Carey Price Hall of Fame badge Chaumont

TORONTO – Carey Price baissait souvent le regard entre deux questions pour regarder la bague qu’il portait dans sa main droite. Il tenait aussi précieusement le petit boîtier noir où il avait retiré ce bijou hautement symbolique. 

Avant de se retrouver sur la scène du Grand Hall du Temple de la renommée du hockey à Toronto, Price a posé son regard sur un autre objet : sa plaque commémorative, cimentant sa place comme l’un des immortels du hockey. 

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En ce samedi gris et pluvieux à Toronto, Price a reçu sa bague et sa plaque avec son humilité habituelle. 

« Je trouve ça un peu inconfortable », a-t-il dit, encerclé par une dizaine de journalistes samedi après-midi. « Je n’ai jamais cherché l’attention à l’extérieur de mon demi-cercle de gardien. Je n’ai jamais été très bon pour recevoir des compliments. Je tente maintenant de les accepter, de les absorber un peu. Je veux profiter du moment. Il y a plusieurs choses qui se déroulent dans ma tête. » 

Après la courte présentation en compagnie des autres intronisées de cette cuvée 2026 (Patrice Bergeron, Pekka Rinne, Keith Tkachuk, Cindy Curley et Brian Burke) pour la remise des bagues, Price commençait à réaliser l’ampleur de cet honneur.  

« Je n’ai pas encore les bons mots pour exprimer cette reconnaissance, a-t-il affirmé. Mais l’expérience est déjà surréelle. Je trouve ça spécial de me retrouver ici. Je ressens différentes émotions. J’avais le sentiment que j’attendais ce jour depuis longtemps, soit depuis que j’ai reçu l’appel cet été. 

« J’ai parcouru un long chemin pour me rendre jusqu’ici. J’ai appris bien des choses de ce parcours, autant au hockey que dans ma vie personnelle. Je repense à mon enfance, aux longues routes avec mon père dans le petit avion ou dans son camion. Jerry (Price) dirait qu’il ne changerait absolument rien à cette aventure. Je réalise encore plus tous les sacrifices de la part de ma famille afin de me permettre de vivre mon rêve. »

Quand Price était jeune, son père Jerry devait parcourir plus de 300 kilomètres, en voiture ou dans un vieil avion, pour se rendre à Williams Lake, lieu de l’aréna le plus proche de la communauté autochtone Ulkatcho (Anahim Lake). 

Avec son entrée au Temple de la renommée, le numéro 31 s’inscrit maintenant parmi les grands de son sport. Au sommet chez les gardiens dans l’histoire des Canadiens avec 361 victoires et 712 matchs joués, l’homme originaire d’Anahim Lake, en Colombie-Britannique, a décrit sa longévité au sein de la même équipe comme sa plus grande réalisation.

« J’ai de la difficulté à ressortir un seul événement, j’ai vécu plusieurs grands moments lors de ma carrière, mais je dirais que ce qui me rend le plus fier, c’est que j’ai eu la persévérance pour jouer 15 ans pour une seule équipe et une seule ville dans la LNH, a dit Price. J’en suis vraiment fier. »

Et comment souhaite-t-il que les partisans se souviennent de lui? 

« Que je suis une personne terre-à-terre!, a-t-il répondu. J’ai toujours voulu conserver de bonnes interactions avec les partisans, ils m’ont toujours encouragé. Je reste un humain comme tout le monde. 

« Les joueurs de hockey sont idolâtrés. Je regardais des hockeyeurs quand j’étais un enfant. Je veux simplement que les gens réalisent que je ne suis pas une personne parfaite. J’ai commis des erreurs, j’ai trébuché, mais j’ai appris de mes gaffes. Je me suis relevé et je suis devenu encore plus fort. 

« À mes débuts à Montréal, je connaissais l’histoire de l’équipe », a-t-il enchaîné un peu plus tard lors de cette longue mêlée de presse de 30 minutes. « J’admirais Patrick Roy dans ma jeunesse. Mais je n’avais pas planifié de devenir une légende des Canadiens de Montréal. Je me concentrais sur mon travail à accomplir. J’ai toujours gardé cette mentalité. Je voulais juste effectuer mon travail. »

Un discours bref

Lors de ses 15 saisons à Montréal, Price a réalisé des centaines et des centaines d’entrevues après un entraînement ou un match. Installé à son casier, il avait parfois un regard ou un soupir plus évocateur que ses propres réponses. 

Lundi soir à Toronto, l’homme de 39 ans aura besoin de parler avec son cœur et ses tripes lors de son discours d’intronisation sur la scène du Temple. 

« Vous me connaissez, j’aime les discours interminables », a-t-il lancé à la blague. « Je me suis assis et j’ai écrit mon texte en une matinée. Les idées bondissaient dans ma tête depuis que j’ai reçu l’appel des membres du Temple. Je pense que mon discours durera 3:30 sur les cinq minutes allouées. Je n’ai jamais trop aimé parler.

« Oui, il y aura des émotions (en parlant de ma famille). J’ai lu mon discours dans ma tête à quelques reprises. J’ai probablement retenu des larmes même si je me parlais tout seul. Une fois que je me retrouverai au podium, j’imagine que je trouverai la force de bien livrer mon mot. »

Des souvenirs de Sotchi

Si Price n’a jamais eu le bonheur de soulever la Coupe Stanley avec le CH, il a remporté la médaille d’or en 2014 aux Jeux olympiques de Sotchi.  

« Quand nous avons gagné l’or, je ne sais pas comment le définir, mais je me disais que je récoltais le fruit de mes efforts et de mon travail, s’est-il remémoré. Je regardais dans le vestiaire et je vois encore Patrice (Bergeron), qui était mon voisin. Il dansait après le match. Il avait déjà remporté la Coupe Stanley avec les Bruins et il profitait pleinement de cet autre moment. Je voyais toute la joie dans son visage. Mais moi, je ne dansais pas!

« Je ne mentirai pas, ça me fait toujours mal de ne pas avoir une conquête de la Coupe. Je regarde les éléments positifs. J’ai connu une longue carrière dans la LNH et j’ai joué pour une seule organisation. J’en suis fier. »

En 2021, Price et le CH ont atteint la finale, subissant un revers en cinq matchs contre le Lightning de Tampa Bay. En 2014, il avait également conduit les siens jusqu’à la finale de l’Est contre les Rangers de New York, où il avait subi une blessure dès le premier match après une collision avec Chris Kreider.  

Une équipe excitante

Aux yeux de Price, le Tricolore pourrait atteindre la terre promise sous peu. 

« Mes équipes étaient plus défensives, a-t-il répliqué avec un sourire. Je profitais de cette structure défensive comme gardien. Aujourd’hui, les Canadiens misent sur une équipe excitante et explosive offensivement. Je pense sincèrement qu’ils ont une chance de gagner. J’aime les regarder jouer. »

Même s’il reste à Kelowna, à l’autre bout du pays, Price sait très bien qu’il y a des comparaisons entre Jacob Fowler et lui. Questionné spécifiquement sur Fowler, il a ramené le nom de Jakub Dobes dans la discussion. C’était probablement une façon de retirer un peu de pression des épaules de l’Américain. 

« J’aime regarder jouer Fowler, a mentionné Price. Il a un jeu tranquille, c’est ce que j’aime de lui. Il est très bon techniquement. Ça prend aussi une personnalité forte et une mentalité forte pour devenir un gardien, encore plus dans un marché comme Montréal. Je trouve que les deux gardiens à Montréal ont les qualités requises. Ils sont dans une étape agréable de leur carrière. J’en suis même envieux. Ils ont l’occasion de se prouver et de conduire cette équipe dans la bonne direction. Je trouve ça le fun pour les deux. » 

Avec tout son bagage dans la marmite montréalaise, Price offrirait un conseil important à Fowler. 

« Le plus important est de rester soi-même, a-t-il souligné. Il n’a pas besoin de devenir une autre personne. Il n’a pas besoin d’être moi ou Patrick. Il doit se concentrer sur son travail et rester fidèle à sa propre personnalité. Il aura besoin de bloquer les bruits externes. Il est un bon gardien. Il est là pour une raison. »