

Son livre, All Roads Home, A Life on and off the Ice, décrit ce que Trottier considère comme « beaucoup de plaisir qui n'est pas seulement en lien avec le hockey ». On y retrouve des anecdotes de sa jeunesse sur une ferme à Val Marie, en Saskatchewan, et des liens tissés à travers les amitiés, la famille et la musique. Il y a aussi des histoires liées à l'héritage cri et métis de Trottier, citées dans l'avant-propos écrit par Jesse Thistle, auteur et professeur adjoint au Département des sciences humaines de l'Université York à Toronto.
« Il est l'athlète autochtone le plus décoré de tous les temps dans tous les sports professionnels […] parce qu'il est humble, écrit Thistle. En lisant ce livre, souvenez-vous de ce principe d'humilité; c'est la marque d'un vrai guerrier pour son peuple. »
Le raisonnement de Trottier pour écrire le livre était simple : il est beaucoup plus ouvert à 66 ans. Mettre ses pensées sur papier était un peu cathartique.
« Les gens me demandent ce que je pense, donc je leur réponds, alors qu'avant j'aurais dit que je ne pouvais pas tout dire, a expliqué Trottier. Il y a des passages à propos de coéquipiers et d'autres à propos de la famille. Ma mère et mon père sont décédés. Il y a tellement de merveilleux souvenirs liés à mon enfance et mon patelin, alors c'est génial de pouvoir partager ce côté de mes parents. J'ai ce sentiment cathartique, mais pas trop. Ce n'était pas la raison principale de l'écriture de ce livre, mais ce l'était en partie. Quand tu parles de tes souvenirs, de tes exploits ou des gens qui t'ont aidé en cours de route, c'est une très belle façon de dire merci. »
L'histoire de Trottier au hockey a été racontée plusieurs fois : sextuple champion de la Coupe Stanley (quatre fois de suite avec les Islanders de New York de 1980 à 1983 et deux fois de suite avec les Penguins de Pittsburgh en 1991 et 1992) et un septième titre en tant qu'entraîneur adjoint de l'Avalanche du Colorado en 2001. Gagnant des trophées Calder, Art-Ross, Hart et Conn-Smythe. Intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1997, à sa première année d'admissibilité. Coéquipier de légendes comme Mike Bossy, Clark Gillies, Denis Potvin, Billy Smith, Mario Lemieux et Jaromir Jagr.
Ses débuts ont été modestes alors qu'il vivait et apprenait à patiner à Val Marie, un village de 164 habitants. L'éducation l'a aidé à ne jamais laisser le succès lui monter à la tête.
« Maman et Papa étaient à la base de tout pour moi, a dit Trottier. Il y a toujours quelque chose qui te ramène à tes racines. Toutes les routes mènent à la maison. Voilà ce qui explique le titre. »
Dans une entrevue avec LNH.com, Trottier a discuté de son livre, de sa croissance en tant qu'autochtone, de son bref passage derrière le banc des Rangers de New York et d'autres sujets.
Avez-vous déjà pensé à ce qu'aurait été votre vie sans le hockey si Dave « Tiger » Williams ne vous avait pas dissuadé de tout abandonner en décembre 1972? Il a conduit dans une tempête, est arrivé à 7 h du matin à votre domicile, et vous a dit de monter dans la voiture pour retourner à Swift Current.
« Le destin est une drôle de chose. Dans un sens, vous devez en tirer profit, mais je pense que le chemin est différent pour chacun. Ç'a été le mien, et de raconter cette histoire pour que les gens comprennent, ça me fait sentir bien, car les critiques et les gens à qui j'ai parlé ont lu le livre. Je l'apprécie vraiment. Ils voient peut-être un autre côté de moi, pas seulement en tant que joueur de hockey. »
Votre père, Buzz, vous a déjà dit que « quand tu arrêtes de vouloir, tu meurs ». Comment trouver l'équilibre entre éviter la complaisance et l'obsession?
« Il faut simplement ne rien tenir pour acquis. Ça vous empêche d'être vous-même. Il faut apprécier ce que l'on a, tirer profit des occasions qui se présentent, garder sa concentration et reconnaître les choses pour ce qu'elles sont. Il y a eu un peu de chance, et du travail acharné. Je m'en tiens au travail acharné parce que la chance ne me sourira pas toujours. Mais quand c'est le cas, tu en profites. Quand tu es repêché, tu ne tiens rien pour acquis. Alors même si c'est une obsession, tu es en mission. Tu ne dois jamais perdre ta concentration sur les choses importantes. »
Votre nom est normalement associé aux Islanders, mais vous avez gagné la Coupe deux fois avec les Penguins et terminé votre sixième saison en tant que champion en glissant sur une bâche mouillée au Three Rivers Stadium en tenant le trophée. À quel point était-ce satisfaisant de remporter la Coupe de nouveau dans les derniers milles de votre carrière?
« C'était un beau parcours. Tout a été un beau parcours. Quand je repense au chemin que j'ai emprunté et que mes souvenirs obscurcissent ma vision, je suis parfois submergé par l'émotion. C'est spécial pour tellement de raisons. Quand je regarde ma carrière et qu'on pense aux sept conquêtes de la Coupe Stanley. Sept titres en 18 ans comme joueur et 10 autres saisons comme entraîneur, il faut prendre en considération qu'on perd bien plus souvent qu'on gagne. Mais la victoire est tellement satisfaisante. La victoire fait oublier toutes les années perdantes. »
Dans le livre, vous parlez de votre amour du 'coaching'. Avez-vous des regrets de ne pas avoir dirigé les Rangers pour une saison complète ou de ne pas avoir eu une deuxième chance comme entraîneur-chef dans la LNH?
« Pendant un temps, oui. C'est dire au revoir au hockey. Tu espères, puis ça ne fonctionne pas. Mais vous savez quoi? J'aime vraiment ce chapitre de ma vie. J'ai aussi appris à reconnaître que je n'avais pas nécessairement ce que ça prenait pour être entraîneur-chef. Et c'est la raison pour laquelle je suis retourné [à Buffalo avec Ted Nolan en 2014-15], je savais que je serais un très bon entraîneur adjoint et [Nolan] était fantastique. Cette année avec Teddy a été magique pour plusieurs raisons parce qu'elle a confirmé le fait que je ne voulais pas être entraîneur-chef. Je voulais être un adjoint. Il a renforcé ma décision de ne plus pourchasser un poste d'entraîneur-chef. Je ne voulais pas mettre toutes ces heures et donner autant de mon temps. […] C'est une question d'attitude, car me présenter devant les médias en ne disant pas tout ce que tu penses et en tentant d'être délicat et respectueux, ça ne cadrait pas avec ma personnalité. J'étais beaucoup trop sur mes gardes. En tant qu'adjoint, je pouvais me concentrer sur les joueurs. Je n'avais pas à m'occuper du reste. En regardant en arrière, j'ai trouvé mon chemin. Pendant un temps, je gardais espoir. Mais ça ne m'a pas brisé le cœur. »
Vous admiriez Bossy parce qu'il faisait preuve d'un égoïsme bien placé. Y a-t-il suffisamment de joueurs comme ça aujourd'hui?
« Oh, oui. En abondance. Dans le hockey d'aujourd'hui, avec les (Connor) McDavid, (Sidney) Crosby, (Patrick) Kane et (Jonathan) Toews, cette génération-là, tout est une question d'égoïsme bien placé. Ils veulent gagner, mais ils savent qu'il faut contribuer pour gagner, que ce soit en marquant des buts, en bloquant un lancer ou en faisant ce que tu as à faire. Ces choses-là rapportent. Je suis fier du hockey d'aujourd'hui. Je suis fier de la prochaine génération. Je pense que nous sommes entre bonnes mains. »