Kyle Beach a révélé mercredi qu'il était le joueur au centre de l'enquête sur des allégations d'agression sexuelle formulées à l'endroit de l'édition 2010 des Blackhawks de Chicago, lors d'une entrevue diffusée sur l'émission SportsCentre de TSN.
Kyle Beach dévoile qu'il est John Doe dans l'enquête sur les Blackhawks
Le choix de première ronde de 2008 affirme qu'il a été agressé sexuellement par l'ancien entraîneur vidéo de l'équipe Brad Aldrich en 2010

© Gregory Shamus/Getty Images
« C'est une étape importante de… de ce chemin vers la guérison, alors que je tente de comprendre les événements qui se sont déroulés et que je tente de gérer les problèmes sous-jacents qui en ont découlé », a expliqué Beach. « Je voulais révéler mon identité et que mon nom y soit associé. Pour être honnête, c'était déjà connu. Les détails étaient assez précis dans le rapport pour que les gens puissent deviner. De plus, je me considère comme un survivant, je suis un survivant. Je sais que je ne suis pas seul.
« Je sais que je ne suis pas seul autant chez les hommes que les femmes. J'ai gardé ce secret pendant onze ans et ça m'a détruit. Je veux que les victimes sachent, dans le monde du sport ou dans le monde en général, qu'elles ne sont pas seules. Si une chose comme celle-là vous arrive, vous devez savoir que vous n'êtes pas seul et vous devez en parler. »
Beach était âgé de 20 ans et évoluait pour le club-école des Blackhawks dans la Ligue américaine de hockey lorsqu'il a été rappelé dans la LNH afin d'être un joueur de surplus (Black Ace) lors des séries éliminatoires de la Coupe Stanley 2010. C'est à ce moment qu'il affirme avoir été agressé sexuellement par l'entraîneur vidéo de l'époque, Brad Aldrich.
Mardi, le propriétaire et président des Blackhawks Rocky Wirtz, le président et chef de la direction Danny Wirtz et Reid Schar, un ancien procureur fédéral maintenant associé de la firme Jenner & Block LLP, ont rendu public le rapport de l'enquête indépendante de la firme au sujet des allégations de Beach, et ont annoncé que Stan Bowman, qui était directeur général de l'équipe en 2010, allait démissionner. Dans le rapport d'enquête, le joueur en question était désigné sous le nom de John Doe.
Selon le rapport, Beach a allégué avoir été agressé sexuellement par Aldrich le 8 ou le 9 mai 2010. Beach a indiqué avoir informé l'entraîneur de patinage Paul Vincent à propos de l'incident alors que les Blackhawks étaient à San Jose, entre le 12 et le 19 mai lors de la finale de l'Association de l'Ouest contre les Sharks. Une réunion s'est tenue, une heure après que Chicago ait obtenu sa place en finale de la Coupe Stanley, lors de laquelle le préparateur mental et conseiller de l'équipe Jim Gary a informé six personnes qui faisaient alors partie de la haute direction des Blackhawks de ce que lui avait rapporté Beach, selon le rapport d'enquête.
« Ce qui est clair, c'est qu'aucune action n'a été entreprise pendant trois semaines après la prise de connaissance du harcèlement sexuel allégué d'Aldrich et de son comportement déplacé envers le joueur. »
L'ancien entraîneur-chef des Blackhawks Joel Quenneville et l'adjoint du directeur général Kevin Cheveldayoff sont les seules personnes qui auraient assisté à la réunion du 23 mai 2010 qui travaillent toujours dans la LNH à la suite de la démission de Bowman et du congédiement par les Blackhawks du directeur principal de l'administration hockey Al MacIsaac, mardi. John McDonough avait été relevé de ses fonctions comme président et chef de la direction du club le 27 avril 2020, alors que Gary et le vice-président principal Jay Blunk ont quitté l'organisation lors de la dernière saison morte.
Quenneville, qui dirige actuellement les Panthers de la Floride, et Cheveldayoff, qui est le directeur général des Jets de Winnipeg, rencontreront chacun le commissaire de la LNH Gary Bettman afin de discuter des conclusions de l'enquête. Les deux ont nié être au fait des allégations de Beach au moment où la plainte a été déposée.
« Je pense que les Blackhawks ont fait un pas important dans la bonne direction, hier. Ils ont accepté la responsabilité et ils ont pris les mesures nécessaires, bien que trop tard et après avoir démenti le tout jusqu'à hier. Je les félicite pour ce qu'ils ont fait », a mentionné Beach. « Lors de ce processus, je ne sais plus quand exactement, il y a trois ou quatre mois, la LNH a nié qu'il y avait eu enquête. Ils ne voulaient rien savoir, ils ne voulaient pas toucher à ce dossier. Le [U.S. Center for SafeSport] a aussi nié qu'il avait fait enquête. Maintenant, dans les communiqués qui ont été publiés depuis le dévoilement du rapport d'enquête, Stan Bowman a cité Joel Quenneville - j'utilise mes mots, ce n'est pas la citation exacte - qui disait prioriser les séries éliminatoires et la chance de remporter la Coupe Stanley à une histoire d'agression sexuelle. Je n'arrive pas à y croire. Comme humain, je ne peux pas croire cela et je ne peux pas l'accepter.
« J'ai été témoin de rencontres, tout de suite après avoir raconté mon histoire à James Gary, qui se sont tenues dans le bureau de Joel Quenneville. Il ne peut absolument pas nier qu'il ne le savait pas, et je suis certain que Stan Bowman n'a pas inventé une citation comme ça, à l'endroit de quelqu'un qui a si bien servi son organisation et son équipe. »
Beach a aussi réfuté les paroles de joueurs de l'édition 2010 des Blackhawks qui disaient ne pas être au fait de l'incident qui se serait produit.
« Ça s'est répandu assez rapidement », a-t-il souligné. « Je pense que tout le monde dans ce vestiaire le savait, parce qu'il y a eu des commentaires qui ont été faits dans le vestiaire, et aussi sur la glace et à l'aréna, par différentes personnes de tous les horizons - des joueurs, du personnel, des médias. »
Son affirmation comme quoi tous les joueurs étaient au courant a été corroborée par les anciens joueurs des Blackhawks Nick Boynton et Brent Sopel.
« Je les crois à 100 pour cent et je n'ai jamais parlé à aucun des deux depuis le dernier camp auquel j'aurais pu les côtoyer. Je ne les connais pas et je n'entretiens pas de relation personnelle avec eux. Je n'ai pas leur numéro de téléphone et je ne leur ai jamais parlé, a souligné Beach. Je les remercie grandement d'en parler et de corroborer l'histoire, tout comme je remercie Paul Vincent, [le journaliste de TSN Rick Westhead] et plusieurs autres personnes. [L'ancien entraîneur associé des Blackhawks] John Torchetti, ma famille et mes amis qui m'ont soutenu, et ma copine Bianca, qui a été là pour moi chaque jour.
« Revivre cet événement et devoir creuser dans ces souvenirs pour cette enquête, pour cette poursuite, devoir raconter mon histoire encore et encore, ça n'a pas été facile. C'est la chose la plus difficile que j'ai eu à vivre, mais en même temps, je réalise que c'est une étape immensément importante afin de panser les plaies. Ces gens qui se sont levés tôt dans ce processus et qui n'avaient absolument rien à y gagner, je les considère comme des héros. »
Les Blackhawks ont remporté la Coupe Stanley le 9 juin, et Aldrich a participé aux célébrations. Le 14 juin, selon le rapport d'enquête, McDonough a rapporté l'histoire au directeur des ressources humaines des Blackhawks, et Aldrich a eu le choix entre faire l'objet d'une enquête ou encore démissionner. Il a choisi de démissionner.
Beach a dit s'être senti malade de voir Aldrich célébrer le championnat de l'équipe.
« J'ai parlé de ce qui était arrivé et on m'a dit que ça s'était rendu jusqu'aux hauts placés de l'organisation par 'Doc' Gary, mais rien n'a changé. Pour lui, rien n'avait changé. Sa vie était comme la veille. Le voir soulever la Coupe Stanley lors du défilé, célébrer et être pris en photo m'a fait sentir comme un moins que rien, comme si je n'existais pas et que je n'étais pas important. C'était comme si c'était lui qui avait raison et que moi, j'étais dans le tort. Jim Gary m'a dit que c'était de ma faute parce que je m'étais placé dans cette situation.
« La combinaison de tout cela, et de le voir défiler et être célébré, de le voir apporter la Coupe Stanley dans une école secondaire, avec les enfants, alors qu'ils savaient ce qui était arrivé, il n'y a pas de mots pour décrire comment je me sentais. »
Beach, qui a été repêché au 11e rang par les Blackhawks en 2008, n'a jamais joué dans la LNH. À 31 ans, il évolue maintenant pour le EHC Erfurt.
« C'est un petit club en troisième division en Allemagne. Mais les gens me traitent comme si j'étais de la famille, nous sommes très très bien traités. La direction est très ouverte et elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer que nous sommes en sécurité et inclus, ce qui est une chose que j'apprécie beaucoup à ce stade de ma carrière. »
Il indique ne pas savoir quels seront les impacts de sa sortie sur sa vie et sa carrière dans le futur.
« Pour être honnête, je n'ai pas eu la chance (d'y réfléchir). Ça vient tout juste de se produire. Mais ce que je veux voir comme répercussions, c'est qu'il y ait du changement. Je veux être certain que ça n'arrivera pas à personne d'autre. Parce que je sais que ça va se produire à nouveau. Je ne serai pas le seul, que ce soit au hockey, au soccer, peu importe le sport. Peu importe la compagnie, il doit y avoir un système en place qui va permettre de s'occuper de ces situations, et que la personne qui prend les décisions de s'en occuper ne soit pas en conflit d'intérêts. Si ça avait été rapporté à quelqu'un d'autre que John McDonough ou Joel Quenneville ou Stan Bowman, dont la priorité était de gagner la Coupe Stanley, ça aurait été traité de façon différente et ça aurait protégé tous les survivants qui m'ont suivi.
« J'aimerais donc être en mesure d'aider. J'aimerais être là pour défendre leurs intérêts. J'aimerais être là en soutien pour les survivants grâce à ma sortie. J'aimerais faire partie de la solution, peu importe la manière, et faire partie du groupe qui créera un vrai système qui permet de s'assurer qu'il y a un endroit sécuritaire dans le monde du sport et pour chaque enfant ou adulte, homme ou femme, pour se réfugier s'ils sont en danger ou qu'ils se sentent inconfortables, un endroit où ils ne seront pas jugés, et qu'ils n'auront pas à faire face à ce que j'ai dû affronter. »
Lorsqu'il a été demandé à Beach quel était son message pour le commissaire Bettman, il a répondu : « La LNH est inclusive. La LNH accueille tout le monde. Et elle m'a laissé tomber tout comme elle en a laissé tomber d'autres. Ils continuent toutefois de tenter de protéger leur nom au détriment de la santé et du bien-être des gens qui mettent leur vie en jeu chaque jour pour faire de la LNH ce qu'elle est. Je souhaite de tout cœur que Gary Bettman prenne ce dossier au sérieux et qu'il se renseigne comme il se doit, qu'il ne parle pas seulement à [Quenneville et Cheveldayoff] avant de prendre sa décision, mais aussi à Stan Bowman, John McDonough et tous les autres qui ont des éléments d'informations à fournir. Parce qu'ils m'ont déjà laissé tomber. Ils n'ont pas voulu enquêter quand je leur ai demandé, alors pourquoi le feraient-ils maintenant? »
Le rapport a aussi indiqué que Beach avait parlé de l'incident à l'Association des joueurs de la LNH, et que le directeur de l'AJLNH Donald Fehr avait affirmé qu'il allait enquêter, mais qu'il ne l'avait jamais fait. Beach a affirmé qu'il tenait Fehr et le syndicat tout aussi responsable que la LNH.
« Absolument. Il représente les joueurs. Je ne sais pas où je cadrais au sein de l'AJLNH. Je n'ai jamais joué de matchs dans la LNH, à l'exception de matchs préparatoires, mais je me trouvais dans une formation de la LNH quand c'est arrivé, même si j'étais un "Black Ace", a souligné Beach. Je sais que j'ai raconté tous les détails à quelqu'un qui travaille pour l'AJLNH, à qui on m'a dit de communiquer après que deux personnes différentes, je crois, eurent parlé à Don Fehr. Et de savoir qu'il a tourné le dos aux joueurs alors que son seul travail est de protéger les joueurs à tout prix, je ne crois pas que cet homme peut-être votre leader. Je ne sais pas comment il peut encore être à la tête de l'organisation si c'est ainsi qu'il agit lorsqu'un joueur vient le voir pour lui confier quelque chose, lui dire qu'il a subi une agression, qu'il consomme de la drogue, ou quoi que ce soit d'autre. Il doit couvrir les arrières des joueurs, et il ne l'a assurément pas fait avec moi. »
Beach avoue ne pas être certain de ce que lui réserve l'avenir.
« Je n'en suis qu'au début du processus. J'ai effacé ce souvenir et je l'ai enfoui afin de poursuivre mes rêves et ma carrière que j'ai adorée en pratiquant ce sport que j'aime. Le processus de guérison n'est que le début, et ce qui s'est passé hier représente une étape importante dans ce processus, a mentionné Beach. Mais jusqu'à tout récemment, je n'en parlais pas, je n'en discutais pas, je n'y pensais pas. Et maintenant que je commence à guérir, je commence aussi à regarder en arrière, et les impacts sur ma vie ont assurément été nombreux. J'ai posé des gestes stupides, j'ai disjoncté… J'ai fait des choses que je ne n'aurais jamais imaginé faire. Je me suis tourné vers l'alcool, je me suis tourné vers les drogues et… j'étais tellement soulagé lorsque la nouvelle a été annoncée hier, de savoir qu'on avait prouvé que j'avais raison, et que je pouvais vraiment amorcer mon processus de guérison.
« Il y a des gens qui sont avec nous. Et j'espère que tout ce processus pourra entraîner des changements dans le système afin de nous assurer que ça n'arrive plus jamais. Parce qu'il n'y a pas que moi qui ai été touché, autant lorsque j'étais un jeune adulte qu'aujourd'hui alors que j'ai 31 ans, mais ç'a aussi touché des jeunes parce que la situation n'a pas été gérée de la bonne manière. »

















