Historiquement, c’est rare que le congédiement d’un DG serve d’électrochoc à une équipe. Nous le voyons plus souvent après le départ d’un entraîneur-chef. Mais dans le cas des Sabres, j’ai le sentiment que le départ d’Adams a revitalisé l’équipe.
Je peux tracer un parallèle à mes débuts avec les Penguins de Pittsburgh. Avant la saison 2005-2006, les Penguins avaient congédié Craig Patrick pour le remplacer par Ray Shero.
Ce n’était pas un changement en plein cœur d’une saison. Shero avait fait son arrivée à Pittsburgh au cours de l’été et il avait profité de plus de temps pour modeler l’équipe à son image. Mais le changement de DG des Penguins avait redonné de la crédibilité.
Shero avait opéré plusieurs changements, dont certains à l’extérieur de la patinoire. Shero avait à cœur de bien traiter ses joueurs et il voulait transformer la mentalité à l’intérieur du groupe. Il avait eu un impact rapide. Comme DG, il avait également réalisé de grosses transactions pour faire des Penguins une formation gagnante. Shero arrivait de l’organisation des Predators de Nashville où il occupait un poste d’adjoint au directeur général, David Poile. Il avait appris de l’un des grands du métier.
À l’intérieur du vestiaire, nous devenions une équipe plus sérieuse.
Du côté des Sabres, il n’y a eu aucun coup de baguette magique depuis l’arrivée de Kekalainen, qui n’a pas encore réalisé une seule transaction importante. Mais je considère que le changement au siège de DG a servi, à lui seul, de réveil à l’équipe. Les joueurs ont pris ça comme un message.
Quand un employé important perd son boulot, tu réalises que ton propre boulot est aussi incertain. Ils ont recommencé à jouer du bon hockey. Sur papier, les Sabres ont une bonne équipe. Ils ont un bon top-4 à la ligne bleue avec Rasmus Dahlin, Bowen Byram, Owen Power et Mattias Samuelsson. À l’attaque, Tage Thompson et Alex Tuch sont deux gros attaquants dominants. Il y a donc des pièces pour construire un bon casse-tête. Mais les Sabres devront maintenant conserver un rythme de croisière. Je me garderai une petite gêne avant de leur prédire une place en séries. Cette équipe a trop souvent trébuché dans le passé.
Les Sabres n’ont pas participé aux séries depuis une éternité (2011). Depuis leur dernière participation, c’est une porte tournante derrière le banc de l’équipe avec sept entraîneurs différents : Lindy Ruff, Ron Rolston, Ted Nolan, Dan Bylsma, Phil Housley, Ralph Krueger, Don Granato.
Ruff, l’actuel entraîneur, en est à son deuxième passage avec l’équipe. Et c’est la même histoire avec les DG. La stabilité n’existe pas à Buffalo. Quand on recule jusqu’à 2011, on dénombre cinq DG : Darcy Regier, Tim Murray, Jason Botterill, Kevyn Adams et maintenant Kekalainen.
Une équipe ne peut tout simplement pas gagner avec une aussi grande instabilité. Les Sabres ont repêché de bons joueurs, mais ils ont presque tous gagné la Coupe Stanley dans une autre ville. Jack Eichel (Golden Knights) et Sam Reinhart (Panthers) font partie de l’élite de l’élite aujourd’hui. Ryan O’Reilly avait sonné l’alarme à son départ de Buffalo en 2018 en disant qu’il y avait une culture de perdant à l’intérieur de cette équipe. O’Reilly était un véritable meneur. Il a gagné la Coupe à sa première année avec les Blues de St. Louis (2019).
Les Sabres auront maintenant besoin de miser sur de la stabilité. Kekalainen le sait. Et le propriétaire Terry Pegula en est aussi conscient.
J’avais rencontré Monsieur Pegula lors de mes jours avec les Penguins de Pittsburgh. Il est originaire de la Pennsylvanie. Avant d’acheter les Sabres au mois de mars 2011, il avait investi dans ma fondation avec les Penguins. Je n’oublierai jamais sa générosité. J’avais organisé un événement dans un restaurant à Pittsburgh. Le propriétaire du restaurant m’avait invité à rencontrer un homme d’affaires après un de mes matchs.
L’homme en question était Monsieur Pegula. Il m’avait posé deux questions : pourquoi cherches-tu à obtenir des dons et combien penses-tu amasser d’argent avec ta soirée ? Je lui avais expliqué que nous voulions bâtir un orphelinat en Haïti et que je visais à récolter 50 000 $. Il m’avait fait un chèque pour ce montant et il s’était présenté au restaurant le lendemain pour remettre l’argent.
Propos recueillis par Jean-François Chaumont, journaliste principal LNH.com