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NEW YORK – Septembre 2013. L’entraînement du Lightning de Tampa Bay était terminé, mais Nikita Kucherov et Vladislav Namestnikov restaient sur la glace.

De l’autre côté de la baie vitrée, Tyler Johnson et Ondrej Palat observaient leurs deux coéquipiers se prêter à d’autres exercices.

« Je me souviens de son attention aux détails, dans tout ce qu’il faisait, dit Johnson. Il pensait aux plus petites choses. Son maniement de rondelle, l’endroit où il place le disque, comment il le protège… Tous les joueurs de la LNH pensent à ces choses, mais ça reste difficile de les exécuter de manière identique d’une répétition à l’autre. Kuch en était capable. »

Johnson et Palat étaient également étonnés de la fluidité avec laquelle Kucherov réussissait chaque jeu. À quel point tout semblait facile pour lui.

À l’époque, il avait 20 ans, et avait été un choix de fin de deuxième tour deux années auparavant (58e en 2011). Il n’était pas encore un incontournable.

« Nous savions qu’il était un joueur très habile, mais il n’avait pas été choisi au premier tour. On ne s’attendait pas à ce qu’il devienne un tel joueur, avoue Johnson. C’est quand nous l’avons vu que nous avons réalisé à quel point il était habile. On s’est dit ‘Wow!’ »

Treize ans plus tard, Kucherov a remporté sept trophées individuels et deux fois la Coupe Stanley avec le Lightning. Il n’est maintenant plus qu’à quatre points d’être le meilleur pointeur de l’histoire de l’organisation, devant Steven Stamkos.

Stamkos totalise 1137 points (555 buts, 582 passes) en 1082 matchs avec le Lightning. Kucherov en totalise 1134 en 887 sorties.

Il a une chance de s’approcher de Stamkos, et même de l’éclipser, lors du match de mardi opposant le Lightning aux Golden Knights de Vegas au T-Mobile Arena (22 h 30 HE; ESPN, SN+).

« Il est selon moi le joueur le plus brillant de l’histoire, opine son coéquipier Brandon Hagel. Il dissèque le jeu comme pas un. Il révise ses présences, il innove. Chaque année, il revient au camp avec quelque chose de nouveau. Il a une bonne éthique de travail, mais il se démarque surtout par son intelligence. Il pense autrement, il veut être bon, et il souhaite que ses coéquipiers s’améliorent et réussissent. Parfois, tu te sens stupide lorsque tu lui parles, mais il est une personne incroyable. »

TBL@SEA: Kucherov complète une passe-et-va

Kucherov a un autre admirateur de renom, et non le moindre : Wayne Gretzky.

« Je crois qu’il est émerveillé par Kucherov parce qu’ils pensent de façon similaire », évoque l’entraîneur-chef du Lightning, Jon Cooper. « Il fallait probablement diriger Wayne de la même façon que Kucherov, car les attentes sont si hautes et les demandes sont si élevées pour des joueurs comme eux. Plusieurs personnes tiennent ce qui se passe pour acquis et se disent que c’est facile pour lui d’être le meilleur, mais c’est très difficile. »

Cooper a été le seul entraîneur-chef de Kucherov dans la LNH. Selon lui, le principal atout de son attaquant est de voir des choses que personne ne voit. Mais cette qualité ne s’est pas développée du jour au lendemain, dit-il.

« C’est comme lorsqu’on réussit son examen de conduite, ça ne veut pas dire que nous devenons automatiquement un bon chauffeur. Il faut quand même prendre de l’expérience derrière le volant », image l’entraîneur.

Kucherov a dû apprendre à utiliser son cerveau et ses aptitudes afin d’avoir le meilleur sur des légendes du sport comme Shea Weber et Duncan Keith. Il a dû apprendre comment les attaquer, eux et les autres, et comment devenir plus rusé qu’eux.

« C’est là qu’il a compris ce qu’il devait faire, explique Cooper. Il s’est servi de ça et de son talent pour devenir le joueur que vous connaissez aujourd’hui. »

L’attaquant russe n’a récolté que 18 points (neuf buts, neuf passes) en 52 matchs à sa saison recrue en 2013-14. Il a parfois fait la navette entre la LNH et la Ligue américaine de hockey avec le Crunch de Syracuse, où il a récolté 24 points (13 buts, 11 passes) en 17 rencontres.

Puis, en 2014-15, les choses ont commencé à cliquer entre Palat, Johnson et lui. Ils ont formé une unité qui était surnommée le trio des « triplés », et les choses ont bien tourné pour eux et pour l’équipe, alors que le Lightning a atteint contre toute attente la finale de la Coupe Stanley, où ils se sont butés à des Blackhawks de Chicago en pleine dynastie.

« Ce trio des ‘triplés’ cochait bien des cases, mais Kuch en était le catalyseur, rappelle Cooper. J’ai côtoyé bien des joueurs qui analysaient bien le jeu, mais Kuch ne fait pas qu’analyser le jeu, il COMPREND le jeu, et il analyse ce que d’autres ne comprennent pas. »

DET@TBL: Kucherov complète une passe-et-va en prolongation

Kucherov est reconnu pour la manière dont il travaille pour peaufiner son jeu. Ses séances d’entraînement sur glace pendant la saison morte sont emblématiques, et il est de notoriété publique qu’il tire plusieurs centaines de rondelles par jour dans son garage.

« Pendant l’été, quand on l’accompagne sur la glace pour des séances d’entraînement, c’est vraiment spécial, affirme le défenseur du Lightning Ryan McDonagh. Il organise tout ça sur sa propre patinoire, et si vous recevez une invitation de sa part, vous allez avoir droit à quelque chose de très spécial. »

Une invitation? Vraiment?

« Je ne veux pas trop en dire, mais il n’y a que quelques gars qui peuvent y aller, et il a mis en place certaines règles. La première, c’est qu’il faut se présenter », explique McDonagh.

Et c’est la même chose pendant la saison, lorsque les entraînements prennent fin.

« Nous travaillions toujours sur différentes choses, se remémore Johnson. Après l’entraînement, il nous disait de venir avec lui pour faire telle ou telle chose. Il avait de nouveaux exercices, il avait ses exercices de bases auxquels il revenait tout le temps. Il y avait ce petit exercice d’avantage numérique où il travaille simplement la manière dont il utilise ses lames, ce qui lui permet de présenter la rondelle de manière différente. »

Johnson dénotait bien rarement une augmentation de son rythme cardiaque au cours de ces séances. Il transpirait à peine.

« Chaque élément était décortiqué, les gestes de bases, de tout petits détails, dit-il. Quand j’étais là, je me demandais si je perdais mon temps. Cependant, ça se transposait dans les matchs, alors c’était vraiment cool. »

Mais Kucherov attendait de ses partenaires d’entraînement la même chose qu’il attendait de lui-même. Un objectif quelque peu irréaliste, considérant tout le talent du principal intéressé.

« Parfois, il me demandait pourquoi je n’avais pas fait tel jeu, raconte Johnson. Je lui répondais que je n’étais pas capable de réussir le jeu en question, car je n’avais pas son niveau de talent. C’était difficile, mais d’un autre côté, j’adorais ça, car il m’a donné beaucoup de confiance. Il était persuadé que moi et ses autres coéquipiers allions finir par réussir ces jeux. »

Dans la LNH, tout a commencé avec Namestnikov à son premier camp d’entraînement avec le Lightning. Des années plus tard, il continue de faire opérer sa magie avec Hagel, Brayden Point, Jake Guentzel et compagnie. Kucherov est la constante, le meneur, et bientôt le meilleur pointeur de l’histoire du Lightning.

« Il n’y a pas un autre joueur dans la ligue qui a commencé sur un quatrième trio, fait son chemin dans la formation, et qui est aujourd’hui l’un des meilleurs joueurs de toute la Ligue nationale de hockey en battant des records, conclut Hagel. Il y a des gars qui sont dans la même discussion que lui qui ont été des premiers choix au total, et qui sont donc là où ils doivent être. Mais dans son cas, c’est l’éthique de travail qui lui a permis de réaliser des merveilles. C’est pourquoi je m’inspire de lui. »