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Une année renversante pour Julien BriseBois

Le jeune dirigeant du Lightning de Tampa Bay ne s'attendait pas à succéder à Steve Yzerman en 2018

par Robert Laflamme @bobthefire / Journaliste principal LNH.com

Si on lui demandait de qualifier son année 2018 à l'aide d'un seul mot, Julien BriseBois répondrait sans doute : « Renversante ».

On dit souvent que c'est au moment où on s'y attend le moins que les choses se produisent. BriseBois l'a constaté de visu : il était loin de s'attendre à être nommé directeur général du Lightning de Tampa Bay en 2018.

La décision que son supérieur chez le Lightning Steve Yzerman a prise pendant l'été de renoncer à ses tâches l'a fait tomber à la renverse, tellement elle l'a pris de court. Il était convaincu que le poste ne deviendrait jamais disponible. 

« Steve était un des meilleurs directeurs généraux de la ligue et il est encore jeune », admet BriseBois en entrevue avec LNH.com.

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Le nom de BriseBois faisait souvent surface dès qu'il y avait un poste de disponible au cours des dernières années. Ce n'est pas qu'il piaffait d'impatience dans l'attente de recevoir un coup de fil d'une autre équipe. Il répétait que rien ne pressait et que sa famille était bien établie à Tampa. On en était venu à penser que ce serait à Tampa ou nulle part ailleurs pour lui.

« J'avais l'ambition de mener ma propre organisation dans la LNH, mais j'étais heureux dans mes tâches d'adjoint à Tampa, répond-il. Steve me déléguait beaucoup de responsabilités. Je me sentais apprécié de mes patrons et de mes collègues de travail, ma famille filait le parfait bonheur à Tampa. Je n'étais donc pas pressé, mais j'avoue qu'il y a eu des postes de DG que j'aurais voulu accepter si on me les avait offerts. »

Le destin a fait en sorte que l'offre vienne finalement du Lightning. L'avocat de formation âgé de 41 ans n'en espérait pas tant après avoir fait ses classes pendant 17 ans, à la suite du premier emploi de consultant qu'il a occupé chez les Canadiens de Montréal en 2001.

Le huitième franco

Les entraîneurs francophones dans la LNH sont une denrée rare, et c'est encore plus vrai pour les directeurs généraux francophones. Marc Bergevin des Canadiens était le seul avant la nomination de BriseBois, le 11 septembre.

Ce qui fait de BriseBois, natif de Greenfield Park, près de Montréal, une des personnalités francophones marquantes dans la LNH pour l'année qui s'achève.

BriseBois n'est pas peu fier de souligner que, depuis l'expansion de 1967, il est le huitième francophone qui obtient un poste de directeur général pour une équipe autre que les Canadiens ou les Nordiques - après Ronald Caron, Rogatien Vachon, Pierre Gauthier, Jacques Demers, François Giguère, Jacques Martin et Pierre Dorion. Pierre Lacroix a occupé ce poste avec l'Avalanche du Colorado, mais il avait initialement été engagé par les Nordiques. À l'exception de Martin, ils ont tous fait leurs premiers pas dans le hockey professionnel avec les Canadiens ou les Nordiques. 

« Je suis très reconnaissant à l'endroit des Canadiens et particulièrement d'André Savard de m'avoir donné ma première chance, déclare BriseBois. Je suis content de pouvoir dire que je suis dans les traces de Jacques Demers comme DG du Lightning. J'ai toujours apprécié le temps que j'ai pu passer avec Jacques et j'ai beaucoup de respect pour l'homme qu'il est. »

En bas de sa chaise!

Quand Yzerman a fait part au propriétaire Jeff Vinik de son désir d'abandonner son poste de directeur général, BriseBois représentait le choix logique à la succession, le choix de la continuité parce qu'il gravitait dans l'organisation depuis huit ans.

BriseBois a dit avoir été abasourdi en apprenant la décision d'Yzerman parce qu'il croyait plutôt que son supérieur s'apprêtait à accepter un renouvellement de contrat de longue durée avec l'équipe. Il a même tenté de le faire changer d'idée.

Il lui a proposé des solutions, des façons qui lui permettraient de rester en poste et de passer plus de temps avec sa famille et à Detroit. Au bout d'un temps, il a réalisé qu'il n'y avait rien à faire parce que le cœur l'emportait sur la raison.

C'est au retour de vacances en Afrique du Sud en août que BriseBois a manifesté au propriétaire Vinik son intérêt pour la succession de son ami.

Vinik lui a mentionné que c'était pour lui une décision très importante et qu'il était possiblement le candidat numéro un, mais qu'il souhaitait rencontrer au moins une autre personne.

Environ une semaine plus tard, vers la fin d'août, à l'occasion de la première visite du propriétaire au nouveau complexe d'entraînement du Lightning, les deux hommes ont pris place dans une des salles de conférence, à la fin de la tournée.

« C'est à ce moment que Jeff m'a offert le poste. Il m'a dit qu'à la suite de notre première rencontre, il avait conclu qu'il n'avait pas besoin de voir personne d'autre », mentionne-t-il.

« La première personne que j'ai appelée a été mon épouse, Marie-Claude. La deuxième a été Steve Yzerman. Pour ce qui est des membres de ma famille et de mes deux garçons âgés de neuf et de 11 ans, j'ai patienté jusqu'à la veille de la conférence de presse (le 10 septembre) pour leur annoncer la nouvelle. »

Laissons-le continuer : « Marie-Claude et moi avions dit aux garçons que nous aurions quelque chose à célébrer au souper. Les gars étaient super-excités en apprenant la nouvelle. Ils sont des amateurs de hockey et du Lightning. Je pense qu'ils étaient soulagés de savoir que nous allions demeurer à Tampa. Mon plus jeune m'a demandé si nous allions continuer d'aller aux réunions annuelles de la Ligue américaine de hockey (LAH), à Hilton Head, en Caroline du Nord. La famille m'accompagne tous les étés et c'est devenu une tradition. Je lui ai répondu oui. Il m'a par la suite demandé si j'allais maintenant avoir un plus grand bureau au Amelie Arena. Je lui ai répondu non. Mes proches étaient tous très heureux sachant que le poste de DG du Lightning représente une superbe occasion pour moi. »

Le rêve prend forme

BriseBois a dit avoir commencé à entretenir le rêve d'être DG dans la LNH un jour à l'été 2006 quand Bob Gainey lui a confié les rênes de l'équipe-école des Bulldogs de Hamilton, dans la Ligue américaine. 

« Bob a été le premier qui m'a considéré comme un homme de hockey », relève-t-il.

BriseBois ne l'a pas déçu. Il a aidé les Bulldogs à remporter la Coupe Calder dès 2007, avec Carey Price devant le filet.

Avant la fin de la saison 2009-10, au bout de neuf saisons et quelques mois chez le Tricolore, BriseBois avait pris la décision de quitter les Canadiens afin de vivre une nouvelle expérience ailleurs. Gainey avait été remplacé par Pierre Gauthier au poste de DG, le 8 février. Nouvellement en poste à Tampa, Yzerman a demandé aux Canadiens la permission de discuter avec lui.

« Je voulais voir ce qui se faisait ailleurs, étendre mon réseau de contacts », explique BriseBois. 

Ç'a tout de suite cliqué entre Yzerman et lui. Les deux hommes ont rapidement créé des liens de confiance très forts.

« Je suis arrivé à Tampa avec mon expérience acquise à Montréal et Steve arrivait avec son expérience acquise chez les Red Wings de Detroit, fait-il remarquer. Dans les premières années, nous avons souvent pigé dans nos expériences respectives afin d'établir ce qui deviendrait notre façon de faire à Tampa. Steve possède également un des meilleurs réseaux de contacts dans le monde du hockey. J'ai pu, en bonne partie grâce à lui, établir de nombreux liens au fil des années. »

L'inversion en quelque sorte des rôles à la suite de la nomination de BriseBois n'a entaché en rien la relation entre les deux hommes. 

« Nous nous parlons encore très souvent, confie BriseBois. Steve est généralement à nos matchs à Tampa. Nous sommes allés voir des matchs de hockey junior et de la Ligue américaine ensemble. J'apprécie vraiment pouvoir discuter de différents dossiers sur lesquels je planche et d'avoir son opinion avant de devoir prendre des décisions. Je sens qu'il veut vraiment que je connaisse du succès dans mon nouveau rôle. Sa présence dans notre entourage a grandement facilité ma transition au poste de DG et je lui en suis très reconnaissant. »

Pour ce qui est de savoir quel type de gestionnaire il est ou encore de quel dirigeant qu'il a côtoyé il puisera sa plus grande inspiration, le septième DG de l'histoire du Lightning répond qu'il sera la somme de toutes ses expériences. 

« Ça fait seulement quatre mois que je suis en poste, je n'ai donc pas eu le temps de me définir comme directeur général, soumet-il. J'ai beaucoup appris en côtoyant Steve et Bob Gainey, mais également aux côtés des André Savard, Pierre Gauthier et de tous les entraîneurs et les recruteurs avec lesquels j'ai travaillé depuis 2001. J'imagine qu'ultimement, je serai un mélange de toutes ces personnes. »

Très attaché au poste de DG de l'équipe-école du Lightning dans la LAH, le Crunch de Syracuse, BriseBois a dit qu'il devra se résoudre à céder sa place à la fin de la saison.

« Je passe plus de temps avec le Lightning et forcément moins avec le Crunch, relate-t-il. J'ai tout de même réussi à assister à plus du tiers des matchs du Crunch cette saison. Je parle avec l'entraîneur Benoit Groulx tous les jours ou presque. J'ai beaucoup d'affection pour la Ligue américaine. Ces jeunes joueurs sont en pleine progression. C'est valorisant de travailler à la réalisation de leur rêve qui est d'atteindre la LNH. Je planifie toutefois de délaisser le rôle de DG du Crunch avant le début de la prochaine saison. Ce sera alors le temps de laisser la place à quelqu'un d'autre qui va chérir le rôle comme je l'ai fait. »

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