Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.
Thibault : Dostal, ou quand la patience porte ses fruits
L’émergence du gardien des Ducks cette saison est le résultat d’un développement soigneusement orchestré par Anaheim

par
Jocelyn Thibault
Chroniqueur LNH.com
L’émergence de Lukas Dostal cette saison n’est pas seulement le résultat de son talent, mais également d’un développement soigneusement orchestré par les Ducks d’Anaheim.
Il n’existe pas de recette parfaite pour développer un gardien – j’en parlais d’ailleurs dans une récente chronique en analysant les parcours atypiques de certains des meilleurs cerbères de la LNH en début de saison. Mais à mes yeux, ce que les Ducks ont fait avec leur portier de 25 ans est un modèle à suivre.
Repêché en troisième ronde (85e au total) en 2018, Dostal a disputé 64 matchs dans la Liiga, la meilleure ligue professionnelle en Finlande, entre 2018 et 2021 avant de faire le saut en Amérique du Nord.
Il a ensuite joué 98 rencontres avec les Gulls de San Diego, dans la Ligue américaine de hockey, pendant trois saisons, tout en effectuant quelques passages à Anaheim. Ce n’est qu’en 2023-24 qu’il s’est établi pour de bon dans la LNH, agissant d’abord comme auxiliaire à John Gibson pendant deux campagnes.
En tout, Dostal a donc disputé près de 300 matchs dans les rangs professionnels avant d’obtenir le statut de gardien numéro un incontesté des Ducks cette saison. Ces derniers n’ont rien précipité, ce qui lui a donné le temps de maîtriser les nombreux aspects qui permettent à un gardien d’arriver au sommet de son art.
La saison dernière est probablement celle qui a convaincu les Ducks de faire de Dostal leur homme de confiance, alors qu’il a dû prendre la relève à plusieurs reprises quand Gibson était blessé. Il a démontré qu’il était prêt à assumer plus de responsabilités, au point où les Ducks se sont sentis suffisamment à l’aise d’échanger Gibson aux Red Wings de Detroit le 28 juin dernier.
Son parcours rappelle un peu celui d’Andrei Vasilevskiy, du Lightning de Tampa Bay. Vasilevskiy a été repêché en 2012, mais ce n’est qu’en 2016-17 que le directeur général Steve Yzerman a choisi d’échanger son autre gardien, Ben Bishop, pour laisser toute la place à son prodige russe. Yzerman n’a pas laissé aller Bishop avant d’avoir la conviction que Vasilevskiy était prêt, et les Ducks semblent avoir eu la même approche.
Ils en récoltent aujourd’hui les fruits, alors que Dostal occupe le deuxième rang de la LNH au chapitre des victoires avec une fiche de 8-5-1. Avant d’encaisser la défaite à ses deux dernières sorties, il avait remporté sept de ses huit rencontres précédentes, conservant une moyenne de buts alloués de 2,48 et un taux d’efficacité de ,912.
À mon avis, trois piliers permettent à un gardien d’avoir du succès sur une base constante, et Dostal les maîtrise tous.
Le premier, c’est le positionnement. Comme gardien, quand le jeu est devant toi, tu veux toujours être au haut de ton demi-cercle pour défier les tireurs, et quand l’action se déroule dans les coins ou au bas des cercles de mises en jeu, tu dois coller tes poteaux. Dostal est constamment positionné de la bonne façon.
L’autre pilier, c’est la stabilité. Quand les lancers sont décochés vers lui, Dostal a les deux pieds bien ancrés dans la glace et il est prêt à faire face à la rondelle. Bien sûr, ça ne s’applique pas aux jeux transversaux qui requièrent de la mobilité, mais là encore, il excelle.
Enfin, il est constamment square devant son filet, c’est-à-dire qu’il couvre parfaitement ses angles. Son corps est toujours centré sur la rondelle, et on le voit rarement être déporté et se retrouver dans l’eau chaude pour revenir devant son filet. On voit très bien ces trois qualités dans cette compilation des plus beaux faits saillants de Dostal publiée par la LNH sur la plateforme YouTube.
Une surprise
Après plus d’un mois d’activités, les Ducks occupent le quatrième rang du classement général avec un dossier de 11-5-1. Je dois admettre que je ne m’attendais pas à un départ aussi convaincant, même si j’anticipais une progression.
On dirait que tout tombe en place à Anaheim. En plus de Dostal, les jeunes qu’ils ont acquis dans les dernières années sont en train de prendre le contrôle de l’équipe. On le voit avec les attaquants Leo Carlsson, le troisième meilleur pointeur dans la LNH, Cutter Gauthier, qui est à égalité au deuxième rang au chapitre des buts, Troy Terry et Mason McTavish, sans compter le défenseur Jackson LaCombe.
J’aime aussi ce qu’a fait le directeur général Pat Verbeek en entourant cette belle jeunesse de solides vétérans. Chris Kreider et Jacob Trouba, obtenus des Rangers de New York, sont des joueurs de caractère qui sont en train de rebondir. Il a aussi mis la main sur le joueur de centre Mikael Granlund, qui a rempli son bagage d’expérience en effectuant plusieurs arrêts dans la LNH, notamment dans l’environnement d’une jeune équipe avec les Sharks de San Jose lors des deux campagnes précédentes.
Les Ducks sont également très bien dirigés avec Joel Quenneville, que j’ai eu comme entraîneur adjoint avec les Nordiques de Québec et l’Avalanche du Colorado.
Je connais beaucoup d’anciens joueurs qui l’ont eu comme entraîneur-chef et je peux vous dire qu’il dirige des équipes bien structurées. Il n’est pas à cheval sur le jeu défensif, ses joueurs ne sont pas pris dans un carcan, mais il leur demande quand même de jouer à l’intérieur d’un cadre clair.
C’est une autre des raisons qui expliquent les succès de Dostal cette saison. Les gardiens évoluant sous la gouverne de Quenneville ont souvent du succès, qu’on pense à Antti Niemi ou à Corey Crawford, qui ont brillé sous ses ordres chez les Blackhawks de Chicago.
On dirait bien que Dostal est en voie d’ajouter son nom à cette liste.
*Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com.

















