markov 2017

Andrei Markov n'a gardé aucun souvenir de son dernier match de hockey professionnel. Pas de rondelle, pas de chandail, pas de feuille de pointage.

Le 11 mars, son équipe du Lokomotiv venait d'être éliminée des séries éliminatoires de la Coupe Gagarine en KHL par Jokerit. Markov a quitté la patinoire du Arena 2000 de Yaroslav en Russie en faisant un simple geste qui, selon lui, n'a pas été remarqué par quiconque.
« Je me suis penché et j'ai touché la glace, c'était tout », a raconté Markov, lundi, depuis sa résidence de Voskrenensk, située à environ 95 kilomètres au sud-est de Moscou. « Ce fut difficile. J'ai passé 25 ans dans le monde du hockey et je savais que ce serait ma dernière partie. J'étais prêt pour cela. Mais je pensais au fait que 25 années s'étaient écoulées si rapidement. J'avais l'impression que tout avait débuté hier, et qu'aujourd'hui, c'était terminé. »
Markov s'est retiré officiellement le 16 avril, une décision qui a été annoncée par son agent, Sergey Isakov. Il a mis fin à une carrière qui a commencé en 1995-96 à l'âge de 17 ans avec Khimik, l'équipe de son patelin. Puis, il a traversé l'Atlantique pour jouer 990 matchs étalés sur 16 saisons avec les Canadiens de Montréal, participant deux fois au Match des étoiles de la LNH.

markov 2003

En cours de route, le défenseur a aussi représenté l'équipe nationale russe pour 76 matchs dans des compétitions juniors et seniors. Il a remporté la médaille d'or au Championnat du monde 2008 de la FIHG à Québec (une victoire de 5-4 en prolongation face au Canada), une médaille d'argent et une de bronze au Mondial junior, a participé trois fois aux Jeux olympiques, deux fois à la Coupe du monde de hockey, en plus de mettre la main sur trois titres en Russie - le plus récent avec le Ak Bars Kazan lors des séries éliminatoires de la Coupe Gagarine de la KHL en 2018.
Pour le moment, pendant le confinement en raison du coronavirus, Markov et sa femme Sonya vivent avec sa mère à Voskrenensk, où ils possèdent un grand terrain permettant à leurs quatre enfants - les jumeaux Andrei et Mark, 9 ans, Vasilia, qui a eu 4 ans cette semaine, et Alexander, 16 mois - de jouer dehors. Le moment venu, ils retourneront à leur domicile près de Moscou.
La carrière de Markov dans la LNH a pris fin en 2017, alors que son souhait de demeurer avec les Canadiens n'a pas été réalisé. Il voulait un contrat de deux ans, mais on lui offrait seulement un an. Il est donc retourné dans son pays, où il a signé un contrat de deux saisons avec le Ak Bars Kazan.

markov 2018 Gagarin Cup Alexander Svitov

L'été dernier à Montréal, Markov avait mentionné au Montreal Gazette qu'il espérait terminer sa carrière avec les Canadiens. Puisqu'il n'a pas reçu d'offre, il s'est engagé pour une saison avec le Lokomotiv, sachant au fond de lui avant de jouer ses 23 matchs en 2019-20 qu'il s'agirait de sa dernière saison.
Pendant un certain temps, il a pensé aux 10 parties qui lui auraient permis d'atteindre le plateau des 1000 dans la LNH.
« Mais plus maintenant, a dit Markov. Quand j'ai quitté Montréal en 2017, je pensais beaucoup à ces 10 rencontres. Si je n'avais pas raté autant d'action en raison des blessures, j'aurais joué 1000 matchs. Mais il n'y a rien que je puisse y faire. »
En effet, Markov aurait atteint le plateau, n'eût été les blessures, qui l'ont entre autres forcé à subir deux opérations au ligament croisé antérieur du même genou. Ce faisant, il a été limité à 65 matchs de 2009 à 2011.
Markov est arrivé au Canada à l'âge de 21 ans afin de participer au camp d'entraînement des Canadiens en 2000. Deux ans s'étaient écoulés depuis le Repêchage 1998 de la LNH à Buffalo, où il avait dû attendre jusqu'en sixième ronde (162e au total) avant d'entendre son nom être prononcé. Il parlait à peine un mot en anglais, et il ne parlait évidemment pas français.

markov 2008 worlds Ilya Nikulin

Dans une entrevue en 2010, Markov s'est souvenu avoir appris à patiner à l'âge de 6 ans à Voskrenensk avec des lames attachées sur ses bottes et en se tenant sur les rampes pour ne pas tomber. Il s'est remémoré de drôles de souvenirs, alors qu'il apprenait l'anglais avec l'aide d'Oleg Petrov, de Dainius Zubrus et d'Andrei Bashkirov, pendant que Gino Odjick, son premier cochambreur sur la route, lui apprenait des tournures de phrases un peu plus salées.
Markov allait devenir le meilleur défenseur des Canadiens et un mentor pour plusieurs jeunes joueurs pendant une décennie et demie. Il assurait une présence imperturbable à la ligne bleue, il était le quart-arrière en avantage numérique, il trouvait des lignes de passes qui ne semblaient même pas exister, et il rendait généralement meilleur tout partenaire de défense.
Le légendaire défenseur des Canadiens Larry Robinson a salué la vision de jeu hors du commun de Markov lorsque ce dernier est parti pour la KHL en 2017.
« C'est probablement une des raisons pourquoi Markov a été si constant pendant toutes ces années et qu'il a récolté ses points. Il lit très bien le jeu, a dit Robinson. Vous n'avez pas de joueur qui mène votre jeu de puissance à l'arrière et qui est incapable de faire les passes. [Shea] Weber n'est pas un mauvais passeur, mais il possède un tir foudroyant. Markov a cette habileté à repérer un coéquipier démarqué et à lui refiler la rondelle avec précision. C'est tout atout remarquable. »

Markov

Markov se souvient très bien de son premier but dans la LNH, un tir sur réception sur une distance de 45 pieds en avantage numérique contre les Flyers de Philadelphie le 19 octobre 2000. Son dernier but dans le hockey professionnel est aussi survenu sur le jeu de puissance, en prolongation face au Dynamo de Moscou le 17 décembre dernier.
En carrière dans la LNH, il aura inscrit 572 points (119 buts, 453 passes), en plus d'ajouter 32 points (cinq buts, 27 aides) en 89 rencontres de séries éliminatoires de la Coupe Stanley.
Markov dit qu'il est trop tôt pour tout remettre en perspective, il a « besoin de trouver le temps pour réfléchir à tout ça. »
« Je pourrais peut-être penser à devenir entraîneur un jour. Mais pour le moment, avec ce qui se passe dans le monde, je dois prendre soin de ma famille et de moi-même. Je vais y penser. J'aimerais peut-être tenter l'expérience. On verra ce qui va se passer. »
Markov a été touché par les éloges qu'il a lus en ligne, particulièrement par celui de son ami et ancien coéquipier P.K. Subban, qui a écrit une publication sur Instagram. Et il était ravi de recevoir un courriel de Michel Therrien, qui est aujourd'hui entraîneur adjoint avec les Flyers, dirigés par Alain Vigneault. Therrien a pris la place Vigneault avec les Canadiens lors de la saison recrue de Markov en 2000-01, et était derrière le banc pour le début de la dernière saison du défenseur russe dans la LNH en 2016-17, alors qu'il a été remplacé par Claude Julien en cours d'année.
Instagram from @subbanator: I can't speak to all the greats that I didn't get to play against or watch, but to me Andrei Markov is one of the best Defencemen to ever play the game. Everyone who played with Markie knew just how good he was. He could defend and shutdown the best of the best, and when it was time to score a big goal on the power play or set up his teammates, he did so leaving you in awe. He was a special player & I learned a lot from him. Markie was a man of few words to the media, but playing with him and getting to know him, he was funny, he was a guy that wanted to win, always stressed team first, and was willing to not just preach that, but teach that! Guy was a stud! All the best Markie! Good luck in retirement #79 🇷🇺 🙌🏿☝🏿 & Thank You❤️🤙🏿
Pour Markov, il n'y a pas un fait saillant précis qui se démarque dans sa carrière.
« La meilleure chose est de gagner, peu importe le sport, a dit Markov. Quand tu gagnes, tu es la personne la plus heureuse au monde. Chaque fois que nous gagnions à Montréal, c'était spécial pour moi. Quand nous avons gagné les Mondiaux à Québec, c'était spécial également. Tout comme ce l'était de gagner la Coupe Gagarine et le championnat russe (deux fois avec le Dynamo de Moscou, puis avec le Ak Bars Kazan). »
Markov a entendu les échos des gens qui pensent que son no 79 devrait être retiré par les Canadiens; il est le seul joueur dans l'histoire de la concession à l'avoir porté. À tout le moins, l'équipe compte l'honorer pour sa contribution à l'organisation.

« Ce n'est pas ma décision », a affirmé Markov à propos du retrait de chandail. « Si les Canadiens décident de le faire un jour, je serai heureux et fier d'être présent. »
Lundi, il a voulu exprimer tout son respect envers les partisans des Canadiens qui l'ont soutenu au fil de ses 16 saisons à Montréal.
« Un énorme merci pour votre soutien, pour tout, a conclu Markov. Ils sont les meilleurs partisans au monde. »