Sergachev badge Duhamel

MONTRÉAL – Lorsqu’il a été repêché par les Canadiens de Montréal il y a 10 ans, Mikhail Sergachev gardait les pieds sur terre et cherchait simplement à se tailler une place dans la LNH dès que possible, qu’importe le rôle. Mais au fond de ses pensées, ses ambitions étaient bien plus grandes.

« Du moment que je suis arrivé à Windsor (dans les rangs juniors), on m’a donné un rôle et j’ai commencé à réaliser que j’avais un certain potentiel, s’est-il remémoré jeudi après un entraînement au Centre Bell. Je voulais simplement figurer comment jouer dans la LNH, mais au fond de mon esprit, j’ai toujours voulu être un leader dans une équipe. »

Voilà que 10 ans plus tard, il peut dire mission accomplie. Non seulement est-il, depuis trois saisons, le défenseur no 1 du Mammoth de l’Utah, il est aussi en train de s’établir parmi l’élite du circuit à sa position.

Sergachev a récolté 19 points (5 buts, 14 passes) à ses 16 premiers matchs en 2026-27. Il est parmi les 20 meilleurs pointeurs de la LNH, toutes positions confondues, et est l’épine dorsale de l’unité de supériorité numérique la plus dominante du circuit avec un total de 17 buts déjà.

L’ancien 9e choix au total du CH est un habitué des saisons de plus de 50 points, mais ses premières semaines de l’automne laissent entrevoir quelque chose d’encore plus impressionnant. Comment se l’explique-t-il?

« Je ne sais pas… a-t-il répliqué après quelques secondes d’hésitation. Notre avantage numérique fonctionne très bien. On tire des rondelles, les gars vont au filet. C’est un effort d’équipe. Je ne peux pas dire que j’ai changé quelque chose à moi seul et que ç’a fonctionné. L’équipe en général joue mieux, et je m’y intègre bien. »

Si bien que, déjà, on entend son nom pour une première fois dans une lutte hâtive au trophée Norris avec les Cale Makar, Quinn Hughes et Zach Werenski de ce monde.

« Le trophée Norris, tous les défenseurs veulent le gagner, mais je ne pense pas à ça, a-t-il dit lorsqu’un collègue lui a évoqué cette possibilité. Mon but est simplement de faire les séries et me rendre au bout.

« Je ne me placerai pas dans cette conversation (avec Cale, Quinn et Zach). Ces gars font ces choses depuis un bout de temps, ils sont excellents. On les regarde tous jouer et on essaie d’apprendre d’eux. Ils sont de bons joueurs, et je n’irai pas me placer dans la même conversation qu’eux. »

Sergachev n’aura disputé que quatre matchs avec les Canadiens avant d’être échangé au Lightning de Tampa Bay à l’été 2017 contre l’attaquant québécois Jonathan Drouin. Chez le Lightning, il aura appris de vétérans aguerris comme Ryan McDonagh et Victor Hedman.

Le principal intéressé confiait aux médias de l’Utah le mois dernier que bien qu’il participait aux mêmes rencontres en petit groupe que Nikita Kucherov, Hedman, McDonagh et compagnie à Tampa, il ne se considérait pas encore un véritable meneur.

Son statut est désormais bien différent au sein d’un groupe plus jeune, alors que lui-même a quelques années d’expérience de plus.

« On dit souvent que le leadership vient avec beaucoup de responsabilités », a d’abord souligné son entraîneur-chef, André Tourigny. « Ce n’est pas juste de prendre la photo et serrer la main. Ce sont beaucoup de choses derrière la caméra, hors glace, dans la chambre, en gymnase. Sergey est mature et il fait du très bon travail. Il a vu les McDonagh et autres à Tampa et je pense que ça le sert très bien.

« Il a un début de saison extraordinaire. Il fait du très bon travail des deux bords de la glace. »

Un travail salutaire

Ce n’est pas un hasard si Sergachev a évoqué l’avantage numérique en début d’entretien. L’attaque à cinq du Mammoth affiche un rendement de 36,4 % jusqu’à présent cette saison, près du double de leur efficacité de 20 % de la dernière campagne. Les hommes de Tourigny avaient également connu des difficultés au premier tour contre les Golden Knights de Vegas le printemps dernier, ne profitant que d’une de leurs 16 occasions en pareilles circonstances.

Dès leur retour en Utah après la saison morte, les canons de l’équipe étaient destinés à renverser cette fâcheuse tendance.

« Il s’agissait d’une priorité pour nous dès le camp, a raconté Dylan Guenther à l’autre extrémité du vestiaire. On voulait avoir un bon départ en avantage numérique, car on sentait qu’on avait eu de la difficulté la saison dernière, puis en séries. C’est bien de connaître du succès cette fois. On va essayer de poursuivre sur cette lancée. »

Mais Guenther, Sergachev, Logan Cooley, Clayton Keller et Nick Schmaltz n’ont pas réinventé la roue, bien qu’ils aient mis les bouchées doubles. Sergachev soutient que c’est dans la simplicité que le Mammoth a su maximiser le potentiel de la première unité.

« Quand on est en symbiose, on converge vers le filet, on tire la rondelle et de bonnes choses surviennent, a énuméré le défenseur. Évidemment, on a un groupe habile et on réussit des jeux. Mais tout commence avec la simplicité. »

Mardi, face aux Maple Leafs à Toronto, Sergachev s’est fait complice de deux buts en avantage numérique dans un gain de 3-2. Il a d’abord refilé le disque à Guenther pour qu’il ouvre la marque en première période, puis il a mis la table pour un tir sur réception de Keller en troisième. Le tir initial de Keller a été arrêté, mais Schmaltz a cueilli le retour dans l’enclave pour inscrire le but gagnant.

Il prolongeait ainsi une séquence de maintenant huit matchs avec au moins un point (trois buts, sept passes).

« (L’impact de Mikhail) est énorme, a conclu Guenther. Il peut vraiment faire de tout. Il est gros, fort, il patine bien, il défend bien, il a un bon tir et il fait des bons jeux. »

UTA@TOR: Guenther a raison de Bobrovsky en A.N.