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Le hockey en chiffres: entre plafond et plancher

Notre chroniqueur revient sur certains éléments à surveiller pendant la saison morte

par Oliver Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

La fin des séries éliminatoires marque le début de la dernière grande période d'activités de la LNH, qui culminera dans l'ouverture du marché des agents libres au 1er juillet. On s'attend, à gauche comme à droite, à une période particulièrement agitée cette saison, alors que les clubs de la LNH se préparent à mettre de nouveaux joueurs sous contrat.

Sans faire un tour d'horizon exhaustif de la situation de chaque club, j'aimerais revenir ici sur certains éléments à surveiller. Certains clubs sont, par leur situation, particulièrement représentatifs de défis qui sont un peu ceux de tous les clubs.

Les champions en danger?

On doit comprendre que le fait d'être serré contre le plafond salarial (qu'on attend à 71,4 millions $ comme l'an dernier) n'est pas nécessairement signe de détresse. Ainsi, GeneralFanager.com donne les Penguins de Pittsburgh au-delà du plafond, à quelque 73,8 millions $ de salaires promis. C'est sans compter sur la mise de côté du salaire de Pascal Dupuis pour cause de blessures, qui permet de dégager 3,75 millions $ et ramener l'équipe sous le plafond.

Rendus là, les champions en titre n'ont, parmi ceux qui ont significativement contribué à cette conquête, que trois joueurs sans contrat: Justin Schultz, Ben Lovejoy et Matt Cullen. Je doute que les Penguins bougent beaucoup.

Et les Sharks de San Jose sont encore en meilleure position : avec 10 millions $ de libres sous le plafond, ils n'ont qu'un seul gros contrat à boucler, celui de Tomas Hertl. Tout le reste de l'équipe est en voiture.

Trois équipes en position précaire

Ce qui compte vraiment, lorsqu'on regarde le tableau salarial des équipes, c'est le nombre de joueurs sous contrat et inscrit dans l'alignement de la LNH. Sur ce point, trois équipes sont de toute évidence en position précaire.

Les Blackhawks de Chicago continuent à se battre contre le plafond. Avec un peu plus de 5 millions $ de disponibles, ils n'ont présentement que 16 joueurs sous contrat. Même s'ils ont réussi à se débarrasser de Brian Bickell (en sacrifiant Tuevo Teravainen), les Blackhawks n'ont que huit attaquants de signés et doivent trouver un moyen de garder Andrew Ladd et Andrew Shaw dans leurs rangs. Honnêtement, je ne vois pas trop comment c'est possible. Leurs gros contrats sont bouclés de clauses de non-mouvement et je m'attends par conséquent à ce que les droits sur Shaw et Ladd passent à d'autres équipes en retour de jeunes joueurs qui ne coûtent pas trop cher. Si le plafond reste stable pendant encore deux saisons, les Blackhawks pourraient bien voir leur fenêtre d'opportunité se clore une bonne fois pour toutes.

Le Wild du Minnesota est aussi dans une position embêtante. Avec 7,5 millions $ sous le plafond, ils ont à trouver le moyen de signer au moins six autres joueurs, dont Jason Zucker et Matt Dumba. C'est jouable, mais le Wild pourrait se ramasser avec un groupe d'attaquants des plus ordinaires alors même qu'ils dépensent le maximum autorisé. On a choisi d'investir lourdement dans la défensive et on en paye aujourd'hui le prix.

C'est un peu la même chose pour les Kings de Los Angeles, qui vont peut-être échanger les droits sur Milan Lucic, mais qui autrement vont probablement s'en tenir à tenter de ramener un défenseur de second plan. Avec seulement 3 millions $ sous le plafond, les Kings ne sont pas nécessairement pris pour faire une vente précipitée, mais le fait d'avoir, comme les Blackhawks, récompensé certains vétérans de généreux contrats les laisse aujourd'hui avec une marge de manœuvre beaucoup plus réduite.

Les ententes de Dustin Brown et Marian Gaborik sont particulièrement lourdes à porter. Si on ajoute les considérations liées au repêchage d'expansion (Brown a une clause de non-mouvements), je ne serais pas surpris qu'on assiste au rachat de leurs contrats. En procédant de la sorte, les économies à court terme sont énormes, plus de 9 millions $ pour la prochaine saison.


 
Va-t-on oser procéder de la sorte? Dean Lombardi a hésité à racheter le contrat de Mike Richards il y a quelques années et il s'en est immédiatement mordu les doigts. Je suis curieux de voir ce que les Kings vont faire.

J'en profite pour souligner que si les Sharks sont aujourd'hui en si bonne position, c'est parce qu'ils ont su éviter de donner de tels contrats à leurs vétérans. C'est toujours le test qui guette les dynasties naissantes à l'ère du plafond salarial : s'abstenir de payer le gros prix pour des joueurs qui ont tant aidé l'équipe, mais qui franchissent le cap de la trentaine.

L'espace sous le plafond est une monnaie d'échange

Le cas des Red Wings de Detroit et de Pavel Datsyuk va beaucoup faire jaser, mais je doute que le dossier soit si compliqué. En gros, Datsyuk renonce à sa dernière année de contrat pour aller jouer en Russie. Un peu comme ce qui est arrivé à Alex Semin à Montréal, le club à qui il appartient va assumer la charge du contrat sous le plafond salarial, sans avoir à défrayer le salaire en tant que tel (c'est du moins ce que je comprends de la chose).

Les Red Wings ont 11 millions $ sous le plafond, 18,5 millions $ si on enlève Datsyuk. Ils ont 11 attaquants sous contrat, mais seulement quatre défenseurs et deux gardiens. Il leur faut donc idéalement trouver un partenaire disposant de surplus en défensive et d'espace « vide » sous le plafond salarial.

Bref, ils ont besoin des Ducks d'Anaheim. Avec un peu plus de 58 millions $ de salaires engagés, les Ducks sont presque rendus à leur plafond « interne », d'environ 65 millions $. Or, ils ont encore Rickard Rakell, Brandon Pirri et, surtout, Hampus Lindholm à mettre sous contrat. Le côté gauche de la défensive d'Anaheim est diablement encombré : outre Lindholm, Simon Despres, Shea Theodore et Cam Fowler y jouent. Je doute qu'on sacrifie Theodore, mais Després ou Fowler, tous deux âgés de 24 ans, pourraient être extrêmement intéressants pour les Red Wings. Detroit devra probablement ajouter quelque chose (un jeune attaquant? Un choix?), mais il me semble évident qu'il y a là quelque chose à faire. On verra.

Les Jets sont une autre équipe ayant à travailler avec un plafond interne d'environ 65 millions $. Avec 51 millions $ de salaires engagés et 18 joueurs sous contrat, leur marge de manœuvre de 14 millions $ risque d'être essentiellement gobée par les contrats de Jacob Trouba et Mark Scheifele. Mais les Jets ont aussi trois clauses de non-échange dans leur brigade défensive (Dustin Byfuglien, Toby Enstrom et… Mark Stuart!). On doit donc déjà, de leur côté, chercher à s'assurer de ne pas laisser Trouba sans protection en 2017.

Avant de passer aux équipes qui peuvent encaisser beaucoup de salaires, on doit parler du Lightning de Tampa Bay. Tampa a près de 19 millions $ de marge de manœuvre et des contrats à signer par Steven Stamkos et Nikita Kucherov. À moins qu'on ne décide d'échanger Ben Bishop, on ne peut garder ces deux joueurs et espérer donner des contrats à J.T. Brown, Alex Killorn, Cedric Paquette et Vladislav Namestnikov. Or, ces joueurs, s'ils ne sont pas spectaculaires, représentent la nouvelle vague de joueurs de soutien qui garnissent désormais les alignements des meilleures équipes : rapides, habiles, fiables en défensive et dans la mi-vingtaine, donc au sommet de leurs carrières.

Ajoutons à cela que l'an prochain, c'est Tyler Johnson, Ondrej Palat et Victor Hedman qui auront besoin de nouveaux contrats. Même si Bishop part, on a probablement besoin de sortir Matthew Carle (qui avait perdu sa place au profit de Slater Koekkoek en fin de finale de l'Association de l'Est). Or, ce dernier dispose lui aussi d'une clause de non-échange. Tampa Bay a de la marge de manœuvre, mais Yzerman va probablement devoir bouger s'il veut pousser son équipe un peu plus haut.

Quelques clubs en embuscade

Pour peu qu'ils soient prêts à prendre quelques risques, les clubs qui ont de petites listes de payes sont présentement en position fort enviable.

Aucune équipe, sur ce point, n'est mieux positionnée que les Hurricanes de la Caroline. Les Hurricanes ont une jeune défensive qui ne coûte pas cher, de jeunes attaquants qui ne coûtent pas cher et quelques vétérans pas piqués des vers. Vont-ils, si Tampa le laisse filer, tenter de mettre Steven Stamkos sous contrat ? Les 'Canes n'ont pas de négociation difficile à l'horizon et c'est plus de 11 millions $ qui se libèrent au terme de la saison prochaine lorsque les contrats de Bickell, Ron Hainsey et James Wisniewski s'achèveront.

On ferait une erreur en croyant que les Hurricanes sont d'éternels perdants. Cette équipe va dans la bonne direction depuis deux ans. On a réussi à bâtir une solide équipe de possession de rondelle. Et la brusque baisse de fin de saison en 2016 ne doit pas faire illusion : on a alors choisi de donner un maximum de temps de glace aux jeunes après avoir sorti quelques vétérans à la date limite des échanges.

Stamkos est un des rares agents libres de haute voltige qui cadre chez les Hurricanes. Il est un centre de premier plan (ce qu'ils n'ont plus depuis la baisse de régime d'Eric Staal il y a quelques années) et il n'est âgé que de 26 ans. C'est dire qu'il sera capable d'accompagner le noyau émergeant des Hurricanes pendant de nombreuses années.

Les Coyotes de l'Arizona sont l'autre franchise disposant d'une quantité d'espace incroyable sous le plafond, plus de 36 millions $. Mais je doute qu'on y dépasse de beaucoup le plancher salarial, ce qui leur donne dans les faits environ 18 millions $ à dépenser. Parce qu'ils ont quatre attaquants et six défenseurs à trouver avec cette somme, je doute qu'on assiste à un coup d'éclat de leur part.

Je me demande si les Devils du New Jersey ne sont pas un peu dans la même situation. La franchise est beaucoup plus riche, mais l'équipe est dégarnie : 11 joueurs sous contrat, dont quatre ont 30 ans ou plus. On va certainement donner de nouvelles ententes aux agents libres avec restriction, mais autrement, difficile de voir comment ils peuvent faire un coup d'éclat. Les agents libres de premier plan ne sont pas intéressés aux équipes en reconstruction et, sans véritable profondeur à quelque position que ce soit, il est difficile de boucler un échange.

Une dernière équipe m'intrigue au plus haut point : les Bruins de Boston. De leurs vétérans signés à long terme, seul Zdeno Chara a ralenti, et les contrats extrêmement avantageux de Brad Marchand, Ryan Spooner et David Pastrnak arrivent à terme l'an prochain. Parce qu'ils ont plus de 20 millions $ sous le plafond et la capacité de dépenser cet argent, aussi parce que le groupe mené par Patrice Bergeron va bientôt commencer à décliner, je me demande s'ils ne vont pas tenter le grand coup, que ce soit sur le marché des agents libres ou encore en allant chercher quelques vétérans coûteux, mais encore efficaces. Les sabordages ne sont pas le style de la maison, après tout.

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