Il y a de ces matins où Patrice Bergeron sent le poids de ses 36 ans, en particulier lorsqu'il vient de disputer deux matchs en deux soirs. C'est à ce moment que les muscles font un peu plus mal, que les étirements sont plus difficiles et que le corps n'est plus aussi flexible qu'il a déjà été.
Bergeron se concentre sur le présent, pas son avenir
Le capitaine des Bruins, qui pourrait devenir joueur autonome sans compensation, sait que le soleil se couche sur sa carrière

© Steve Babineau/Getty Images
Mais lors de la plupart de ces matins, il dit se sentir bien. Assez bien pour avoir été en mesure de décrocher une place au Match des étoiles de la LNH, le 5 février, et assez bien pour être le leader d'une équipe qui joue très bien par les temps qui courent, les Bruins de Boston.
« Je pensais à quand j'étais plus jeune - autour de 22 ans - à mes premiers moments dans la Ligue avec les Bruins, où j'étais entouré de vétérans qui avaient environ mon âge actuel, et je trouvais vraiment qu'ils étaient vieux », a lancé l'attaquant québécois. « Je n'en revenais pas. Je jouais avec des pères de famille. Ils étaient vieux. Et maintenant, c'est mon tour. »
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Bergeron sait aussi ce qui est advenu de ces joueurs. Quelques années plus tard, ils étaient à la retraite, remplacés par des jeunes comme il l'était. Il en est bien conscient, ou du moins, il tente de son mieux de ne pas y penser.
« Durant toute ma carrière, j'ai toujours eu des contrats renouvelés et de longues ententes, donc en ce moment, je veux jouer cette saison et voir comment je me sens et où j'en suis. J'ai plusieurs questionnements auxquels je vais devoir répondre. »
Bergeron écoule la dernière saison d'un contrat de huit ans qu'il a signé en juillet 2013. C'était il y a une éternité, alors qu'il venait d'avoir 28 ans, qu'il n'avait pas d'enfant et que le gros de sa carrière était devant lui. Maintenant, il est devenu un de ces pères de famille, et il sait trop bien que le soleil a commencé à se coucher sur sa carrière.
C'est pourquoi Bergeron a annoncé en septembre qu'il n'allait pas négocier une nouvelle entente durant la saison, un plan qui n'a pas changé. Et il ne veut pas y penser à ce moment.
« Quand tu vieillis, tu réalises que la fenêtre se referme de plus en plus, et tu commences à te poser ces questions et penser à cette éventualité, le futur et tout. Mais honnêtement, je n'y pense pas en ce moment.
« C'est la première fois de ma carrière où je n'ai pas de prolongation de contrat en poche, ce qui me permet de prendre le temps pour trouver les réponses à mes questions, qu'elles me touchent directement, qu'elles touchent l'équipe ou peu importe. Je pense que certaines personnes y réfléchissent trop. En ce moment, je n'ai pas ces réponses, et ça ne veut rien dire en particulier. Il ne faut pas interpréter ça d'une manière ou d'une autre.
« Je ne pense qu'au présent et je veux profiter du moment lorsque je suis à l'aréna. »
Bergeron a beaucoup de choses à apprécier en ce moment. Les Bruins (25-13-3) jouent bien, eux qui ont une fiche de 14-5-3 à leurs 22 derniers matchs. Le natif de L'Ancienne-Lorette, qui a été choisi pour représenter la section Atlantique au Match des étoiles, a amassé 33 points en 40 matchs cette saison, sa huitième meilleure moyenne de points par match (0,83) en 18 saisons.
Bergeron mène la LNH pour les mises au jeu remportées avec un taux d'efficacité de 63,2 pour cent, lui qui a pris part à 938 mises au jeu, un sommet dans le circuit. Il mène aussi la LNH pour le différentiel de lancers tentés avec 300, ce qui démontre bien comment son trio est dominant en contrôle de rondelle.
Et son jeu défensif n'a rien perdu de son efficacité.
« Il continue à exceller parce qu'il est tellement intelligent », a souligné Mark Recchi, actuel entraîneur adjoint des Devils du New Jersey et qui était le coéquipier de Bergeron lorsqu'ils ont remporté la Coupe Stanley en 2011. « Il ne gaspille pas son énergie. Il sait comment jouer de la bonne façon. Son style de jeu est presque méthodique, et il est aussi très déterminé. C'est plaisant de le voir jouer chaque soir. »
Bergeron, le 45e choix du repêchage de 2003, occupe le troisième rang de l'histoire des Bruins pour les matchs joués, derrière Raymond Bourque (1518) et Johnny Bucyk (1436). Il est le quatrième meilleur marqueur de l'histoire de la concession avec 950 points, lui qui a gagné le trophée Selke à quatre occasions à titre de meilleur attaquant défensif de la LNH.
« On dirait que j'ai tout vu et vécu avec lui, mais il faut dire que ça fait tellement longtemps qu'il est dominant, a souligné son compagnon de trio Brad Marchand. « C'est ce qui rend son parcours encore plus impressionnant. »
Et difficilement remplaçable.
« Est-ce qu'il y aura un autre Patrice Bergeron? Probablement pas », estime Recchi. « C'est un incroyable leader, un incroyable joueur. Et avec le type de personne qu'il est, il possède tous les atouts. Toutes les équipes aimeraient pouvoir compter sur un gars comme lui pour mener leur concession. »
Pendant la majeure partie de sa carrière, Bergeron s'est retrouvé dans l'ombre - au sens propre et figuré - de Zdeno Chara, qui est arrivé avec les Bruins en 2006-07 alors que Bergeron disputait sa troisième saison dans la LNH. Chara était l'ainé de Bergeron par huit années, et il a immédiatement été nommé le capitaine de l'équipe.
Mais Chara a quitté les Bruins au terme de la saison 2019-20, et Bergeron a hérité de la lettre « C ».
« Je l'ai toujours agacé en lui disant qu'il était le plus vieux, qu'il avait l'air âgé et tout, a raconté Bergeron. Mais maintenant, c'est à mon tour d'être le plus vieux. »
La plupart des joueurs de l'édition 2011 de l'équipe sont maintenant sous d'autres cieux, mis à part Marchand (33 ans) et Tuukka Rask (34 ans). Rask est devenu joueur autonome sans compensation au terme de la dernière saison, mais il a signé un contrat d'un an avec Boston le 11 janvier après s'être remis d'une opération à la hanche.
Comme pour Bergeron, le futur de Rask est incertain. Les deux en ont discuté.
« Nous sommes réalistes, nous vieillissons et la fenêtre se referme. Est-ce que ce sera cette année, dans deux ou trois ans? Qui sait? », a dit Rask.
« Je pense que je dois me concentrer sur le présent, a ajouté Bergeron. À ce point dans ma carrière, c'est tout ce qui compte. Je ne dois pas penser à une prolongation de contrat ou au futur. Je dois profiter du moment. »
Alors, est-ce que la retraite est réellement une possibilité?
« C'est pour ça que je n'ai pas la réponse en ce moment. Je me sens bien et je suis heureux de la manière dont notre équipe joue en ce moment. Oui, c'est une possibilité, mais ce n'est pas tout ce qui compte, et ce n'est certainement pas pour ça que je n'ai pas signé de prolongation de contrat. »
Ses coéquipiers préfèrent ne pas penser au jour où il ne sera plus là. Une décision qui viendra tout changer.
« Tu ne peux pas remplacer un gars comme ça, ce qu'il apporte sur et hors de la patinoire, son leadership, la façon dont il est en contrôle dans le vestiaire et sur le banc, a souligné Marchand. C'est le joueur que nous ne serons pas en mesure de remplacer quand le temps sera venu. Mais nous n'y pensons pas en ce moment. Nous espérons que ce sera dans longtemps. D'ici là, nous en profitons pendant qu'il est là. »
Et la meilleure manière d'en profiter serait peut-être en gagnant une autre Coupe Stanley.
« Ce serait toute une façon de boucler la boucle! », a conclu Bergeron.

















