FORT LAUDERDALE, Floride- Connor McDavid a eu le dernier mot. Comme d'habitude.
Quand on lui a demandé pourquoi il n'avait pas pris part à l'épreuve du patineur le plus rapide lors du concours d'habiletés du Week-end des étoiles vendredi, le capitaine des Oilers d'Edmonton a répliqué : « Je voulais montrer que je peux faire autre chose. »
McDavid «est sur une autre planète», disent les étoiles de la LNH
Les joueurs et les légendes de la Ligue se sont prononcés sur le centre des Oilers, qui vise le plateau des 150 points

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par
Mike Zeisberger
Journaliste NHL.com
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Après que McDavid eut atteint huit cibles en huit tirs lors de l'épreuve du tireur le plus précis, on a recommencé à se demander ce qu'il ne peut pasaccomplir sur la glace.
Mais la grande question à propos du joueur de 26 ans durant le Week-end des étoiles était la suivante : quelle est la limite de son potentiel?
« En tant que joueur, il n'est même pas encore dans ses meilleures années, ce qui est plutôt difficile à croire », a lancé le défenseur membre du Temple de la renommée du hockey Paul Coffey. « Il va gagner en maturité et continuer à s'améliorer. »
Considérant ce qu'il a accompli et la saison qu'il connait actuellement, le reste de la LNH devrait avoir peur.
Il a déjà gagné le trophée Art-Ross, remis au meilleur pointeur de la LNH, quatre fois et il a remporté le trophée Hart, remis au joueur le plus utile à son équipe, à deux reprises.
Cette saison, il cumule 92 points en 50 matchs, 16 de plus que son plus proche poursuivant, son coéquipier Leon Draisaitl.
« Il est sur une autre planète », a affirmé l'attaquant des Capitals de Washington Alex Ovechkin.
On ne saurait mieux dire. Au retour de la pause du match des étoiles, McDavid aura la chance d'afficher des statistiques jamais vues en plus de deux décennies.
Avec ses 41 buts et 51 passes, il est en voie d'amasser 150 points en une saison, ce qui ne s'est pas vu depuis que l'attaquant des Penguins de Pittsburgh Mario Lemieux a récolté 161 points (69 buts, 92 aides) lors de la saison 1995-96.
Sa quête pour atteindre ce plateau reprend alors que les Oilers rendent visite aux Red Wings de Detroit au Little Caesars Arena mardi (19 h 30 HE; SN, ESPN+).
Mentionnez-lui qu'il pourrait faire partie d'un club sélect avec Lemieux, et McDavid va contourner le sujet aussi rapidement qu'un défenseur sur la glace. Ses seuls objectifs sont collectifs plutôt qu'individuels.
« Honnêtement, je n'y pense pas vraiment, a-t-il dit. Je me concentre sur le groupe et j'essaie d'aider l'équipe à gagner. Nous avons beaucoup de joueurs qui font des choses spéciales, et notre attention est tournée vers les succès de l'équipe.
« L'équipe passe en premier. Ç'a toujours été ainsi. C'est vers cet objectif que nous allons. Nous sommes dans une course serrée au sein de l'Association de l'Ouest. »
Les Oilers (28-18-4), qui ont été balayés par l'Avalanche du Colorado en finale de l'Ouest la saison dernière, occupent la première place de quatrième as donnant accès aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley dans l'Ouest. Ils ont amorcé la pause avec une fiche de 7-1-2 en 10 rencontres, une séquence grâce à laquelle « nous pouvons gagner du momentum », a dit McDavid.
« Ça n'a pas du tout été facile pour notre groupe, a-t-il renchéri. Nous avons dû batailler pour tout ce que nous avons obtenu. Et j'aime ça. Nous commençons à prendre notre erre d'aller. Pour une raison que j'ignore, nous avons toujours été une bonne équipe en deuxième moitié de saison. Depuis ma première saison, nous avons toujours été meilleurs durant la deuxième portion. Nous voudrons poursuivre dans la même veine.
« Cela dit, nous n'allons pas nous fier là-dessus pour nous rendre jusqu'aux séries éliminatoires. Il y a beaucoup de travail à faire. J'ai hâte de revenir et de me remettre au boulot. »
Pendant ce temps, beaucoup de joueurs de la LNH vont suivre avec attention McDavid et les nouveaux sommets qu'il pourrait atteindre, pourvu qu'il ne le fasse pas contre eux.
Parlez-en aux frères Seth et Caleb Jones, deux défenseurs des Blackhawks de Chicago. Caleb a été le coéquipier de McDavid à Edmonton à ses trois premières saisons dans la LNH (2018 à 2021).
« Caleb et moi avons parié cet été au sujet du plateau des 150 points, a raconté Seth Jones. Caleb croit qu'il va le dépasser, et je crois qu'il va s'arrêter tout juste avant.
« Je ne sais pas qui va gagner. En ce moment, on dirait bien que c'est lui, mais ce sera serré. »
McDavid maintient une moyenne de 1,84 point par match, ce qui lui permettrait d'amasser exactement 150 points. Wayne Gretzky (neuf fois), Lemieux (4), Steve Yzerman, Phil Esposito et Bernie Nicholls (une fois chacun) sont les seuls joueurs à avoir atteint le plateau des 150 points en une saison.
« Son objectif est probablement 164 points, soit deux par rencontre en moyenne », a souligné l'attaquant des Canadiens de Montréal Nick Suzuki. « Je trouve que ce serait très impressionnant.
« Je ne sais pas quel est son plafond. »
Ce sera amusant de le découvrir.
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Par un après-midi humide à Fort Lauderdale, les membres du Temple de la renommée du hockey Mark Messier et Coffey discutent de ce qui attend McDavid.
« Nous sommes au début des meilleures années de sa carrière », a dit Messier, qui est analyste au réseau ESPN. « Ce sera intéressant de voir s'il peut continuer à repousser ses propres limites. Il surpasse de loin la plupart des joueurs dans l'histoire du hockey. »
Quand il est question des joueurs d'élite d'hier et d'aujourd'hui, Coffey et Messier savent de quoi ils parlent.
Messier est troisième dans l'histoire de la LNH avec 1887 points (694 buts, 1193 passes) en 1756 parties avec les Oilers, les Rangers de New York et les Canucks de Vancouver, derrière Gretzky (2857) et Jaromir Jagr (1921). Coffey se classe au 14e rang avec 1531 points (396 buts, 1135 aides) et il est le deuxième meilleur pointeur chez les défenseurs dans l'histoire, derrière Raymond Bourque (1579).

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Coffey, Messier et Gretzky ont gagné la Coupe Stanley trois fois avec les Oilers (1984, 1985, 1987). Ils savent reconnaitre un grand joueur. Et maintenant, alors que McDavid semble destiné à atteindre de nouveaux sommets, ils sont tous d'accord pour dire qu'ils en ont un sous les yeux.
La force de McDavid a toujours été son coup de patin, qui lui s'est attiré les comparaisons avec Coffey au fil des années. Comme l'ancien défenseur, il arrive à se défaire de ses adversaires avec une seule enjambée. Mais Coffey est d'avis qu'il y a beaucoup plus que la vitesse pure quand il est question de cet aspect du jeu de McDavid.
« Il y a beaucoup de patineurs rapides qui sont passés par la LNH, beaucoup, a dit Coffey. Mais il y en a peu qui peuvent patiner à cette vitesse en contrôlant le petit morceau de caoutchouc noir et en faisant ce qu'il arrive à faire.
« Je me demande souvent lorsqu'il va à cette vitesse et que ses jambes vont à cette vitesse, à quel point son esprit fonctionne au ralenti pendant ce temps-là. Je parie qu'il a ce talent qui ne s'apprend pas à tout ralentir dans son esprit, même s'il va à cette vitesse.
« Mais ne vous méprenez pas au sujet de Connor. Il est bien au fait de tous ceux qui sont sur la glace, de ses adversaires et de la durée de leur présence sur la patinoire. Il sait s'il peut les battre. Il est un joueur très intelligent. »
Un joueur qui évolue continuellement dans son rôle de capitaine, selon Messier.
Le 5 octobre 2016, McDavid est devenu le plus jeune capitaine dans l'histoire de la LNH (19 ans, 266 jours) et le 15e des Oilers, suivant les traces de grands comme Gretzky et Messier. C'était une tâche ardue pour celui qui n'était alors qu'un adolescent. Il semblait souvent mal à l'aise devant les caméras et il se sentait beaucoup plus à la maison dans le confort et l'intimité du vestiaire.
Aujourd'hui, il semble beaucoup plus à l'aise avec ces responsabilités. En tant que visage de l'organisation - et de la LNH - il a été patient et ouvert avec les médias durant le Week-end des étoiles, un aspect que Messier a remarqué.
Il n'y a peut-être personne d'aussi qualifié que Messier dans le monde du hockey pour juger la manière dont un joueur compose avec son rôle de capitaine. Il est le seul capitaine à avoir conduit deux équipes à la Coupe Stanley (Oilers en 1990; Rangers en 1994). Chaque saison depuis 2006-07, le trophée Mark-Messier est remis « au joueur qui démontre des qualités de leadership au sein de son équipe, tant sur la glace qu'à l'extérieur de celle-ci, et qui s'implique dans la communauté afin d'assurer la croissance du hockey. »
Messier considère que McDavid a grandi dans un rôle difficile pour n'importe qui, encore plus pour un adolescent il y a quelques années.
« Quand tu deviens capitaine dans les premières années de ta carrière, tu ne sais même pas ce que tu ne sais pas, a expliqué Messier. Et parfois, ça peut nuire à certains joueurs en raison des demandes et de la pression qui viennent avec le rôle de capitaine, en plus des attentes. Au moins, dans le cas de Connor, les gars pouvaient le regarder et se servir de lui comme exemple, car il est l'un des plus grands travaillants que j'ai vus. Il ne prend jamais congé durant une présence, encore moins pendant un match.
« Ce qui est encore plus important pour Connor, c'est que lorsque tu es dans une position de leadership, tu apprends rapidement que des décisions difficiles doivent être prises. Même au sein de ta propre équipe, tu dois laisser de côté la popularité et dire les choses qui doivent être dites. Personne ne peut le critiquer de ne pas passer de la parole aux actes et de ne pas accomplir ce qu'il exige des autres joueurs. Je pense qu'il apprend tout ça, et c'est évident dans la manière dont il interagit avec ses propres coéquipiers, non seulement hors de la glace - ce que nous ne pouvons pas voir - mais aussi sur la glace et au banc.
« Il est de plus en plus évident qu'il est à l'aise dans ce rôle. »
Les actions de McDavid dans la victoire de 7-3 des Oilers contre les Blackhawks de Chicago le 29 janvier le démontrent bien.
Avec 2:26 à faire au match et une avance confortable, McDavid, dans ce qu'il qualifie de « décision de groupe », a suggéré à l'entraîneur Jay Woodcroft de remplacer Jack Campbell par Matt Berlin devant le filet. Berlin, un gardien d'urgence, était en uniforme parce que Stuart Skinner était malade. Il est entré dans la rencontre et a effectué un arrêt du bouclier sur le seul tir auquel il a fait face, celui de Caleb Jones de la pointe gauche avec 48 secondes à jouer, au grand plaisir de la foule.
Certains ont vu ce geste comme un pied de nez aux Blackhawks, mais McDavid, démontrant le type de leadership pour lequel il est reconnu, s'est rapidement assuré que les joueurs de Chicago comprennent ses motivations.
« Nous n'avons jamais voulu manquer de respect à Chicago, et j'en ai même parlé à (Seth) Jones pendant que nous étions ici », a raconté McDavid au sujet d'une conversation qu'il a eue avec le défenseur des Blackhawks durant les festivités du match des étoiles.
« C'est le rêve de tous les enfants de jouer dans la LNH. Si tu peux le réaliser pour lui pendant deux minutes, je trouve que c'est quelque chose que tu dois faire. »

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Le gardien de 25 ans, qui en est à sa troisième saison avec l'Université de l'Alberta, avait signé un contrat d'essai amateur plus tôt dans la journée, quand on a confirmé l'absence de Skinner.
« Je suis convaincu que c'est quelque chose qu'il a apprécié », a dit McDavid.
Le geste est un autre exemple de la maturité grandissante de McDavid, selon Messier.
« Comme je l'ai dit, il gagne en expérience et il devient un peu plus à l'aise dans son rôle, a mentionné Messier. Maintenant, il essaie de déterminer comment il va aider l'organisation à gagner ainsi que son rôle là-dedans.
« C'est une grosse étape pour n'importe quel jeune joueur, surtout pour un jeune joueur qui a été nommé capitaine aussi rapidement que lui. »
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Alors que l'ascension de McDavid dans le livre des records reprend avec 32 matchs à faire à la saison régulière, plusieurs de ses confrères à travers la Ligue affirment qu'il s'est établi, et de loin, comme le meilleur joueur au monde.
« C'est inspirant de voir quelqu'un être aussi dominant », a souligné l'attaquant de l'Avalanche Nathan MacKinnon. « Ça te donne envie de devenir meilleur. C'est comme ça que je me sens quand je le regarde. Ça te donne envie de jouer pour quelque chose.
« Dominer dans n'importe quel sport est quelque chose de spécial. Je trouve ça génial à voir. Je sais que je ne serai jamais aussi bon que lui, peu importe les efforts que j'y mettrai, mais j'apprécie ce qu'il fait et la manière dont il le fait. »
Curieusement, McDavid ne se perçoit pas de cette façon.
Il voit plutôt des imperfections dans son jeu que le monde extérieur ne remarque pas, que ce soit au chapitre de son nombre de buts ou de ses performances au cercle des mises en jeu.
Avec 41 buts en 50 parties, il n'est plus qu'à trois filets de son sommet en carrière établi la saison dernière. Il est en route vers une campagne de 67 filets, ce qui serait le plus haut total depuis les 69 buts de Lemieux en 1995-96.
« C'est moi qui veux décocher plus de tirs, transporter la rondelle au filet, a-t-il noté. J'ai toujours privilégié la passe et effectué le meilleur jeu disponible. Je n'ai jamais été un buteur digne de l'élite. Je crée toujours des chances et j'en obtiens, mais pour une raison ou une autre, je trouve le fond du filet cette année. »

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McDavid a dit qu'il s'inspire de francs-tireurs comme l'attaquant des Maple Leafs de Toronto Auston Matthews.
« Je travaille toujours sur mon jeu, je décoche toujours des tirs », a-t-il dit.
Sherwood Bassin peut le confirmer.
Bassin a été directeur général des Otters d'Erie, dans la Ligue de hockey de l'Ontario, de 1996 à 2015 et il a également été propriétaire de l'équipe durant une partie de cette période. McDavid a joué avec les Otters de 2012 à 2015.
« Le jeune travaille plus que tout le monde, a assuré Bassin. Il n'est jamais satisfait. Jamais. Et c'est la raison pour laquelle il ne fait qu'effleurer la surface de son potentiel. »
Bassin se souvient d'avoir rendu visite à McDavid chez lui en pleine canicule il y a environ cinq ans. McDavid s'entraînait depuis déjà quatre heures ce matin-là.
« Sa porte de garage était fermée, a raconté Bassin. J'entre et il décochait une rondelle en patins à roues alignées. Il allait à l'autre bout pour en prendre une autre, il revenait et il décochait un tir de nouveau. Encore et encore. Il faisait tellement chaud là-dedans.
« Je lui ai demandé ce qu'il faisait et il m'a répondu : "Je dois continuer à travailler sur mon tir. Je ne l'aime pas." Ça le décrit parfaitement. Il essaie constamment de s'améliorer. Il le fait de manière très humble, et ça remonte à son premier camp d'entraînement avec nous en 2012. »
La première fois où il s'est présenté dans les installations des Otters, McDavid a sauté sur la glace dans son uniforme bleu et blanc des Marlboros de Toronto, son équipe de hockey mineur, plutôt qu'avec un chandail des Otters. Bassin lui a demandé pourquoi.
« Parce que je ne me suis pas encore taillé une place avec l'équipe », a répondu McDavid.
Aujourd'hui encore, Bassin est stupéfait par cette réponse.
« Pouvez-vous imaginer? »
McDavid en a fait du chemin depuis. Selon Bassin, le meilleur est à venir. »
« Tôt durant son premier camp avec nous, j'ai fait venir Ryan O'Reilly pour travailler avec lui, a mentionné Bassin. Il avait joué avec les Otters de 2007 à 2009. Il est resté après l'entraînement une fois pour travailler les mises en jeu avec lui. Après 30 minutes, Ryan est venu me voir et m'a dit : "Ce jeune est tellement talentueux. Il va bientôt m'apprendre des choses."
« Et regardez ce qu'il fait aujourd'hui. Ce sera plaisant de le regarder lors du reste de la saison et de sa carrière. »
Messier est d'accord.
« Les gens devraient profiter de ce qu'il va faire dans les prochains mois, a-t-il dit. Et ils feraient bien de l'apprécier.
« Ils voient à l'œuvre la crème de la crème. Et il ne fait que s'améliorer. »

















