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Daniel Alfredsson n’était pas obligé d’accepter ce contrat supplémentaire. Il aurait pu faire comme la majorité de ses joueurs et de ses collègues des Sénateurs d’Ottawa en profitant de la pause qui débute pour s’accorder quelques jours de repos bien mérité.

Il passera plutôt les prochains jours dans des arénas, pour faire changement. On pourra le retrouver au Centre Bell, puis au TD Garden, pour donner son soutien à l’équipe nationale de Suède lors de la Confrontation des 4 nations 2025.

Alfredsson pense que cela ne devrait pas nous surprendre.

«J’ai toujours aimé représenter mon pays», souligne-t-il. «Faire partie de l’équipe nationale, c’était mon rêve quand j’étais petit.»

«Représenter mon pays, chaque fois, c’est une expérience particulière. Je n’avais jamais pensé que je pourrais vivre cette expérience en tant qu’entraîneur. Pourtant, nous voici. Quand j’ai contacté la Fédération nationale pour voir s’il y avait une place pour moi au sein de l’équipe, j’étais sincèrement intrigué. Maintenant, je peux vous dire que j’ai très hâte au tournoi, tout comme les joueurs», complète Alfredsson.

On peut aussi regarder cette situation sous un autre angle. Si l’ancien capitaine accepte de relever de nouveaux défis, il doit forcément apprécier son travail.

Alfredsson a choisi de descendre derrière le banc pour seconder son vieux mentor Jacques Martin, en décembre 2023, sans trop savoir dans quoi il s’embarquait.

Il a choisi de poursuivre son association avec les Sénateurs lorsque Travis Green est devenu le 14eentraîneur-chef de l’histoire de l’équipe.

Quatorze mois plus tard, il ne regrette pas ses choix.

«J’ai appris des tas de choses et j’ai eu beaucoup de plaisir jusqu’à maintenant», dit-il, tout en reconnaissant qu’il a traversé une période d’ajustement. Une décennie s’était écoulée depuis la fin de sa carrière de joueur. Il avait perdu l’habitude des avions, des hôtels et des arénas. La routine à laquelle doivent se soumettre les gens qui évoluent dans la Ligue nationale de hockey peut s’avérer très exigeante.

Le plaisir d’appartenir à une équipe et de contribuer aux succès sur la patinoire compense largement. Le jeu en vaut largement la chandelle.

«La portion la plus gratifiante du travail, c’est de voir les joueurs grandir», déclare celui qui a fait ses débuts dans la Ligue nationale à 22 ans, après avoir été un choix de sixième ronde lors du repêchage de 1994.

Aujourd’hui, encore, quand un jeune sportif lui demande des conseils, Alfredsson répond que la curiosité est la plus belle qualité que peut posséder un athlète. En observant les autres, leurs méthodes et leurs habitudes, on peut rapidement s’améliorer.

Alfredsson aimerait passer encore plus de temps sur la patinoire, à travailler avec ses protégés au développement d’habiletés individuelles. Il n’en a jamais assez.

«Quand tu as été à leur place, tu comprends que les changements chez les joueurs ne peuvent pas survenir instantanément, à la suite d’une conversation», dit Alfredsson. «Le joueur doit effectuer des répétitions à l’entraînement. Il doit faire des répétitions pour se sentir de plus en plus à l’aise.»

«Dans d’autres situations, il arrive qu’un petit conseil lancé au bon moment fait une grosse différence», enchaîne Alfredsson. «Je dois dire qu’il est très agréable de travailler avec nos joueurs. Ils sont très faciles à diriger. Ils sont à l’écoute. C’est un autre aspect qui rend mon travail très agréable.»

Alfredsson apprécie également la complicité qui s’est installée entre les membres de l’équipe d’entraîneurs. Tous les entraîneurs qui ont été embauchés pour travailler sous Travis Green durant la saison morte ont vite trouvé leur place.

Bien conscient qu’il a beaucoup à apprendre, le Suédois se perçoit d’abord comme un spécialiste du développement des habiletés.

«J’ai trouver des solutions qui mènent au développement des joueurs, tant à l’attaque qu’en défensive. Vous savez que je me suis toujours perçu comme un spécialiste de la défensive», dit Alfredsson.

Cette affirmation, qui n’est pas nouvelle, a toujours de quoi faire sourire. Alfredsson a quand même été intronisé au Temple de la renommée au terme d’une carrière où il a obtenu 1157 points. Il occupe toujours le 58e rang du classement des meilleurs marqueurs de l’histoire de la LNH. Un seul de ses compatriotes, Mats Sundin, le devance sur cette liste.

«Quand je jouais, je détestais me retrouver sur la patinoire lorsque l’adversaire marquait un but. J’ai connu un certain succès à l’attaque, c’est vrai, mais je détestais plus que tout me retrouver sur la glace lors d’un but marqué par l’adversaire. J’accordais toujours une attention particulière à ce qu’il fallait faire pour connaître du succès face aux meilleurs joueurs sur la planète. C’est ce qui fait en sorte, à mon avis, que je peux être utile comme entraîneur, autant en défensive qu’en attaque.»

Alfredsson sait que la Confrontation des 4 nations 2025 pourrait lui apporter beaucoup. Dans un peu moins d’un an, les meilleurs hockeyeurs sur la planète seront de nouveau réunis, en Italie, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milan et Cortina d’Ampezzo.

Vingt ans après les Jeux de Turin, où il a remporté une médaille d’or tout en vivant quelques-uns des moments les plus grisants de sa carrière, il pourrait renouer avec le plus important rassemblement sportif sur la planète.

Cette possibilité lui a traversé l’esprit.

En attendant, Alfredsson se promet de profiter pleinement du tournoi qui débutera à Montréal, le 12 février, pour se terminer à Boston, huit jours plus tard.

«Je ne sais pas où tout cela va me conduire. Je ne me suis pas vraiment donné d’objectifs à très long terme», dit-il.

«Je me réjouis d’avoir obtenu cette opportunité de travailler avec tous les meilleurs joueurs qui sont originaires de la Suède. Je serai aussi bien content de travailler avec des entraîneurs qui sont aussi très doués et qui arriveront avec une perspective très différente, étant donné qu’ils ont travaillé en Suède tout au long de leurs carrières. Avec mon expérience nord-américaine et leur expertise suédoise, ça donnera un très bon mélange, je crois.»