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Lorsque Kyle Connor était âgé de 13 ou 14 ans, son entraîneur lui a dit qu'il devrait travailler sur son lancer.
Il a donc décidé d'installer un filet et un panneau de glace synthétique dans son garage, et sous le son de la musique rock, country ou rap - selon ses goûts du moment - il vidait chaudière après chaudière de rondelles.

« J'ai démoli le garage », a-t-il lancé en riant.
Ça aura valu la peine, puisque l'attaquant des Jets de Winnipeg prendra part au Match des étoiles de la LNH 2022 présenté par Honda au T-Mobile Arena de Las Vegas, le 5 février, à titre d'un des meilleurs buteurs de la Ligue.
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Connor a inscrit 20 filets cette saison, ce qui le place à égalité avec Tomas Hertl des Sharks de San Jose et Brad Marchand des Bruins de Boston au septième rang de la LNH. Il est deuxième dans le circuit avec 17 buts à forces égales, à un filet d'Alex Ovechkin des Capitals de Washington.
Depuis la saison 2017-18, sa première complète dans la LNH, Connor est sixième pour les buts (149), derrière Ovechkin (197), Auston Matthews (184), Leon Draisaitl (175), Connor McDavid (168) et David Pastrnak (157). Il est aussi quatrième pour les buts à égalité numérique (107).
« C'est certain que c'est flatteur à voir, mais en même temps, je me dis que la retraite est encore loin », a souligné l'attaquant de 25 ans, qui participera à son premier match des étoiles. « Je tente de m'améliorer chaque jour. C'est ainsi que j'ai développé mes aptitudes et pourquoi j'ai du succès depuis que j'ai joint la Ligue. »

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Le parcours de Connor n'a pas été sans embûches, mais il revient toujours à cette attitude qui l'avait poussé à placer ce filet dans son garage : travailler fort pour exploiter son talent au maximum et aimer ce sport à un tel point que ça ne semble pas être du travail.
« Il est toujours un des gars qui travaille le plus fort sur la glace », a souligné le gardien des Red Wings de Detroit Alex Nedeljkovic, qui a joué avec et contre Connor quand les deux grandissaient, et qui est son partenaire d'entraînement durant la saison morte. « Il donne toujours son 100 pour cent, et ce n'est pas surprenant. Je n'ai pas été étonné lorsque je l'ai vu connaître des saisons de 25 ou 30 buts. Je pense qu'il est vraiment sous-estimé comme marqueur à travers la Ligue. »
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Lorsque Connor était un enfant, sa famille demeurait à New Baltimore, au Michigan. Il était toujours sur ses patins à roues alignées dans le cul-de-sac où demeurait la famille, ou encore dans le sous-sol en train de jouer au hockey.
Plus tard, sa famille a déménagé à Shelby Township, toujours au Michigan. Un endroit parfait pour un enfant qui rêve de jouer dans la LNH. Le terrain était assez grand pour permettre à son père, Joe, de construire une patinoire afin de lui permettre de patiner pendant des heures sous les lumières à son retour de la pratique de son équipe. Il avait même droit à l'aide d'un cousin qui agissait comme gardien.
« Il était toujours occupé, a affirmé sa mère, Kathy. Ce n'était pas le genre d'enfant qui restait sur le divan le samedi après-midi. »
Sa mère a raconté qu'il avait l'habitude d'effectuer une centaine de lancers par jour lorsqu'il s'entraînait dans le garage, laissant de nombreuses marques sur le ciment, en plus de briser une fenêtre à une occasion. Son entraîneur de l'époque, Joe Smaza, croit plutôt qu'il s'agissait de 500 rondelles par jour - les 100 premières avec le plus de puissance possible afin d'avoir des mains fortes, les 100 suivantes dans un des coins, les 100 d'après pour l'autre coin, et ainsi de suite, afin que chaque lancer ait une utilité.
« Je pense vraiment que ç'a aidé ma dégaine et ma mémoire musculaire de prendre autant de lancers, a affirmé Connor. Et c'était amusant de le faire! »

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Connor a aussi participé à des camps d'entraînement de gardiens à titre de tireur, afin d'apprendre les trucs des portiers et comment les déjouer.
« Un duel contre un gardien, ça ressemble presque à un match d'échecs, et j'adore ça. »
Connor n'était pas le plus gros, et il a dû trouver un moyen de se différencier de la compétition alors qu'il jouait pour le programme élite Belle Tire avec des joueurs comme Dylan Larkin et Zach Werenski, et contre de futurs joueurs de la LNH comme McDavid et Robby Fabbri.
« Kyle a toujours fait ce qu'il fait en ce moment, c'est-à-dire travailler plus fort que ses adversaires, envoyer des rondelles au filet et en offrant son meilleur au niveau de la vitesse, de ses aptitudes et de ses habiletés, a souligné Smaza. On a toujours su que c'est ce qui allait lui permettre de connaître du succès. »

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Connor n'a pas été choisi pour faire partie du Programme de développement de l'équipe nationale (NTDP) de USA Hockey à sa première tentative, et il s'est retrouvé avec les Phantoms de Youngstown de la United States Hockey League alors qu'il était âgé de 15 ans, en 2012-13. Après un lent départ contre des adversaires plus vieux, il s'est mis en marche et a amassé 41 points en 62 parties.
Le NTDP a décidé de lui offrir une place au sein de son programme, mais il a décidé de demeurer à Youngstown.
« Tout le monde fait son chemin différemment, a-t-il souligné. Être retranché d'une équipe pourrait s'avérer une bénédiction. J'ai vu ça comme une opportunité. »
Connor a récolté 74 points en 56 parties en 2013-14, un record des Phantoms, et 80 points en 56 rencontres l'année suivante pour terminer au premier rang de la Ligue. Il a été nommé le joueur de l'année de la USHL.
Ses entraîneurs devaient souvent le forcer à quitter la patinoire après les entraînements.
« Il était toujours sur la glace », s'est souvenu Brad Pattersson, l'actuel entraîneur des Phantoms, qui était alors adjoint. « Il travaillait sur son art, mais en même temps, il avait toujours un immense sourire au visage.
« C'est un modèle incroyable pour nous et nos jeunes joueurs ici. Il y a une raison qui explique pourquoi des gars comme lui se rendent aussi loin. Oui, ils ont du talent brut, mais ils sont aussi dédiés, et ils n'arrêtent jamais parce qu'ils veulent s'améliorer.
Red Berenson, le légendaire entraîneur des Wolverines du Michigan, a dit la même chose à propos de son ancien protégé.
« Tous ces excellents joueurs, ils ont travaillé pour atteindre le sommet. Quand on lit sur le parcours de Connor McDavid, c'est exactement ce qu'il a fait. Il jouait toujours au hockey dans sa cour alors que les autres jouaient à des jeux vidéo. Il était déterminé à devenir un excellent hockeyeur. »
Connor a disputé une saison à Michigan, en 2015-16, au sein de la « CCM Line » en compagnie des futurs joueurs de la LNH J.T. Compher et Tyler Motte. Il a récolté 71 points en 38 parties. C'était huit points de plus que son plus proche poursuivant (Compher), et ses 35 buts lui donnaient une avance de trois sur Motte, qui a terminé deuxième dans la division 1 de la NCAA. Berenson l'a qualifié de meilleur joueur de la NCAA lors de la saison, mais le trophée Hobey-Baker, remis au joueur par excellence du circuit, est allé à Jimmy Vesey. L'attaquant de l'Université Harvard, qui disputait alors sa quatrième saison collégiale, avait récolté 46 points en 33 parties.
« Il trouvait le moyen de marquer même d'un angle impossible, d'où neuf fois sur dix, personne n'aurait osé prendre un lancer, a dit Berenson à propos de Connor. C'était ce type de joueur. Il savait comment se créer de l'espace et il anticipait le jeu. Il savait où la rondelle allait probablement aller, il se libérait et quand le disque arrivait, il était déjà parti. Il fait la même chose en ce moment dans la LNH.
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Le succès n'a pas été immédiat pour Connor dans la LNH.
Il a fait sa place avec les Jets lors du camp d'entraînement de 2016, et il a obtenu un but et trois passes lors de ses 19 premières parties avant d'être cédé au Moose du Manitoba de la Ligue américaine de hockey.
« Je pense que c'était la meilleure décision possible », a-t-il affirmé.
Connor voulait jouer dans la LNH, mais il devait s'ajuster au rythme chez les pros. Il n'a pas trouvé le fond du filet immédiatement dans la LAH, mais il a finalement terminé l'année avec 44 points en 52 parties avec le Moose. Il a aussi marqué en fin de saison quand il a été rappelé pour un match dans la LNH.

WPG@DET: Connor atteint le plateau des 20 buts

L'année suivante, il a été retranché par les Jets lors du camp d'entraînement, mais après avoir obtenu cinq points en quatre rencontres dans la LAH, il a été rappelé lorsque l'attaquant Mathieu Perreault a subi une blessure. On l'a placé sur le premier trio avec Mark Scheifele et Blake Wheeler, et il a trouvé le fond du filet dès sa première partie.
« Tu dois profiter des chances qui s'offrent à toi », a-t-il souligné.
Connor a été le meilleur buteur chez les recrues lors de cette saison (31) et il a terminé au quatrième rang pour les points (57) et au scrutin pour la recrue de l'année dans la LNH.
« Le message qu'on voulait lui envoyer, c'est que s'il faisait les bonnes choses, tout allait venir à lui, a affirmé Maurice. On voulait que Kyle soit plus agressif sur la rondelle et le porteur, et qu'il puisse en garder la possession grâce à ses habiletés. C'est pourquoi il n'avait pas amorcé la saison à Winnipeg. Il a travaillé là-dessus sans relâche. »
Depuis, Connor n'a cessé de réécrire ses records personnels. Il a amassé 66 points en 2018-19, puis 73 en 71 matchs l'année suivante, une saison stoppée brusquement par la pandémie. L'année dernière, il a récolté 50 points en 56 parties lors de la saison écourtée, en plus d'éliminer les Oilers d'Edmonton en première ronde des séries éliminatoires lorsqu'il a marqué en troisième prolongation lors du quatrième match de la série.
Cette année, il a élevé la barre encore plus haut, alors que ses moyennes de buts (0,59), de passes (0,50) et de points (1,09) par match sont ses meilleures en carrière.
« Il continue de s'améliorer au niveau de la LNH, a dit Berenson. Il peut marquer de toutes les façons possibles, que ce soit en faisant dévier des rondelles de l'avant du filet ou avec un lancer puissant de sa position, et sa dégaine est comparable à celle de Matthews, puisqu'il s'élance tellement rapidement. Il surprend le gardien, et il la place là où il le désire.
« C'est incroyable. Je l'ai beaucoup vu jouer. Je l'ai vu marquer beaucoup de buts dans la LNH. Je suis vraiment impressionné par la façon dont il continue de se développer. »
L'autre statistique qui impressionne chez Connor sont ses 29 revirements causés, à égalité au 21e rang de la LNH. Il est aussi utilisé en désavantage numérique.
« Il travaille vraiment fort pour être un joueur complet, a ajouté Berenson. Tu le regardes sur les replis, tu le vois voler la rondelle à l'adversaire. Il gagne les batailles pour des disques libres contre des gars qui sont beaucoup plus gros et forts que lui. Il est vif, intelligent, bon le long des rampes et dans les coins lorsqu'il y a une bataille pour la rondelle, et il trouve un moyen de s'emparer du disque et de partir avec. »
Encore une fois, on revient à cette mentalité du garage : travailler fort pour exploiter son talent au maximum et aimer ce sport à un tel point que ça ne semble pas être du travail.
Et recommencer chaque jour.
Avec la collaboration de Tim Campbell, journaliste NHL.com