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La poignée de main des séries est une tradition gagnante

Les Bruins et les Maple Leafs poursuivront cette tradition à la fin du match no 7

par Dave Stubbs @Dave_Stubbs / Journaliste principal NHL.com

La seule certitude concernant le septième match de l'affrontement de première ronde des séries éliminatoires de l'Association de l'Est entre les Bruins de Boston et les Maple Leafs de Toronto, qui aura lieu au TD Garden mercredi (19h30 HE; NBCSN, CBC, TVAS, NESN), c'est ce qui se produira sur la glace après la rencontre. La poignée de main de fin de série est une des plus belles traditions de la LNH. C'est un magnifique exemple d'esprit sportif après quatre, cinq, six ou sept parties intenses des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

À plusieurs égards, cette poignée de main représente une contradiction : des joueurs qui se sont frappés dès que l'occasion se présentait lors de chacune des rencontres font la file pour se serrer la main et se souhaiter bonne chance. Une équipe passe au prochain tour ou gagne la Coupe Stanley, alors que l'autre voit sa saison prendre fin. Cette tradition de la poignée de main perdure et évolue. Aujourd'hui, elle constitue toujours une scène frappante à la fin d'une intense confrontation des séries éliminatoires.

L'équipe gagnante pourrait en profiter pour se vanter et pour tourner le fer dans la plaie de l'équipe perdante, mais Dave Keon, la légende des Maple Leafs qui a remporté quatre fois la Coupe Stanley au cours de sa carrière de 18 saisons, affirme que ce n'est pas le cas.

« On ne veut pas bondir de joie, si je peux me permettre l'expression, pendant qu'on donne la main », a rappelé Keon, qui a participé à 18 rondes éliminatoires pendant sa carrière, 17 avec les Maple Leafs et une avec les Whalers de Hartford. « Vos adversaires ont travaillé fort, alors il faut les respecter. Dans mon temps, on disait : "Bonne partie." Parfois, je pense qu'on ne parlait même pas. On hochait la tête. On ne se serrait pas toujours la main non plus, on faisait juste se toucher.

« On était très contents ou déçus, alors on voulait en finir le plus vite possible. »

Le capitaine des Penguins de Pittsburgh Sidney Crosby, qui a gagné la Coupe Stanley à trois reprises et qui a remporté une neuvième série de suite dimanche, affirme que la poignée de main est aussi une occasion de faire la paix avec l'adversaire.

« Si quelque chose est arrivé, on a la chance de dire qu'on ne l'a pas fait exprès ou de s'excuser. Ce n'est pas le temps de se lancer dans de grandes conversations, peu importe de quel côté on se trouve, mais je pense que c'est une question de respect mutuel, a expliqué Crosby. C'est bien qu'on fasse ça au hockey. Au fil des années, c'est devenu normal. Ce n'est pas nécessairement amical, mais c'est cordial. »

Video: MIN@WPG, #5: Les deux équipes se serrent la main

Le gardien des Golden Knights de Vegas Marc-André Fleury, qui a soulevé la Coupe Stanley à trois occasions avec les Penguins de Pittsburgh, soit en 2009, 2016 et 2017, ajoute que chaque partie des séries éliminatoires est difficile à gagner et pas seulement chaque ronde.

« À la fin, on respecte nos adversaires parce qu'on les voit souvent, a mentionné Fleury. On sait ce qu'ils vivent et on connaît les épreuves qu'ils traversent. C'est toujours plus facile quand on est du côté de l'équipe gagnante. On garde la tête haute et on félicite les autres. Quand on perd, on veut juste rentrer à la maison. »

Fleury a gagné sa première Coupe Stanley en 2009 à l'issue d'une série de sept matchs contre les Red Wings de Detroit.

« [La poignée de main] est floue dans mes souvenirs, a révélé Fleury. J'ai toujours admiré les gardiens de but, alors j'ai serré la main de Chris Osgood [le gardien des Red Wings] et on s'était retrouvé dans la situation inverse l'année précédente. Cette fois, il m'a dit : "Ç'a été de bonnes séries et un bel affrontement." J'ai trouvé ça gentil de sa part. »

On ne connaît pas le moment ou l'endroit exact où cette tradition est née. Dans les années 1930, les joueurs se serraient souvent la main lors de rassemblements informels à la fin d'une série. Ils ne formaient pas les files ordonnées comme on voit aujourd'hui.

À l'époque des six équipes originales, soit de 1942 à 1967, les équipes pouvaient s'affronter jusqu'à 14 fois au cours de la saison avant les séries printanières, alors une véritable haine pouvait s'installer avant même le début des deux rondes éliminatoires. Le légendaire défenseur des Canadiens Doug Harvey et Bert Olmstead, un attaquant féroce ayant évolué avec les Blackhawks de Chicago, les Canadiens et les Maple Leafs, préféraient souvent quitter la glace plutôt que de serrer la main à leurs adversaires, et ce, peu importe s'ils avaient gagné ou perdu.

Des décennies plus tard, le gardien des Bruins de Boston Gerry Cheevers et son vis-à-vis des Islanders de New York Billy Smith n'étaient pas les plus grands partisans de cette tradition.

Le dur à cuire Dave « The Hammer » Schultz a été le joueur le plus puni des séries en 1973, 1974, 1975 et 1976, accumulant 412 minutes de punition en 73 matchs éliminatoires en carrière avec les Flyers de Philadelphie, les Kings de Los Angeles et les Sabres de Buffalo, mais il affirme qu'il tenait à souhaiter bonne chance à ses adversaires.

« En fait, il y a quelques fois où j'aurais aimé que la poignée de main dégénère en mêlée générale », a lancé Schultz en riant. « Je pense que ça n'aurait pas été bien de jouer une série et, peu importe le nombre de parties, de quitter la glace immédiatement.

« Je n'oublierai jamais le premier tour de 1974, j'en ai même gardé une photo. On avait battu les Flames d'Atlanta en quatre parties. Je m'étais bagarré contre Bryan Hextall, fils, le père de Ron (le directeur général des Flyers) dans le quatrième match à Atlanta. Bryan avait saigné un peu, mais on s'est serré la main. Il s'en fichait probablement, mais c'était une façon de mettre ça derrière nous.

« C'était la bonne chose à faire. Je suis devenu ami avec plusieurs joueurs que j'ai affrontés et avec qui je me suis battu. La poignée de main est un beau geste et c'est la bonne chose à faire. »

Le centre Jean Ratelle, qui est membre du Temple de la renommée, est un des plus grands gentilshommes de l'histoire de la LNH et il a participé à 25 rondes éliminatoires de 1967 à 1981 sans jamais remporter la Coupe Stanley. Ratelle n'a amassé que 24 minutes de punition au cours de ces 25 séries, alors il n'y a probablement aucun joueur qui aurait pu lui en vouloir lors de la poignée de main.

« On disait seulement : « Bonne série. » C'est tout, a indiqué Ratelle. On ne disait pas grand-chose. On passait si vite qu'on n'avait pas le temps de parler, même si on pouvait bien connaître certains joueurs… Quand on se faisait battre, on les félicitait rapidement et on continuait. On n'attendait pas, on ne voulait pas parler longtemps parce qu'on était tristes d'avoir perdu. Quand on gagnait, on ne voulait pas se pavaner non plus. Quand la série est finie, c'est fini. Il y a toujours la poignée de main, qu'on gagne ou qu'on perde. »

Scotty Bowman a gagné neuf fois la Coupe Stanley derrière le banc des Canadiens, des Penguins et des Red Wings entre 1973 et 2002 pour ainsi devenir l'entraîneur le plus titré de l'histoire de la LNH. On peut aussi ajouter cinq autres conquêtes comme membre de la direction à son palmarès.

« Quand ce n'est pas la finale, on souhaite seulement bonne chance à l'autre entraîneur », a déclaré Bowman, qui ne se souvient pas avoir fait la file pour la poignée de main avec Montréal ou Pittsburgh. Il rencontrait plutôt son homologue sur la glace entre les bancs des équipes. « C'était bref. On les remerciait ou on leur souhaitait bonne chance dans leur prochaine série quand on avait perdu. Ce n'est que plusieurs années plus tard que les entraîneurs et leurs adjoints ont commencé à faire la file, eux aussi. »

Larry Robinson a gagné la Coupe Stanley cinq fois avec Bowman à Montréal dans les années 1970. Il l'a gagnée une autre fois en 1986 sous les ordres de l'entraîneur Jean Perron et à trois reprises comme entraîneur ou membre de la direction des Devils du New Jersey.

« Ç'a peut-être été plus facile pour moi parce que je me suis souvent retrouvé du côté des gagnants », a lancé Robinson, qui a gagné 32 rondes éliminatoires et qui en a perdu 14 entre 1973 et 1992. Il n'a jamais raté les séries éliminatoires en 17 saisons avec les Canadiens et à ses trois dernières campagnes avec les Kings.

« Bien franchement, je crois que la poignée de main est la plus belle tradition qui soit et je ne sais pas pourquoi ça ne se fait pas dans plus de sports. Ça crée une séparation entre la réalité des matchs et l'esprit sportif. Chaque fois qu'on dispute une série, il y a un gagnant et un perdant et c'est formidable de reconnaître le travail de chacun à la fin, peu importe si ç'a été un affrontement un peu salaud ou un affrontement extraordinaire. On laisse tout ça sur la glace, sans rien garder avec soi. C'est ce qui est incroyable avec la poignée de main. »

Les esprits peuvent s'échauffer dans le feu de l'action, comme lorsque les Canadiens ont éliminé les Bruins en sept matchs au deuxième tour des séries de 2014. L'attaquant des Bruins Milan Lucic aurait alors tenu des propos peu élogieux à l'endroit de l'attaquant des Canadiens Dale Weise, qui ne l'avait pas lâché d'une semelle pendant toute la série.

L'attaquant de Montréal Brendan Gallagher en rit aujourd'hui, lui qui s'entraînait et qui s'entraîne encore avec Lucic, qui évolue maintenant avec les Oilers d'Edmonton, chaque été à Vancouver.

« Pendant toute cette série de sept parties, on ne s'est pas dit un seul mot », a révélé Gallagher au sujet de Lucic. « On faisait ce qu'on avait à faire. On était deux compétiteurs qui voulaient gagner et qui ne pensaient pas à l'amitié. Il n'a pas dit grand-chose quand on s'est serré la main. C'est quelqu'un qui déteste perdre. Quand il est arrivé devant (Weise), il a fait ce qu'il a fait.

« À notre premier jour d'entraînement, l'été suivant, on s'est croisé au centre de conditionnement physique et on a bien ri. On met ça derrière nous et on s'en moque après. C'est comme ça que les hockeyeurs réagissent dans le feu de l'action, ce sont des réactions émotives. Après quelques mois de repos, c'est du passé. C'est la culture de notre sport. »

La prochaine ronde éliminatoire à laquelle Gallagher participera sera la huitième de sa carrière et il voit cette tradition de la poignée de main comme une sorte de procession.

« Après ma première série en 2013, cinq parties contre Ottawa, j'ai serré la main de Daniel Alfredsson. Il s'est arrêté et il m'a complimenté. Il m'a dit qu'il aimait ma façon de travailler et de jouer. Je ne l'avais jamais vraiment rencontré avant, alors c'est le genre de choses qui reste gravé dans notre mémoire pendant tout le reste de notre carrière.

« Et j'ai fait la même chose. Après avoir battu les Bruins (en 2014), on s'est inclinés contre les Rangers de New York pour ainsi perdre la chance d'aller en finale de la Coupe Stanley. J'ai pu affronter mon idole de jeunesse, Martin St-Louis. C'était un joueur tellement déterminé. J'ai pu lui dire quelques mots pendant la poignée de main, même si on avait perdu. C'était très décevant, mais j'ai pu voir pourquoi des joueurs comme lui gagnent des séries éliminatoires. »

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