GIBSON BADGE THIBAULT

Choix de première ronde des Nordiques de Québec au repêchage 1993 de la LNH, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est désormais propriétaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.
Personne ne tombera en bas de sa chaise en apprenant que les Ducks d'Anaheim éprouvent quelques difficultés en défensive, qui compliquent la tâche de leur gardien John Gibson. Mais les chiffres publiés par l'équipe elle-même, jeudi, ont de quoi étonner.

Le gardien de 29 ans est devenu le deuxième portier de l'histoire à surpasser la marque des 1323 arrêts à ses 40 premiers matchs de la saison - il en totalise désormais 1343. C'est une moyenne d'un peu plus de 33 arrêts par match. Le seul à avoir fait mieux? Jacques Plante avec 1396 arrêts en 1963-64.
C'est remarquable en soi pour Gibson, mais un peu moins flatteur pour les Ducks. Surtout quand on jette un rapide coup d'œil à la provenance des tirs accordés, comme sur ce graphique du site hockeyviz.com.

ANA graphique chronique Thibault

Si l'on simplifie ce tableau à sa plus simple expression, il signifie que la formation californienne accorde beaucoup trop de chances de marquer de l'enclave, au centre de la glace, à moins de dix pieds du filet. Non seulement le gardien de 29 ans fait face à une avalanche de rondelles tous les soirs, mais elles proviennent majoritairement d'endroits payants.
Pendant que tout le monde rêve à la loterie du repêchage, et à la sensation Connor Bedard, le pauvre portier paie le prix de la reconstruction entamée par son équipe.
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C'est là qu'on peut voir toute la différence entre un gardien qui joue derrière une équipe compétitive et un autre derrière une équipe qui en arrache. Parce que le nombre de tirs reçus ne veut pas tout dire. Derrière Gibson (1493), Juuse Saros (1424), des Predators de Nashville, et Connor Hellebuyck (1420), des Jets de Winnipeg, sont les deux autres hommes masqués ayant reçu le plus haut total de lancers, cette saison.
Saros affiche une moyenne de buts alloués de 2,82 et un taux d'efficacité de ,916 tandis qu'Hellebuyck excelle avec une moyenne de 2,46 et une efficacité de ,923. Rien à voir avec la moyenne de 4,01 et l'efficacité de ,900 de Gibson. Toute la différence est dans la qualité des tirs reçus.

Graphique NSH WPG chronique Thibault

Il n'y a rien de mal à recevoir beaucoup de lancers, même que ça peut être bénéfique pour un gardien, à condition que la majorité d'entre eux proviennent de l'extérieur. Au risque de me répéter, ce n'est pas exactement ce qui se produit pour Gibson et les Ducks.
L'Américain n'a d'autre choix que d'être au sommet de son art tous les soirs. S'il connaît une sortie ordinaire, ce qui arrive à tout le monde de temps à autre, il peut facilement accorder cinq ou six buts. Dans la même situation, un Saros ou un Hellebuyck pourrait s'en tirer avec trois ou quatre buts contre.
C'est la loi de la moyenne, et c'est plus risqué. C'est aussi plus taxant, mais pas nécessairement physiquement. Ne jamais avoir de marge de manœuvre en étant sous pression constante rend la constance très difficile à atteindre. Dans ce contexte, l'efficacité de ,900 de Gibson est très respectable.
Source d'inquiétudes
Maintenant, la question qu'on peut se poser est de savoir quel sera l'impact d'un jeu aussi erratique sur le noyau des Ducks à court ou moyen terme. Aussi bon soit-il, même un Connor Bedard ne pourra pas régler tous les problèmes du jour au lendemain. Surtout pas en défensive.
Les Ducks comptent sur d'excellents jeunes joueurs en attaque, mais quelle identité veut-on donner à cette formation? Il est important d'élever des jeunes de la bonne façon et de leur inculquer une culture gagnante.
Une jeune équipe comme celle-là ne sera pas parfaite, et il faut accepter de vivre avec leurs erreurs, mais il faudra tôt ou tard qu'ils montrent davantage d'engagement en défensive. On l'a vu à Montréal avec Martin St-Louis. Les Canadiens perdent plus qu'ils ne gagnent, mais quand le tapis s'est mis à glisser sous leurs pieds à la fin du mois de décembre, l'entraîneur a rapidement remis les pendules à l'heure.
D'un œil extérieur, c'est peut-être le manque de bons vétérans qui fait la différence entre le Tricolore et les Ducks. Il faut absolument que ces jeunes talentueux soient entourés par de grands frères qui leur montrent la voie à suivre et qui leur permettent d'apprendre de la bonne façon.
Quand j'ai vu Sidney Crosby aller passer un message à Trevor Zegras après un coup de sifflet, il n'y a pas si longtemps, j'ai trouvé que le message que ça envoyait était puissant. Si la vedette des Ducks était entourée par un Ryan Getzlaf ou un Corey Perry, il aurait assurément mieux agi sur la séquence.

Au lieu de ça, il a fallu que le capitaine de l'autre équipe s'en mêle. Ç'en dit beaucoup sur l'impact que peuvent avoir de bons vétérans dans un vestiaire.
\Propos recueillis par Guillaume Lepage, journaliste LNH.com*