SHERBROOKE- Ethan Gauthier l'a souvent eu facile en grandissant. Peut-être même un peu trop.
Plus jeune, le talent lui sortait par les oreilles. Ses habiletés sur patins et en possession de rondelle lui permettaient de se placer au-dessus de la mêlée, sans jamais trop forcer. Pour l'attaquant du Phoenix de Sherbrooke, le hockey a longtemps été synonyme de plaisir, et surtout, de facilité.
Repêchage 2023 : Ethan Gauthier, la somme de ses influences
L'attaquant du Phoenix de Sherbrooke devra une fière chandelle à son frère Kaylen s'il atteint un jour la LNH

« Il se fiait beaucoup à son talent », confirme sans détour son grand frère - et coéquipier - Kaylen, assis dans les gradins du Palais des sports Léopold-Drolet.
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Vient toutefois un moment où le talent ne suffit plus. Où l'écart entre le meilleur du groupe et le plus travaillant se rétrécit. Et ça, l'attaquant du Phoenix de Sherbrooke a mis un certain temps à le comprendre.
En fait, si Kaylen n'avait pas été à ses côtés dans les dernières années, Ethan n'aurait probablement pas amorcé cette nouvelle saison de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) avec l'étiquette de favori du circuit en vue du prochain repêchage de la LNH.
« Ce qui a sauvé Ethan, c'est Kaylen. Si jamais Ethan réussit à jouer au hockey pour gagner sa vie, la première personne qu'il devra remercier, c'est son frère. Il l'a pris sous son aile et lui a montré comment bien travailler et investir les efforts à l'extérieur de la patinoire. »
Celui qui parle, c'est leur père Denis Gauthier, l'ancien hockeyeur qui a patrouillé la ligne bleue de quatre équipes de la grande ligue pendant dix saisons au tournant des années 2000. Il est bien conscient que son aîné a dû emprunter le chemin de gravelle tandis que le plus jeune a eu droit à une route fraîchement pavée.
Que le parcours rempli d'embûches de Kaylen a eu un impact direct sur l'attitude d'Ethan.
« Mon frère n'a pas grandi avec le plus grand talent, il n'a jamais été dans les meilleurs de ses équipes, il a dû travailler », raconte le principal intéressé, sous l'œil attentif de son frangin. « Il est passé par le piochage, il a dû faire tous les détails et beaucoup de sacrifices. »
« Ethan est né avec du talent, mais il lui manquait la discipline, renchérit Kaylen. Ç'a été mon travail de lui apporter cette dose de maturité là et de lui faire comprendre que ceux qui étaient moins bons que lui étaient en train de s'entraîner et de prendre soin d'eux. Si tu ne te prends pas en main, tu vas te faire rattraper. »
À force de suivre son grand frère au gymnase et d'imiter ses bonnes habitudes de vie, Ethan l'a compris à l'aube de son année M18 AAA. C'est probablement ce qui lui a permis de confirmer son statut de meilleur espoir et d'être sélectionné au premier rang par le Phoenix malgré une saison annulée par la pandémie.
« On voyait certaines personnes qui ne le voyaient plus comme le premier choix dans la LHJMQ, s'est souvenu Kaylen. Ç'a été le déclic pour lui que c'était le temps de mettre ses bottes de travail. À partir de là, c'est devenu naturel pour lui. Dans la famille Gauthier, on a tous ça en nous. »
Parce que si c'est son aîné qui l'a « sauvé », Ethan n'a jamais eu à regarder bien loin pour trouver des modèles de réussite. D'abord son père Denis, 20e choix du repêchage de 1995, puis son cousin Julien, réclamé au 21e échelon en 2016.
« C'est réaliste de penser à la LNH, a souligné le jeune homme de 17 ans. Je sais que je peux m'y rendre moi aussi. On parle souvent du 0,1 pour cent de hockeyeurs qui atteignent la grande ligue. Moi, j'en ai deux dans ma famille et je serai peut-être le troisième. On aime le hockey et on est des passionnés. »
L'effet Mercer
Avec cet entourage, inutile de dire que Gauthier a une très bonne idée de ce qui l'attend au cours de cette année d'admissibilité au repêchage. Surtout qu'il a vécu l'expérience d'assez près quand sa famille a accueilli Dawson Mercer sous son toit pendant son passage de deux saisons et demie à Drummondville.
L'attaquant originaire de Terre-Neuve avait fait écarquiller les yeux pendant cette campagne cruciale pour éventuellement devenir le choix des Devils du New Jersey au 18e rang de l'encan 2020.
« On parlait de hockey quasiment tous les jours, s'est remémoré Ethan. Tous les jours, on lançait des centaines de rondelles sur la patinoire extérieure. Juste parce qu'on aimait ça. C'était rendu une routine pour nous; on finissait de souper et on allait jouer dehors. »
Les deux Gauthier échangent encore régulièrement avec Mercer, même s'il est au New Jersey, et estiment avoir bâti avec lui une relation fraternelle. Pour le plus jeune, c'est un autre exemple de réussite.
« Dawson a été une influence incroyable pour Ethan, a fait valoir le paternel. Il a baigné là-dedans en grandissant. Il a vu des gars réussir en faisant des choses bien précises. C'est la somme de toutes ces influences qui en font le joueur qu'il est aujourd'hui. »
« Je ne pourrai jamais dire assez à quel point je réalise la chance que j'ai, a conclu Ethan. De pouvoir côtoyer des gars qui ont atteint la LNH, c'est une chance en or et j'ai l'intention de m'en servir le plus possible. »

















