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MONTRÉAL - Bien avant qu’il devienne le skieur acrobatique le plus décoré de l’histoire, Mikaël Kingsbury n’était qu’un jeune Québécois avec un rêve très précis.

Il ne voulait pas seulement participer aux Jeux olympiques d’hiver, il voulait les gagner.

« Lorsque j’étais plus jeune, mon rêve était de devenir un champion olympique. Pas juste un olympien, mais bien de gagner les Jeux », a confié Kingsbury à l’équipe de contenu des Canadiens. « Je n’avais pas peur de le dire à voix haute. Certaines personnes m’ont dit que j’étais fou et que ça ne se produirait jamais, mais j’arrivais à me voir le concrétiser. »

Ce genre de conviction n’est pas étranger au marché du hockey à Montréal. Ici, les enfants ne font pas que rêver de revêtir l'uniforme des Canadiens ou de fouler la glace du Centre Bell. Ils s’imaginent être l'auteur du but gagnant en prolongation et de soulever la coupe Stanley.

Kingsbury a compris ce sentiment bien avant que son nom ne soit connu, comme peuvent en attester des photos de lui enfant portant une casquette rétro du Tricolore.

Il a grandi près de Montréal, sur les pistes de Mont Saint-Sauveur et dans la ville de Deux-Montagnes, là où il jouait au hockey lorsqu’il ne pratiquait pas le ski.

Ce sport était partout lorsqu’il était plus jeune : à la patinoire extérieure de son école primaire, dans le sous-sol avec des bâtons miniatures et lors d’une panoplie de matchs numéro sept avec ses amis et son frère.

« Je jouais quasiment tous les jours avec mes amis qui étaient des joueurs de hockey, donc j’ai atteint un assez bon calibre pour quelqu’un qui ne pratiquait pas ce sport sérieusement », a affirmé le trentenaire lors d’une entrevue téléphonique. « C’est dans notre sang depuis longtemps. »

Des années plus tard, avec cinq médailles olympiques en autant de participations et plus de 100 victoires en Coupe du monde, Kingsbury est retourné au Centre Bell. Toutefois, il n’y était pas à titre d’amateur, mais bien comme invité d’honneur au centre de la patinoire, alors que le Tricolore recevait les Capitals le 28 février.

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« C’est spécial. Cet amphithéâtre peut être très bruyant, a-t-il dit. C’était plaisant de recevoir une ovation de la part de 21 000 personnes. C’est vraiment spécial. J’avais des frissons. »

Pour un athlète qui s’est tenu au sommet de podiums olympiques, le moment était différent.

Il était chez lui.

Cela dit, avant de rentrer au Québec, il s’est retrouvé sous la loupe d'un pays en entier. Seul au sommet de la piste sud-ouest de la vallée de Livigno, en Italie, Kingsbury a jeté un regard, 235 mètres plus bas, vers le parcours de bosses de Milan-Cortina 2026 — un endroit où le détenteur de 29 globes de cristal a déjà craint de ne jamais mettre les pieds en raison d'une blessure.

« Même en décembre, c’était difficile de me voir rivaliser aux Jeux. Je me disais : “Je ne serai jamais prêt. Ce sera trop douloureux.” Mais on y est parvenus. »

Kingsbury a atteint la finale de l’épreuve de bosses, où il a perdu au bris d’égalité contre l’Australien Cooper Woods. Tout de même, cette médaille d’argent signifiait bien plus que sa couleur.

« J’ai été capable de skier de la façon dont je voulais. Pour moi, c’est cinq médailles olympiques en cinq participations, donc chaque fois que je suis à la ligne de départ, je donne mon 100 %. J’ai remporté l’argent, mais c’était tout comme si j’avais remporté l’or. »

Trois jours plus tard, dans l’ultime descente olympique de sa carrière, le « roi » a répondu présent.

Sa victoire obtenue en bosses en parallèle a permis au Canada d’aller chercher sa première médaille d’or de la compétition et de boucler la boucle de la carrière du skieur acrobatique le plus décoré de l’histoire.

« Je n’aurais pas pu l’écrire autrement », a affirmé le partisan de longue date du Tricolore.

« Comme une prolongation », a dit le quadruple olympien de sa finale contre le plus haut classé, Ikuma Horishima. « C’était la finale que je voulais. Je voulais remporter les Jeux olympiques contre le meilleur. Il a commis une erreur et j’en ai profité. Disons que j’avais une échappée et que j’ai marqué », a-t-il décrit dans un lexique de hockey.

L’obtention de ses deux médailles a également été alimentée par sa nouvelle force de père. Récemment devenu parent, Kingsbury a avoué que l’expérience l’aide à être mieux équilibré en cette fin de carrière digne du Temple de la renommée.

« Depuis que je suis devenu père — ça fait environ un an et demi — je suis moins dur avec moi-même, a-t-il avoué. Ce n’est pas que skier est plus plaisant; c’est juste différent. Je ne suis pas davantage motivé, mais je suis un peu plus concentré quand je skie. Et lorsque je rentre à la maison, je suis moins dur avec moi-même. C’est vraiment spécial d’être encore à la poursuite de mon rêve tout en étant papa. »

Mike Matheson a partagé des émotions similaires lors d’une entrevue avec l’équipe de contenu des Canadiens en 2024.

« Depuis l’arrivée de Hudson, je ne crois pas que ce soit une coïncidence que j’aie joué le meilleur hockey de ma carrière, a souligné Matheson. Avant, j’avais de la difficulté à laisser les choses à l’aréna. Que je joue bien ou mal, il a besoin de la meilleure version de moi comme père lorsque je rentre à la maison. Ça m’aide à revenir à la maison et à laisser derrière moi peu importe ce qui est arrivé sur la patinoire. Ça ne veut pas du tout dire que ce qui se passe sur la glace est moins important pour moi. Je crois même que ça allume un feu en moi pour que j'excelle étant donné que je veux le rendre fier, et qu’il soit fier de m’appeler son père. »

Plusieurs des coéquipiers de Matheson, comme Jake Evans, Brendan Gallagher et Josh Anderson sont depuis devenus pères. D’autres, comme Alexandre Carrier, Noah Dobson, Nick Suzuki et Samuel Montembeault attendent l’arrivée d’un bébé.

Kingsbury affirme avoir rencontré certains d’entre eux par le passé et peut s'identifier à la pression qu’ils ont en performant sous les projecteurs, chose qu’il a expérimentée lui-même pendant plus de 15 ans.

« Tu dois être un vrai pro et être fort mentalement pour gérer ça tous les jours et rivaliser devant une grande foule chaque soir », a dit le gagnant du trophée Étoile du Nord (anciennement trophée Lou-Marsh) en 2018, remis à l’Athlète de l’année au Canada. « Si j’étais un joueur de hockey membre du Tricolore, j’essaierais de carburer à l’énergie des partisans.

« Quand tu es au cœur d’une séquence victorieuse et que tu joues bien, c’est la meilleure place au monde où jouer au hockey. »

Évidemment, la route n’est pas sans embûches — elle ne l’était pas pour Kingsbury. Au fil des hauts et des bas d’une éprouvante saison, cela dit, il a conservé en tête une chose.

« J’ai tout gagné et je me souviens du sentiment que ça suscite. J’avais juste envie de le faire à nouveau. [...] Je me sens chanceux d’aller à l’extérieur et de skier, de m’entraîner à faire ce que j’aime le plus. Je me rappelle ça. Je prends conscience de la chance que j’ai d’encore vivre de ce rêve et, honnêtement, c’est mieux que ce que j’avais imaginé. »

Il est difficile de saisir l’ampleur de cinq médailles olympiques et de 143 podiums en Coupe du monde, mais chaque victoire commence de la même façon, soit avec un rêve. Kingsbury, qui a annoncé sa retraite au mois de mars, en avait un.

« Je crois que c’est correct de rêver et de te voir faire quelque chose qui peut paraître impossible, a-t-il dit. Donc, voici ce que je veux dire aux enfants : rêvez grand. Si vous pouvez vous voir accomplir quelque chose, c’est que c’est possible.

« C’est pareil pour les enfants qui se voient jouer dans la LNH, pour les Canadiens de Montréal, et remporter la coupe Stanley. Plus ton rêve est précis, plus il est probable qu’il se réalise. Donc, rêvez grand, faites-vous confiance, travaillez fort, et tout est possible. »