Kim_Davis

Peu importe qui remportera la Coupe Stanley et le moment et l'endroit où elle sera décernée, nous nous souviendrons à tout jamais de la saison 2019-20 de la LNH comme du moment de l'éveil collectif de la communauté du hockey et des communautés à travers le monde en ce qui a trait aux problèmes reliés au racisme, aux préjugés et au privilège.

Avant la tragédie qu'a été le décès de George Floyd, avant les mobilisations de masse à travers le monde pour dénoncer la brutalité policière - dont plusieurs ont eu lieu dans des villes de la LNH - des changements s'opéraient déjà dans la Ligue, chez les équipes, les joueurs et nos partenaires.

Pour le hockey, ce que nous vivons présentement est l'occasion d'accélérer l'éradication de toute trace de racisme systémique, de biais implicites et d'élever notre sport à un autre niveau sur le plan culturel.

Les déclarations récentes de propriétaires d'équipe, de directeurs généraux et d'entraîneurs ont pavé la voie pour que les joueurs de la LNH se fassent entendre. Dans un sport où l'équipe passe en premier et où, historiquement, on hésitait à prendre position dans des débats politiques ou sociaux, il s'agit d'un changement apprécié. Alors qu'autrefois, quelques voix solitaires se prononçaient (plusieurs étaient celles de joueurs noirs à la retraite qui abordaient le racisme dans le hockey de manière prudente et posée), il y a aujourd'hui un concert de voix provenant de toutes les sphères démographiques qui agissent comme levier d'un mouvement social plus large incitant à lever le voile sur sa réalité dans le hockey.

L'idée commune est claire : en tant que sport et personnes qui en font partie, nous pouvons être de meilleures versions de nous-mêmes. Nous pouvons utiliser nos positions, nos privilèges et nos plateformes pour créer un environnement véritablement inclusif.

La LNH a longtemps utilisé la phrase « Le hockey est pour tout le monde ». Non pas pour se prononcer sur la réalité d'aujourd'hui, mais pour démontrer notre vulnérabilité et notre vision pour l'avenir. Même si le hockey n'est pas reconnu pour sa diversité, je crois tout de même qu'il est en voie de devenir le sport le plus inclusif au monde.

Nous allons continuer de travailler à réaliser cette vision, même si nous reconnaissons qu'il faudra du temps. Nous devrons être engagés à le faire à long terme. Pour que des changements surviennent, nous devrons être dévoués comme jamais auparavant. Il faudra également du courage et nous devrons prendre nos responsabilités.

Heureusement, la culture du hockey tire sa fierté de sa détermination, de sa persévérance et de son travail d'équipe. Nous aurons besoin de toutes ces qualités, et bien plus encore. Comme au hockey, nous aurons besoin d'humilité, nous devrons composer avec des situations complexes et faire preuve de résilience dans les moments d'adversité.

Il y a énormément de positif au sein de la culture du hockey, particulièrement pour les leçons de vie que l'on apprend en pratiquant ce sport et pour le caractère qu'il contribue à forger. Cela dit, il y a toujours eu une perception, et c'est parfois la réalité - on en a la preuve dans les livres d'histoire et les photos - que le hockey et ses avantages ne s'appliquent pas à tout le monde, même si aucune pratique ou politique ne restreint l'accès au hockey à quiconque.

Pour être un sport ouvert à tous, il faut que les personnes qui évoluent dans le monde du hockey actuellement soient conscientes de la culture et de l'environnement qu'ils créent. Ils doivent être proactifs pour tendre la main aux personnes issues des minorités.

La LNH et ses équipes sont bien au fait que le hockey, dans son état actuel, est immensément blanc, sur la glace jusqu'aux bureaux de direction. Avec mes trois années d'expérience au sein de la Ligue, en tant que personne noire la plus haute gradée dans le monde du hockey, je n'ai aucun doute que la grande majorité des personnes dans des positions de pouvoir ont un bon cœur, de bonnes intentions et une volonté de travailler fort pour changer les mentalités. Je suis également convaincue que la grande majorité des dirigeants du monde du sport comprennent maintenant que des changements démographiques, culturels et sociétaux peuvent contribuer au développement à long terme de leur sport.

Comment en sommes-nous arrivés à ce point? À un certain moment de l'histoire de notre sport, les dirigeants économiques ont suggéré que les barrières pour accéder à notre sport étaient purement liées à des facteurs socioéconomiques (ça « leur » coûte trop cher pour louer une glace ou acheter des patins) ou géographiques (il n'y a pas de vraie patinoire dans « leur » quartier) sans vraiment prendre en considération les réalités sociales et culturelles qui entrent en jeu, ou encore se questionner sur l'information reçue. En se fiant à ces vieilles hypothèses - et une fausse impression que la race/ethnicité et les revenus étaient intrinsèquement liés -, le hockey pour les gens de couleur est devenu synonyme de charité. Au fil des générations, cette prophétie autoréalisatrice, est devenue une habitude, comme quoi notre sport - qui est lui aussi passé d'une génération à l'autre - est devenu « pour certains » et non pas « pour d'autres ». Le hockey est demeuré très blanc et très masculin pendant plusieurs années.

À ses origines, le hockey est né et a été joué au sein de la classe moyenne. Malheureusement, dans les années récentes, la professionnalisation et la spécialisation du hockey mineur ont créé un système compliqué et coûteux réservé à l'élite et qui a davantage agrandi le fossé entre « ceux qui peuvent » et « ceux qui ne peuvent pas » jouer. Pendant que nous travaillons à trouver des solutions pour ces nombreux problèmes, nous devons aussi avoir le courage de voir ce qui se passe dans notre société en lien avec l'autoségrégation et la discrimination et ses effets sur le hockey. Ces conversations, même si elles sont inconfortables, vont nous permettre de bâtir notre futur.

Nous évoluons en tant que sport et en tant que compagnie, en nous éduquant personnellement sur des sujets comme les compétences culturelles, les biais inconscients et les pratiques inclusives. Grâce à cela, nous comprendrons que l'accès à notre sport dépend de la disponibilité de celui-ci auprès des différentes cultures, et l'effet indéniable qu'un vocabulaire et une attitude discriminatoire peuvent avoir sur une communauté entière - particulièrement pour les gens de couleur, mais aussi pour les communautés LGBTQ, des Premières nations et d'autres groupes marginalisés.

Nous devons commencer en écoutant et en reconnaissant le vécu de tous, en incluant ceux qui ne se sont pas senti les bienvenus dans notre sport. Nous ne devons pas être sur la défensive lorsque nous entendrons qu'ils ont vécu une expérience négative. Nous ne devons pas tenter de nous justifier. Nous devons souligner le courage des minorités qui ont décidé d'évoluer dans un environnement qui est principalement blanc et masculin. Nous devons suspendre notre jugement et tenter de faire preuve de plus d'empathie.

Aucune personne ne devrait souffrir en silence, peu importe le niveau de jeu, ou sentir que le sport qu'elle aime n'est pas de son côté dans ces moments importants où elle fait face à des incidents liés à la discrimination.

Nous ne devons pas attendre que les situations vécues par Akim Aliu remontent à la surface pour nous forcer à ouvrir le dialogue, et on ne devrait pas s'attendre à ce qu'un joueur comme Evander Kane soit seul pour mener la charge dans ce combat. On ne peut pas s'attendre à ce que d'anciens joueurs noirs comme Kevin Weekes, Anson Carter, Bryce Salvador, Jamal Mayers ou Willie O'Ree soient les seuls à rencontrer les associations de hockey mineur afin de connecter avec les enfants de couleur. Non, nous avons besoin d'alliés chez les Blancs - ceux qui ont une voix forte dans le sport (des leaders autant chez les joueurs que les entreprises) - afin qu'ils utilisent leur privilège pour faire le bien.

Le sport a une dette envers les joueurs, peu importe leur race, leurs principes ou leur orientation sexuelle, qui se sont levés pour nous raconter leur parcours et les difficultés auxquelles ils ont fait face. Nous pouvons et nous allons faire mieux en tant que Ligue et en tant que sport.

En tant que Ligue, nous allons créer de nouvelles avenues et des espaces sûrs pour que les joueurs de la LNH puissent s'exprimer individuellement. Nous accueillons les démonstrations, actions et gestes qui sont réfléchis, pacifiques et positifs afin de participer au progrès social dans le sport et dans notre monde.

En parallèle, nous allons élaborer un plan à volets multiples qui mettra en place des approches à tous les niveaux afin de confronter le racisme, la discrimination et le favoritisme afin que notre sport ait l'inclusion comme valeur première.

Nous sommes en train de former des conseils et des comités pour la diversité et l'inclusion composés de gens qui œuvrent au sein des opérations hockey, d'entraîneurs, de joueurs et d'influenceurs à tous les niveaux du sport. Ces entités vont nous aider à adopter une approche constructive quant à la manière dont le sport peut mieux attirer et servir les employés, les amateurs, les joueurs et les jeunes familles de hockey issus de communautés démographiques défavorisées.

Nous avons solidifié notre politique zéro-tolérance concernant les insultes ou les comportements racistes et discriminatoires. Nous mettons sur pied une nouvelle ligne de dénonciation, opérée par un tiers parti indépendant, pour permettre aux individus détenant de l'information quant à des comportements répréhensibles - allant de l'abus de pouvoir à la discrimination - de les divulguer afin que nous puissions y mettre fin.

Nous continuerons d'encourager et de soutenir tout l'écosystème du hockey (du hockey mineur aux rangs professionnels) afin d'y intégrer des expériences d'apprentissage inclusives et des formations pour les organisations. Nous allons continuer de fournir des politiques et des programmes à ces partenaires.

Plus important encore, nous allons mettre l'accent sur les plus jeunes générations, avec des programmes substantiels qui auront un impact durable et à long terme et qui bâtiront une base plus diversifiée de participants, d'amateurs et d'employés.

Cette initiative implique que nous devrons réaffirmer nos relations avec les programmes de hockey mineur, surtout avec ceux qui feront appel à nous pour accueillir des communautés qui ne sont habituellement pas impliquées dans le hockey. Il faudra aussi créer une alliance entre les programmes à but non lucratif qui sont au service des populations historiquement marginalisées. Nous allons également réformer notre approche quant aux offres de la Ligue et des équipes, comme le programme Apprenez et jouez, en portant davantage attention aux familles que nous voulons attirer.

La participation au hockey n'est pas que limitée à la patinoire et c'est la même chose pour notre approche. Nous allons agrandir notre offre en ce qui a trait au hockey-balle et au hockey de rue à travers les programmes scolaires et parascolaires des quartiers multiethniques, qui ont historiquement eu moins accès à ces programmes. Au hockey-balle, nous allons accroître les occasions de jouer tout en offrant une nouvelle expérience culturelle et athlétique pour une génération d'enfants qui sont « majoritairement minoritaires ».

Nous croyons que les concepts de ces programmes sont aussi bons que les gens qui y travaillent. À cet égard, nous reconnaissons la valeur de la diversité dans nos bureaux. À ce chapitre, tout l'univers du hockey a besoin d'améliorations - des médias aux manufacturiers d'équipement et plus encore. Nous nous engageons à bâtir des partenariats et des plateformes qui changeront la façon de recruter, d'embaucher et de développer le talent, des stagiaires aux cadres. La LNH veut briser la traditionnelle manière de penser en ce qui a trait au processus d'embauche; nous sommes à la recherche d'individus fascinants provenant de tous les milieux pour améliorer notre manière de penser, de créer et d'opérer. La diversité est à la base de notre innovation.

Alors que nous sommes bien au fait des changements démographiques en Amérique du Nord et de l'impact de la diversification sur les entreprises, nous comprenons que pour bâtir la confiance et les relations avec les communautés, il faudra faire preuve de vulnérabilité, d'authenticité et de patience. Nous pouvons bâtir sur nos traditions tout en offrant de nouvelles expériences communes qui célébreront les cultures.

Allons-nous y arriver? Bien sûr que nous allons le faire. Le processus ne sera pas sans embuches. Dans les mots du poète Nikki Giovanni : « Les erreurs font partie de la vie. C'est la manière de répondre à ces erreurs qui compte ». Après tout, apprendre à patiner, c'est vraiment d'apprendre à se relever après être tombé. Encore et encore.

Nous allons travailler chaque jour pour nous assurer que le hockey soit effectivement pour tout le monde.