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TORONTO – Dans un coin du grand hall du Temple de la renommée, sous l’iconique dôme en vitraux qui surplombe la salle, Gérard Cleary fait lentement le tour du trophée Frank-J. Selke, en examinant attentivement chacune de ses faces.

Parmi les noms de Bob Gainey, Guy Carbonneau et des autres grands joueurs qui ont mis la main sur ce trophée, l’homme cherche les plaques de son fils. Quand on le rejoint, il pointe avec fierté un côté sur lequel on voit le nom de Patrice Bergeron apparaître à deux reprises.

« C’est la première fois que je le vois en vrai », lance-t-il avec un grand sourire.

Même si Bergeron a remporté le titre du meilleur attaquant défensif de la LNH à six reprises, plus souvent que quiconque, son père n’a vu que les répliques en format miniature de l’impressionnant bol d’argent. En l’ayant sous les yeux pour la première fois, c’est comme s’il prenait conscience de l’ampleur de l’exploit.

Surtout que Gérard se retrouve entouré des plaques de tous les joueurs et bâtisseurs qui ont été intronisés au Temple au fil des années. Un cercle fermé auquel son fils appartient désormais, lui aussi.

« Le Temple de la renommée… je n’ai jamais même pensé à ça, a-t-il ajouté avec un brin d’émotion dans la voix. Je me promène un peu partout depuis tantôt, je regarde les noms sur les murs et je me dis que mon fils a eu une méchante belle carrière. Qui peut rêver à ça? Personne. On ne peut même pas y penser. »

Quelques minutes plus tôt, Bergeron était monté sur le podium pour accepter sa bague aux côtés des autres intronisés de sa cuvée; les gardiens Carey Price et Pekka Rinne, l’attaquant Keith Tkachuk, la joueuse américaine Cindy Curley et Brian Burke, dans la catégorie des bâtisseurs.

Après 19 saisons dans l'uniforme des Bruins de Boston, dont les trois dernières comme capitaine, une conquête de la Coupe Stanley et un impressionnant palmarès sur la scène internationale, le Québécois est devenu un immortel. Comme son père, il peinait encore à croire ce qu’il était en train de vivre.

« C’est dur à croire, honnêtement, a reconnu l’homme maintenant âgé de 41 ans. En entrant ici, on est allés voir nos plaques et j’ai vu tous les autres noms. Même quand j’étais devant au podium, je voyais toutes ces légendes du monde du hockey. Ça va me prendre du temps.

« Je ne sais même pas si la fin de semaine sera suffisante pour me permettre de le comprendre et de l’accepter. Ça me touche beaucoup et je l’accepte avec beaucoup d’humilité. »

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De gauche à droite, Keith Tkachuk, Pekka Rinne, Carey Price, Cindy Curley, Patrice Bergeron et Brian Burke

Une réaction à l’image de l’homme qu’il est. Bergeron a toujours accordé davantage d’importance aux succès collectifs qu’aux reconnaissances individuelles. Ce n’est donc pas une surprise qu’il ait choisi de partager cet ultime honneur avec ceux qui l’ont aidé le long de la route.

« Le hockey est un sport collectif, et je reçois ça un peu en l’honneur de mes coéquipiers, a-t-il poursuivi. C’est le reflet de tous les gens qui m’ont aidé; ma famille, mes amis, mes coéquipiers et l’organisation. Je l’accepte en sachant qu’ils font partie de ça. C’est important pour moi de leur partager.

« Ce dont je suis le plus fier dans ma carrière, ce sont les amitiés que j’ai créées et les gens que j’ai rencontrés. J’espère qu’ils se rappellent à quel point j’étais fier d’être leur coéquipier. »

La fierté se lisait aussi dans le visage du paternel. Il se souvient avec bonheur des accomplissements de son fils et de ses grandes conquêtes. Mais lorsqu'on lui demande de parler de Patrice, il préfère mettre de l'avant l'humain plutôt que le joueur.

« Pour moi, l’important c’est l’homme qu’il est devenu, a conclu Gérard. Il est toujours resté humble, simple et généreux au boutte avec tous ceux qui l’entourent. Il ne m’a jamais déçu. Il a fait son chemin, étape par étape, sans jamais se prendre pour un autre. Sans jamais écraser personne.

« Patrice, ce n’est pas quelqu’un qui va se mettre de l’avant. Même quand il se retrouve sous les projecteurs, il aime mieux se tasser et laisser la place aux autres. »

C’est ce qu’il a fait, une fois de plus, alors qu’il a atteint l’apogée de son sport.