SPLIT WALLSTEDT GUSTAVSSON BADGE THIBAULT

Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

Filip Gustavsson et Jesper Wallstedt forment le duo de l’heure dans la LNH, et la saine compétition que les deux gardiens se livrent actuellement est le scénario idéal pour le Wild du Minnesota.

Depuis le début du mois de novembre, Wallstedt, âgé de seulement 23 ans, est invaincu (6-0-0). Il montre une moyenne de buts alloués de 1,14 avec un taux d’efficacité de ,967, en plus d’avoir signé trois jeux blancs à ses cinq derniers matchs.

Sa tenue force l’entraîneur John Hynes à partager un peu plus équitablement les responsabilités entre lui et Gustavsson, un vétéran de 27 ans qui était le numéro un incontesté en début de saison. Wallstedt a obtenu six départs des 13 départs du mois de novembre, alors qu’il n’en avait reçu que trois sur une possibilité de 12 en octobre.

Comme organisation, tu ne peux pas demander mieux que de voir un jeune gardien mettre un peu de pression sur le vétéran devant lui dans la hiérarchie. Souvent, ça fait ressortir le meilleur des deux hommes masqués, et c’est exactement ce qui se produit présentement au Minnesota.

Plutôt que de s’effondrer sous la pression, Gustavsson a élevé son jeu d’un cran. Pendant la bonne séquence de son jeune coéquipier, il a conservé un dossier de 5-1-1 avec une moyenne de 2,09, un taux d’efficacité de ,920 et un jeu blanc. Pour mettre en perspective, il n’avait que deux victoires en neuf sorties (2-6-1) avec une moyenne de 3,37 et une efficacité de ,892 en date du 31 octobre, quand Wallstedt jouait moins.

Je ne suis pas prêt à dire que toute la pression repose sur les épaules de l’un ou l’autre des gardiens du Wild, mais Gustavsson doit certainement ressentir une nervosité supplémentaire. Et on ne se mentira pas : c’est plus agréable d’être celui qui met la pression que celui qui la reçoit. Gustavsson est établi comme gardien numéro un et il veut conserver ce statut.

Cela dit, Wallstedt est un ancien choix de première ronde (20e au total) du Wild en 2021 et il souhaite prouver qu’il a sa place dans la LNH. Dire qu’il n’a aucune pression serait faux.

Dans tout ça, c’est le Wild qui sort gagnant. L’équipe est maintenant troisième dans la Centrale, alors qu’elle occupait l’avant-dernier rang du classement de la section à la veille du mois de novembre.

Dans le hockey d’aujourd’hui, c’est essentiel pour une équipe d’avoir un gardien auxiliaire qui participe à la récolte de points au classement. Si tu veux faire les séries en ce moment, tu as besoin d’un deuxième gardien capable d’aller chercher une trentaine de points par saison. Voilà que Wallstedt en a déjà obtenu 14.

MIN@WPG: Wallstedt obtient son troisième jeu blanc de la saison

Autre avantage pour le Wild : le plafond salarial. Wallstedt offre des prestations dignes d’un gardien étoile à un salaire annuel de seulement 2,2 millions $ jusqu’à la fin de la saison prochaine. Avec Gustavsson, on parle d’un total de 5,95 millions $ pour l’un des meilleurs duos de gardiens de la LNH. Le salaire de Gustavsson grimpera à 6,2 millions $ l’an prochain, mais même là, le directeur général Bill Guerin misera encore sur deux bons portiers pour moins de 10 millions $ par année.

Si les succès de Wallstedt se maintiennent et qu’il montre qu’il est capable d’assumer un volume de départs élevé, il est évident que le Wild devra éventuellement déterminer avec lequel des deux gardiens il souhaite aller de l’avant.

Mais pour l’instant, Guerin a beau jeu de jouer la carte de la patience. Il n’a aucune raison d’échanger Gustavsson ou Wallstedt. J’ai l’impression que la vraie décision viendra après la saison 2026-27, quand Wallstedt deviendra joueur autonome avec compensation et qu’il pourrait exiger une hausse de salaire substantielle. D’ici là, je ne vois aucune raison d’apporter un changement devant le filet.

Guerin doit surtout être très heureux de voir que le pari qu’il a pris au premier tour il y a quelques années rapporte des dividendes. Dans les dernières années, de moins en moins d’équipes ont investi un choix aussi important sur un gardien, donc c’est rassurant pour l’organisation.

Une statistique qui en dit long

L’un des indicateurs que j’aime regarder quand vient le temps d’évaluer le rendement des gardiens, c’est le nombre de départs avec un taux d’efficacité égal ou supérieur à ,900. Cette statistique a un impact majeur sur le rendement des équipes, et c'est encore vrai cette saison.

Avant les matchs de vendredi, neuf gardiens avaient réussi au moins 10 départs avec une efficacité de ,900 ou plus, pour un dossier combiné de 73-21-7 en 101 matchs. En moyenne, ça représente une victoire dans plus de sept matchs sur dix. Autrement dit, quand ton gardien affiche un taux d’efficacité d’au moins ,900, les chances que tu perdes le match sont très faibles.

Pour moi, il s’agit d’un indicateur très important pour mesurer la constance d’un gardien, mais aussi l’impact qu’il a sur son équipe. C’est la preuve que tu as encore besoin d’un bon gardien pour gagner en 2025, même dans une ligue où l’offensive prend de plus en plus le dessus.

Un gardien comme Andrei Vasilevskiy ne perd pratiquement jamais lorsqu’il conserve un taux de ,900 ou plus (10-1-1 avant vendredi). À l’inverse, on peut aussi voir quels gardiens n’ont pas un impact aussi grand au sein de leur équipe, malgré une bonne fiche.

Par exemple, le gardien des Golden Knights de Vegas Akira Schmid a un dossier de 9-2-4, mais il a été au-dessus de ,900 seulement trois fois depuis le début de la campagne. Il y a fort à parier que sans une puissance offensive comme Vegas devant lui, sa fiche serait beaucoup plus modeste.

*Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com