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Bouchard : Les Blues ont-ils trop donné pour O'Reilly?

Notre chroniqueur analyse la transaction majeure entre les Blues et les Sabres

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Ç'aura été un vrai point d'orgue pour le 1er juillet 2018 : le centre Ryan O'Reilly, qu'on savait mécontent avec les Sabres de Buffalo, a pris le chemin de St-Louis en retour de ce que plusieurs observateurs, moi le premier, ont immédiatement vu comme une rançon propre à racheter la vie d'un roi. Mais quelle mouche a piqué les Blues, qui avaient pourtant jeté la serviette à la date limite des échanges, le 26 février dernier?

Les Blues devaient de toute évidence renflouer leur ligne de centre, décimée par le départ de Paul Stastny l'an dernier. Celui-ci ne souhaitant pas revenir au bercail, les Blues ont fait preuve d'imagination pour se tirer du pétrin.

Il faut le souligner, le trou laissé par Stastny est béant. Voici la distribution des mises en jeu disputées par les joueurs des Blues au fil de la saison. Comme vous pouvez le constater, Stastny était essentiellement remplacé par Kyle Brodziak et Vladimir Sobotka en fin de campagne.

Ça ne pouvait pas bien se passer. Mais les Blues n'en sont pas pour autant à reconstruire leur équipe. Parmi les piliers de l'équipe, seuls l'attaquant Alexander Steen et le défenseur Jay Bouwmeester ont passé le cap de la trentaine, alors que l'an prochain, Vladimir Tarasenko (27 ans), Jaden Schwartz (27), Brayden Schenn (27), Robby Fabbri (23), Alex Pietrangelo (29), Colton Parayko (26) et Vince Dunn (22) seront tous encore dans la force de l'âge. O'Reilly, qui aura 28 ans en février prochain, cadre exactement dans le groupe.

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Je pense que O'Reilly est un joueur éternellement sous-estimé pour deux raisons. Tout d'abord, il a passé sa carrière à jouer pour des équipes misérables. Or, les mauvaises équipes ne le sont pas à cause de leurs meilleurs joueurs, mais bien malgré ceux-ci. Ensuite, l'immense contribution d'O'Reilly (oui oui, immense) se déploie d'une manière peu commune.

Ainsi, depuis trois ans, aucun joueur n'a disputé et remporté autant de mises en jeu qu'O'Reilly. De même, sa discipline est légendaire : il n'a écopé que de deux minutes de pénalités l'an dernier et 84 minutes en 651 matchs depuis le début de sa carrière.

Il faut l'admettre, tout ça peut s'exprimer bien imparfaitement par des indices de statistiques avancées. J'utiliserai prochainement l'un de ces indices, développé par le blogueur Chase McCallum, pour comparer les performances des joueurs autonomes acquis le 1er juillet. Cet indice des buts ajoutés (traduction personnelle de Goals above replacement) collige une série d'indicateurs pour quantifier la contribution globale d'un joueur.

Si on décompose cette série d'indicateurs, on est plus à même de comprendre à quel point la contribution d'O'Reilly se démarque de celle de ses pairs. Le graphique suivant situe O'Reilly par rapport aux autres attaquants de la LNH ayant joué au moins 500 minutes en 2017-18. On voit à quel point il se démarque dans toutes les composantes, à l'exception des dimensions strictement offensives, où il se détache simplement de la moyenne.

C'est lorsqu'on fait la somme de ces composantes et que l'on compare O'Reilly à Stastny et, pourquoi pas, à John Tavares, qu'on peut voir l'impact cumulatif de toutes ces petites choses.

Ryan O'Reilly n'est pas celui qui va remplir les buts adverses à un rythme effarant, mais il est tout de même supérieur à la moyenne dans cette catégorie. Mais les Blues ont déjà, en Tarasenko, Schenn, Schwartz, Fabbri et, depuis hier, Tyler Bozak et David Perron, des joueurs qui s'occuperont de cette tâche.

Ce dont ils avaient besoin, d'abord et avant tout, c'est d'un homme à tout faire capable de prendre le relais derrière le duo de choc Schenn-Schwartz, un joueur capable d'appuyer Tarasenko et d'isoler Bozak des situations plus difficiles. Et il n'y avait tout simplement pas de joueur disponible plus qualifié pour le faire qu'O'Reilly.

Sachant cela, je ne trouve pas le prix payé aussi exorbitant qu'on pourrait le croire de prime abord.

Le grand Tage Thompson est évidemment le morceau de choix obtenu par les Sabres. Il aura 21 ans en octobre et il n'a pas exactement fait flèche de tout bois lors de sa première saison dans les rangs professionnels. Mais son passage dans les rangs universitaires et dans les championnats mondiaux a impressionné.

On peut tabler sur une progression rapide de sa part, mais ces premiers pas laissent entendre que Thompson ne sera jamais le joueur qu'O'Reilly est aujourd'hui. Au mieux, les Sabres ont mis la main sur un honnête deuxième centre. Ce qui laisse les deux choix au repêchage de la LNH : un choix de première ronde en 2019 et de deuxième ronde en 2021.

On ne le répète pas assez : après le 20e rang, la valeur des choix de première ronde s'apparente largement à celle des choix de deuxième ronde, soit 15 à 20 pour cent de chances de voir le joueur repêché jouer 200 matchs dans la LNH. 

Si O'Reilly aide les Blues à se qualifier en séries éliminatoires de la Coupe Stanley et à gagner quelques rondes éliminatoires au cours des deux prochaines saisons, les choix cédés n'auront pas une grande valeur, d'autant plus que les Blues ont quelques jeunes dans leurs filiales, notamment Robert Thomas.

Enfin, les Sabres ont accepté de prendre deux contrats qui sont encore loin d'être terminés. Celui de Vladimir Sobotka se termine après la saison 2019-20, alors que celui de Patrick Berglund ne prendra fin qu'en 2022, lorsque le suédois sera âgé de 33 ans.

Si les Blues sont appelés à avoir des regrets, ce sera dans quelques années, lorsque Tyler Bozak et David Perron seront plus âgés. Mais à court terme, l'acquisition d'O'Reilly leur permet de redevenir immédiatement compétitifs, et ce, sans avoir eu à toucher à leurs meilleurs espoirs.

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