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En grandissant, Cassandra Vilgrain savait que son père Claude Vilgrain occupait une place importante dans l'histoire en étant le premier joueur de la LNH né en Haïti et le deuxième hockeyeur noir à avoir représenté le Canada aux Jeux olympiques, à Calgary en 1988.

Mais elle ne savait pas à quel point son père avait dû faire face au racisme au cours de sa carrière de joueur. Jusqu'au jour où celui-ci a commencé à s'ouvrir par le biais de conversations franches et d'entrevues à la suite du meurtre de George Floyd en pleine rue à Minneapolis le 25 mai 2020.
« Il y a même des histoires que j'ai apprises il y a quelques mois et que je n'avais jamais entendues auparavant, a-t-elle avoué. Je suis fier de mon père depuis toujours. Quand tu grandis, tu ne comprends pas totalement l'ampleur de certaines choses, surtout en ne sachant pas ce qu'il a dû traverser au fil des années. »
Aujourd'hui, le père et sa fille se servent de leurs tribunes chaque fois qu'ils le peuvent pour dénoncer le racisme et plaider pour plus de diversité et d'inclusion dans le hockey.
Claude Vilgrain, qui a récolté 53 points (21 buts, 32 passes) en 89 matchs dans la LNH avec les Canucks de Vancouver, les Devils du New Jersey et les Flyers de Philadelphie entre 1987 et 1994, le fait avec des entrevues dans les médias et par le biais de son rôle d'entraîneur dans la région de Calgary.

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L'ancien attaquant, aujourd'hui âgé de 59 ans, a également aidé à diffuser le message à titre de conseiller de l'équipe haïtienne qui a participé au Championnat mondial de hockey-balle 2022 de l'ISBHF (Fédération internationale de hockey-balle et de hockey de rue) présenté à Laval, au Québec, en juin.
Cassandra Vilgrain, une ancienne attaquante de la NCAA et des rangs universitaires canadiens qui a disputé une saison professionnelle en Suède, est coordonnatrice des communications et des médias sociaux pour la Calgary Sports and Entertainment Corporation, la société mère des Flames de Calgary, des Wranglers de Calgary dans la Ligue américaine de hockey (LAH) et des Hitmen de Calgary dans la Ligue de hockey de l'Ouest (WHL).
« Je n'ai pas toujours été aussi volubile ou militante au cours des dernières années que je le suis aujourd'hui, a-t-elle dit. Je pense que nous avons compté l'un sur l'autre et que nous nous sommes encouragés à parler davantage et à nous exprimer sur nos tribunes. C'est un travail d'équipe. »

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Cassandra, qui consacre la majorité de ses responsabilités aux Hitmen, a réussi à mettre la diversité et l'inclusion en valeur en avril, quand elle et son père ont discuté de leurs expériences dans le hockey en patinant sur la glace du Scotiabank Saddledome pour une vidéo mettant en valeur l'histoire des Noirs dans le hockey.
« C'était très 'cool', a commenté Cassandra. Avoir l'occasion d'être sur la glace et de lancer la rondelle est toujours super et plaisant, mais de pouvoir discuter de choses tellement importantes et de partager nos histoires dans cet environnement, j'ai trouvé l'expérience vraiment unique. »
Claude et Cassandra Vilgrain illustrent parfaitement l'expression « tel père, telle fille ». Elle portait le numéro 19 en l'honneur de son père quand elle évoluait à l'Université du New Hampshire entre 2013 et 2016, et le 91 (19 inversé) avec l'Université de la Colombie-Britannique entre 2016 et 2018.
Cassandra a amassé 43 points (24 buts, 19 passes) en 102 matchs dans la NCAA et 40 points (14 buts, 26 passes) en 49 matchs dans les rangs universitaires canadiens, ainsi que 14 points (10 buts, quatre passes) en 32 rencontres en 2018-19 avec Brynas, dans la Ligue suédoise de hockey féminin. Elle se qualifie d'attaquante de puissance comme son père, qui était également son entraîneur.

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« J'ai calqué mon style de jeu sur le sien, mon jeu est vraiment axé sur le travail acharné, a-t-elle souligné. Il parle toujours de la volonté et de l'éthique de travail, et je crois que ce sont les choses que j'ai le plus héritées de lui. Ça et l'humilité. C'est une raison pour laquelle je l'admire. Il a fait face à l'adversité, et il est toujours demeuré un homme positif qui veut redonner à la communauté. »
Claude Vilgrain a dit qu'il avait mis l'accent sur les éléments positifs du hockey avec sa fille. Sélectionné par les Red Wings de Detroit en sixième ronde (107e au total) au repêchage 1982 de la LNH, il a représenté le Canada aux Jeux d'hiver de Calgary, terminant au quatrième rang, et a remporté des championnats consécutifs avec Équipe Canada à la Coupe Spengler en 1996 et 1997. Il a passé trois saisons avec Laval, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), entre 1980 et 1983 et il a amassé 126 points (46 buts, 80 passes) en 69 parties en 1982-83, étant nommé au sein de la deuxième équipe d'étoiles de la Ligue avec ses compagnons de trio Mario Lemieux et Bobby Dollas.
Mais il a admis avoir gardé pour lui la majorité des expériences négatives.
« Je ne sais pas combien de bananes ont été lancées dans ma direction ou combien de dessins de singes ont été affichés dans les gradins », a-t-il énoncé.

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« C'était mon parcours et plusieurs choses survenaient chaque jour. Je ne suis jamais retourné à la maison en disant à mes parents que les partisans m'avaient lancé des bananes. J'ai été interviewé récemment pendant le Mois de l'histoire des Noirs, et mon frère, ma sœur et ma mère ont tous dit : "Oh, nous n'en avions aucune idée. Nous ne savions rien de tout ça". »
Vilgrain a expliqué que lui et plusieurs autres joueurs noirs de son époque ont dû souffrir en silence parce qu'ils craignaient d'être étiquetés comme mécontents, d'être échangés, retranchés ou rétrogradés dans les rangs mineurs pour toujours s'ils disaient quoi que ce soit.
« Personne ne comprenait ce que nous (les joueurs noirs) subissions, a-t-il dit. Le hockey était mon rêve. Je sais que certains gars se défendaient chaque fois qu'une personne disait quelque chose. J'aurais dû le faire tous les jours. Mon rêve était de jouer dans la LNH, alors je détournais le regard. »
Plus maintenant.
« C'est une nouvelle génération de jeunes joueurs, et je ne veux pas qu'ils vivent un seul pour cent des expériences que j'ai dû vivre », a-t-il argué.
Photos: Doug MacLean et Paul Bereswill, Temple de la renommée du hockey, Candice Ward, Université de la Colombie-Britannique, Université du New Hampshire.