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C'est au fil de la saison 2022-23, alors que des blessures se faisaient sentir, que David Krejci s'est dit qu'il était peut-être temps d'accrocher ses patins. Il venait de revenir dans la LNH après avoir passé une campagne à jouer dans la meilleure ligue professionnelle de son pays natal, la Tchéquie, et les Bruins de Boston surprenaient le monde du hockey en route vers une saison régulière historique.

Mais même à travers tout ça, alors que Krejci savourait ses succès personnels et ceux de l'équipe, il savait qu'il ne pouvait pas soumettre son corps aux rigueurs d'une autre saison.

C'est la raison pour laquelle lundi, Krejci a annoncé que sa carrière de 16 saisons dans la LNH était terminée. Il a quitté les Bruins après une carrière lors de laquelle il a atteint la finale trois fois (2011, 2013, 2019), remporté la Coupe Stanley à une reprise (2011), totalisé 786 points (231 buts, 555 passes) en 1032 matchs et accumulé d'innombrables souvenirs et amitiés.

« La décision s'est prise quand j'ai commencé à avoir des blessures à la fin de la saison, mais je ne voulais pas précipiter ma décision », a déclaré Krejci, mardi, depuis son domicile en Caroline du Sud. « Je voulais prendre mon temps et bien y penser parce que tu ne veux pas prendre une décision quand les émotions sont encore vives.

« J'ai réalisé qu'il n'y a jamais un bon moment pour quitter la LNH, mais je trouve qu'il était temps. Je sais que mon corps n'aurait pas pu endurer 82 matchs. C'était la bonne décision. »

Ajoutez à cela la retraite de Patrice Bergeron, qui a annoncé sa décision le 25 juillet après 19 campagnes avec les Bruins, et c'est la fin d'une ère à Boston, la fin d'une décennie et demie lors de laquelle l'équipe n'a jamais eu à se soucier de sa profondeur au centre.

Krejci et Bergeron ont été des piliers de la formation des Bruins, deux joueurs qui ont franchi le cap des 1000 rencontres jouées avec l'organisation et qui se poussaient à se dépasser chaque jour.

« J'essayais d'atteindre le même niveau que Bergy chaque année, j'essayais d'être aussi bon que lui ou d'être le meilleur possible, a dit Krejci. Pas seulement sur la glace, mais aussi avec le professionnalisme qu'il affiche en dehors de la patinoire. Je sais que je ne lui serais jamais arrivé à la cheville, mais le regarder et voir son éthique de travail a fait de moi un meilleur joueur.

« Il me poussait à me dépasser durant l'été. Je tire beaucoup de fierté de mes entraînements estivaux chaque année. C'est en grande partie grâce à Bergy, car je sais à quel point il travaille. Je savais que je devais travailler aussi fort pour être dans la même position que lui et pouvoir aider l'équipe à connaître du succès en tant que joueurs de centre numéro un et deux. »

Et du succès, ils en ont eu ensemble. Les Bruins ont participé aux séries éliminatoires dans 13 des 15 saisons de Krejci, les ratant uniquement en 2015 et 2016. Ultimement, c'est tout ce qui comptait pour Krejci, qui ne pensait ni à être le premier centre ni aux projecteurs plus souvent braqués sur Bergeron que sur lui.

« Je ne me suis jamais soucié d'être le premier ou le deuxième centre, pourvu que je n'étais pas le troisième », a blagué Krejci.

« Bergy et moi avions une bonne relation et une compétition saine, a-t-il ajouté. Je ne peux pas dire que j'ai déjà été jaloux. Et je ne pense pas qu'il a déjà été jaloux de moi. Notre duo fonctionnait bien. J'essayais d'être la meilleure version de moi-même. Il essayait d'être la meilleure version de lui-même et nous nous poussions l'un et l'autre d'une manière saine. »

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Mais éventuellement, l'âge a rattrapé le joueur de 37 ans.

Avant le début de la saison 2022-23, Krejci n'était pas certain que ça allait être son dernier tour de piste. Il ne savait pas à quoi s'attendre après une année loin de la LNH, avec son épouse et leurs deux enfants demeurant en Caroline du Nord et avec un corps dans la trentaine avancée.

Et pendant la majeure partie de la saison, tout s'est bien déroulé. Krejci a obtenu 56 points (16 buts, 40 passes) en 70 matchs, alors que les Bruins ont vogué vers les records de la LNH pour les victoires (65) et les points (135).

Mais une blessure au bas du corps subie le 1er avril l'a gardé à l'écart des six dernières parties de la saison régulière. Il est revenu pour les matchs no 1 et 2 de la série de première ronde contre les Panthers de la Floride, mais il a raté les matchs no 3 à 5 en raison d'une blessure au haut du corps. Il est finalement revenu pour les deux dernières parties de la série, que Boston a perdue de façon dramatique, s'inclinant en prolongation dans le match no 7 à domicile.

Krejci était anéanti de ne pas avoir pu aider son équipe au moment le plus important, surtout quand on considère qu'il a toujours été reconnu comme un homme des grandes occasions. Krejci a été le meneur de la LNH avec 23 points (12 buts, 11 aides) en 25 parties des séries quand les Bruins ont gagné la Coupe en 2011. Il a également terminé au premier rang de la Ligue avec 26 points (neuf buts, 17 mentions d'aide) en 22 matchs en 2013, lorsque Boston a perdu en finale contre les Blackhawks de Chicago.

« J'ai tout donné en jouant malgré des blessures l'année dernière et j'ai tout laissé sur la glace à la fin, a dit Krejci. Je savais que si je revenais dans la LNH, je n'allais pas être le même joueur que l'année dernière. »

Krejci a été clair : s'il ferme la porte à rejouer dans la LNH, elle demeure entrouverte pour le hockey.

« Je me retire de la LNH parce que mon corps ne peut plus endurer les rigueurs d'une saison complète, a-t-il martelé. Il y a des choses que j'aurais dû faire, comme des opérations, et à mon âge, je ne suis pas prêt à ça. Je ne veux plus avoir à le faire.

« Mais cette année, le Championnat du monde (2024 de la FIHG) est à Prague, dans ma ville natale. Je n'ai jamais joué là-bas. Donc c'est quelque chose qui me trotte dans la tête. »

S'il ressent toujours la même chose dans le temps des Fêtes, Krejci s'est dit ouvert à jouer pendant quelques mois quelque part en Europe afin d'optimiser sa condition physique. Mais il est catégorique, il ne disputera pas une saison complète.

Les Bruins auraient souhaité le contraire. Ils auraient voulu obtenir une autre saison de lui et Bergeron, et garder leurs deux icônes pour la saison du centenaire de Boston. Ils auraient aimé obtenir une autre chance de gagner la Coupe Stanley, comme ç'aurait dû être le cas la saison dernière.

« Tu rêves de gagner la Coupe Stanley quand tu es petit, a mentionné Krejci. J'ai eu la chance d'y arriver à ma quatrième année dans la Ligue. Nous avons eu quelques autres occasions, surtout en 2019 (quand les Bruins ont perdu en sept matchs contre les Blues de St. Louis en finale). Ç'aurait été plaisant de gagner au moins deux fois. Mais c'est très difficile de gagner ce trophée. »

Quant à l'avenir, Krejci a confié qu'il aimerait demeurer impliqué dans le hockey, peut-être dans le domaine du dépistage. Mais pour le moment, il relaxe et passe du temps avec sa famille. Il travaille sur son golf et son tennis, tout en découvrant la vie sans la LNH.

« Ç'a été difficile parce que c'est quelque chose que tu fais toute ta vie, et soudainement, ça s'arrête, a dit Krejci. Je suis convaincu que je vais avoir de la difficulté à passer à autre chose. Mais c'est la raison pour laquelle j'ai une famille et des amis. »