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Durant sa carrière de hockeyeur professionnel et durant son service militaire, Francis Clarence McGee a su faire la démonstration d’une chose : Il n’était jamais question, pour lui, de battre en retraite. Même dans les situations où il devait se mettre en danger.

Lorsqu’on parle de son record – qui ne sera probablement jamais battu – dans un match pour l’obtention de la coupe Stanley, il est d’abord impossible de faire abstraction de son surnom. Sur la patinoire, on l’appelait « One-Eyed » Frank McGee.

McGee avait perdu l’usage de son œil gauche à l’âge de 17 ans quand il avait été frappé au visage par une rondelle perdue. Ça ne l’avait pas empêché de revenir au jeu quelques années plus tard pour devenir un des piliers des Silver Seven d’Ottawa, qui ont remporté la coupe à plusieurs reprises au début du 20e siècle.

Les choses n’avaient pas trop changé pour McGee quand, au début de la trentaine, il a subi une blessure à un genou lorsque le véhicule blindé dans lequel il se trouvait a été atteint par un tir d’obus, quelque part en Belgique. Il combattait alors dans la Première Guerre mondiale.

Au terme d’une longue convalescence en Angleterre, il a choisi de retrouver son battaillon, désormais en France, pour prendre part à la Bataille de la Somme.

Cette offensive franco-britannique, déclenchée le 1er juillet 1916, avait pour but de rompre les lignes allemandes pour libérer les territoires français occupés durant la Première Guerre mondiale. Cette bataille, qui fait partie des plus meurtrières de l’histoire, a impliqué des soldats d’une vingtaine de nations et a fait 1,2 millions de morts, blessés et disparus.

L’ancien hockeyeur a été déclaré mort au combat le 16 septembre 1916. Il avait 33 ans. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Un siècle plus tard, le nom de McGee apparaît sur le Mémorial national du Canada à Vimy, qui a été érigé pour rendre hommage aux soldats canadiens qui sont morts en France sans sépulture connue.

À l’approche du jour du Souvenir, la Fondation Vimy et le Temple de la renommée du hockey nous ont aidé à raconter son histoire.

Huit buts en neuf minutes

Jeune adulte, « One-Eyed » Frank McGee s’est d’abord forgé une solide réputation sur les patinoires du Canada.

Le 16 janvier 1905, dans un match où la coupe Stanley était à l’enjeu, il a marqué pas moins de 14 buts, dans une victoire de 23-2 des Silver Seven d’Ottawa contre les Nuggets de Dawson City.

C’est ce record, précisément, qui devrait résister à l’épreuve du temps.

L’histoire de la série opposant Ottawa aux Nuggets est, à elle seule, légendaire.

Une équipe formée des meilleurs citoyens de cette petite ville du Yukon, à son apogée lors de la ruée vers l’or du Klondike, avait défié les champions en titre de la coupe Stanley. Ces derniers avaient accepté de mettre le trophée en jeu dans le cadre d’une série de deux matchs. Ces deux parties devaient être disputées à l’aréna Dey, dans la capitale.

Au début du 20e siècle, il n’était pas simple de traverser le Canada. Pour parcourir les 6900 kilomètres séparant Dawson City et Ottawa, les Nuggets ont d’abord voyagé sur des traîneaux à chiens. Ils ont aussi fait une partie du voyage à bicyclette et à pied, avant de pouvoir monter à bord d’un train.

L’équipe est arrivée à la gare d’Ottawa, en plein cœur du mois de janvier 1905, pour entreprendre une série deux de trois contre les puissants et expérimentés détenteurs de la coupe.

Les visiteurs ont réussi à se défendre pendant une bonne partie du premier match, mais l’expérience des hôtes a éventuellement fait la différence. Les Silver Seven ont signé une victoire de 9-2 et selon la légende, les joueurs de Dawson City n’était pas particulièrement impressionnés par la tenue de leur grande vedette. « McGee n’est pas si imposant », aurait déclaré un des membres du groupe dans les heures qui ont suivi cette rencontre.

Une recherche dans les archives numérisées des journaux de l’époque ne nous a pas permis de retrouver cette déclaration.

L’histoire ne dit pas non plus si McGee a été mis au fait de tout cela. On sait par contre qu’il a livré une de ses plus grandes performances à vie lors du deuxième et ultime match de la série.

Durant cette rencontre à sens unique, remportée 23-2 par Ottawa, le leader de la formation a trouvé le moyen de battre le gardien adverse à 14 reprises. McGee aurait marqué pas moins de huit buts dans une séquence faste de neuf minutes, selon le récit qui est publié sur la page 2 de l’édition du mardi 17 janvier du Ottawa Journal.

« Il était encore meilleur qu'on ne le disait. Il avait tout. Il était rapide, il savait manier le bâton, il était capable de marquer des buts et il était un joueur très physique. Il était solidement bâti, mais magnifiquement proportionné, et il avait un rythme presque animal », a déclaré Frank Patrick à son sujet.

À l’instar de Frank McGee, M. Patrick a lui aussi été intronisé au Temple de la renommée, mais à titre de bâtisseur. Avant d’inventer une série de règlements qui ont transformé le hockey, il a suivi avec intérêt les exploits des plus grands joueurs du début du 20e siècle.

Durant sa carrière, qui a précédé la fondation de la Ligue nationale de hockey, McGee a disputé 45 matchs au niveau senior. Dans ces rencontres, il a marqué pas moins de 135 buts. Il a inscrit 63 buts dans 22 matchs où son équipe a mis la coupe Stanley en jeu. Lorsque les Silver Seven ont éventuellement perdu le trophée, dans un match contre les Wanderers de Montréal en 1906, il a pris la décision d’accrocher ses patins. Il avait 23 ans.

Ses performances sont encore plus légendaires quand on se souvient qu’il a passé la totalité de sa carrière à briller malgré son handicap.

Il a été un des 10 premiers joueurs intronisés au Temple de la renommée, lors de son ouverture, en 1945.

Servir son pays

« Il peut voir à la distance requise avec l'un ou l'autre œil. »

Sur le certificat médical, qu’on peut trouver à l’intérieur du dossier militaire de Frank McGee, c’est écrit noir sur blanc. L’ancien héros sportif, qui avait choisi de se battre pour son pays lors du plus grand conflit armé de l’histoire, a réussi à tromper les officiers, lors de son examen, à l’automne 1914.

Comment a-t-il réussi ce subterfuge? C’est un mystère. Quelques histoires ont circulé. Malheureusement, les gens qui ont été témoins de la chose ne sont plus parmi nous pour confirmer.

McGee s'est enrôlé dans le Corps expéditionnaire canadien en tant que membre actif du 43e régiment (Duke of Cornwall's Own Rifles) de la milice, puis a été nommé lieutenant dans le 21e bataillon (Est de l'Ontario).

Le bataillon a traversé l’océan au mois de mai 1915. McGee a été blessé au mois de décembre de la même année. Une fois guéri, au mois d’août 1916, il a choisi de retourner au front.

Le 15 septembre, la Bataille de Flers-Courcelette – qui s’inscrit dans le cadre de l’offensive de la Somme – a éclaté. McGee fut déclaré mort au combat le lendemain.

« La vie de Francis Clarence McGee reflète le lien étroit qui existait entre le sport canadien et le service national au début du 20 siècle », raconte aujourd’hui la Fondation Vimy, dont le rôle consiste aujourd’hui de préserver et promouvoir l’héritage et le leadership du Canada. « Sa carrière a marqué la transition entre le hockey amateur et le hockey professionnel, et ses exploits en tant que marqueur avec le Club de hockey d'Ottawa restent inégalés dans l'histoire de la coupe Stanley. Sa décision de s'enrôler, malgré ses limitations physiques et une carrière sportive déjà distinguée, reflétait un sens du devoir partagé par de nombreux athlètes canadiens de sa génération. »

Frank McGee est né à Ottawa, le 4 novembre 1882. Son père, Joseph McGee, a été greffier du Conseil privé du Canada. Son oncle, Thomas D’Arcy McGee, a été un des Pères de la Confédération. Entre la conclusion de sa carrière de hockeyeur et son service militaire, il a servi son pays en travaillant au sein de la fonction publique.

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