MontembeaultDobesThibault11222025

Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

Il n’y a pas mille options qui se présentent à l’entraîneur des Canadiens de Montréal Martin St-Louis dans le dossier de ses gardiens : la solution doit venir de ses hommes masqués.

Depuis le début du mois de novembre, Samuel Montembeault et Jakub Dobes sont de toute évidence en manque de confiance. Le premier n’a pas gagné en quatre matchs (trois départs) depuis le 8 novembre (0-2-0), ayant conservé une moyenne de buts alloués de 4,48 avec un pourcentage d’arrêts de ,813. Le second montre une fiche de 0-2-2 avec une moyenne de 4,76 et un taux d’efficacité de ,820 depuis qu’il a été nommé troisième étoile du mois d’octobre dans la LNH.

Les problèmes du Tricolore devant le filet ont été particulièrement flagrants dans la défaite de 8-4 contre les Capitals de Washington jeudi. Montembeault a été retiré en début de deuxième période après avoir accordé trois buts sur 10 tirs, tandis que Dobes a cédé quatre fois sur 25 lancers en relève. Les deux ont laissé passer des tirs qu’ils aimeraient certainement revoir.

À mes yeux, les Canadiens doivent éviter de paniquer. Il est trop tôt pour changer de plan, encore plus pour tendre une perche à un gardien inexpérimenté comme Jacob Fowler ou même envisager une transaction.

Montembeault et Dobes n’ont d’autre choix que de braver la tempête et de trouver des solutions en jouant régulièrement. Avec un calendrier condensé – conséquence d’une année olympique – le Tricolore n’a pas le luxe d’offrir une pause à l’un ou l’autre de ses gardiens pour qu’il retrouve ses repères.

Comment faire, dans ce cas? À mon avis, les portiers du CH doivent revenir à la base. Ça peut paraître simpliste, mais quand tu te compliques la vie et que tu penses à trop d’éléments à la fois, c’est là que les choses dérapent.

Je suis convaincu que dans les prochains jours, l’entraîneur des gardiens Éric Raymond va ramener ses gardiens aux principes fondamentaux. Comme gardien, tu veux t’assurer que ton positionnement est bon, que tu bats la passe devant toi, que tu es bien en place au moment du lancer et que ton corps est centré sur la rondelle.

Dans le match de jeudi, j’ai trouvé que les gardiens des Canadiens étaient un peu plus réactifs que proactifs. J’aimerais les voir plus affamés, plus alertes, et défier les tireurs adverses au haut de leur demi-cercle. On sent qu’ils sont un peu à la traîne sur certains jeux. Et ce n’est pas une critique : c’est simplement la réalité des gardiens qui manquent de confiance. Je l’ai déjà vécu au cours de mes 14 saisons dans la LNH.

À l’inverse, Montembeault et Dobes ne doivent pas tomber dans le piège de vouloir trop en faire. Quand les victoires se font rares, un gardien ne doit surtout pas commencer un match en se disant qu’il doit se jeter partout, si je peux le dire ainsi. Ça ne fait qu’empirer les choses. Un gardien a besoin de repères simples et clairs auxquels s’accrocher.

Au-delà du retour à la base, on doit aussi faire confiance au processus. Si tes méthodes sont bonnes, les résultats vont finir par revenir. Parfois, ça ne prend pas grand-chose : un arrêt clé, une bonne séquence de quelques minutes ou un bon match peut relancer un gardien.

Les Canadiens pourront utiliser les entraînements pour aider à rebâtir la confiance de leurs gardiens. Il n’y a rien comme une situation de match, mais tu dois retrouver des sensations positives à l’entraînement. Quand tout va bien, tu utilises ces séances pour fignoler quelques détails et pour gérer le repos. Dans le cas de Montembeault et Dobes, il faut profiter de ce temps pour bâtir sur des éléments positifs.

C’est certain que Raymond aura beaucoup de pain sur la planche parce qu’il doit parvenir à relancer deux gardiens en même temps, mais c’est possible. Idéalement, un de tes deux gardiens joue bien, et l’équipe peut miser sur lui pendant qu’elle prend plus de temps avec l’autre. Ce n'est pas le cas présentement, et le Tricolore n’a pas le luxe du temps. D’où l’importance de revenir à la base, à des correctifs rapides, sans tout changer de A à Z.

La tempête parfaite

Personne ne peut nier que les gardiens ne livrent pas la marchandise, mais l’équipe doit aussi mieux jouer devant eux. C’est le message qu’a martelé St-Louis après la rencontre de jeudi en mentionnant que ses troupiers étaient revenus à de mauvaises habitudes qu'ils avaient il y a 13 ou 14 mois.

J’ai dit que les gardiens doivent revenir à la base, mais c’est vrai pour toute l’équipe. Il y a des piliers collectifs qui doivent être respectés, comme bien jouer dans les cinq premières et dernières minutes d’une période et éviter les revirements aux deux lignes bleues. Ce sont des éléments fondamentaux du hockey que les Canadiens n’appliquent pas toujours par les temps qui courent.

Oui, les gardiens ne font pas le travail, mais le Tricolore joue aussi avec le feu devant eux. Ajoutez à ça les blessures à long terme qui affligent les attaquants Alex Newhook et Kirby Dach ainsi que le défenseur Kaiden Guhle, et vous obtenez la tempête parfaite.

C’est sans compter que les Canadiens se sont récemment mesurés à des équipes plus imposantes physiquement. Il faut le dire, ils ont de la difficulté contre de telles formations. Ces affrontements ont mis en lumière quelques lacunes chez le CH, et c’est pourquoi je refuse de tout mettre sur le dos des gardiens.

Une situation rarement vue à Winnipeg

On a appris vendredi que les Jets de Winnipeg vont devoir se débrouiller sans les services de Connor Hellebuyck, qui sera opéré à un genou et ratera quatre à six semaines d’activités. C’est une situation à laquelle les Jets ont rarement été confrontés depuis que l’Américain de 32 ans évolue dans la LNH.

J’ai hâte de voir comment les Jets vont réagir à la perte d’un de leurs joueurs les plus importants et comment Eric Comrie se débrouillera en relève. Pour la première fois de sa carrière, le portier de 30 ans est propulsé dans la chaise de numéro un. Dans l’ombre de Hellebuyck, Comrie a connu beaucoup de succès au cours des deux dernières campagnes lorsqu’on a fait appel à lui.

Je me demande aussi si cette blessure ne pourrait pas représenter un mal pour un bien. Au cours des trois dernières saisons, Hellebuyck a été le gardien le plus sollicité de la LNH (187 matchs). Il n’a jamais obtenu moins de 60 départs en une campagne et il arrivait souvent en séries éliminatoires essoufflé, avec des performances qui n’étaient pas à la hauteur des attentes.

Peut-être que ce repos forcé lui permettra de briller au moment le plus important. On aura la réponse dans quelques mois.

*Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com