Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition met en vedette l'entraîneur-chef des Pats de Regina John Paddock.
Tête-à-tête avec... John Paddock
L'entraîneur des Pats de Regina nous parle de la réalité de diriger Connor Bedard

© Keith Hershmiller, Regina
REGINA, Sask. - Même après trois saisons à le diriger, John Paddock n'arrive pas à trouver les mots pour décrire l'impact qu'a eu Connor Bedard avec les Pats de Regina de la Ligue de hockey de l'Ouest (WHL).
« C'est un phénomène que tu ne vois passer qu'une fois dans ta vie, et je peux dire que je n'ai jamais vu un autre joueur de la trempe de Connor au niveau junior dans mes années de coaching », a souligné l'entraîneur-chef de 68 ans, qui dirige les Pats depuis neuf saisons.
« Il va répondre à toutes les attentes. Et quelles sont ces attentes? Qu'il devienne un joueur générationnel, peu importe ce que ça représente. Vous n'avez qu'à regarder le Championnat mondial junior, lors duquel il a amassé 23 points. Connor McDavid et Sidney Crosby avaient récolté 11 et neuf points (respectivement) lors de leur dernier Mondial junior. »
Paddock est dans le monde du hockey depuis cinq décennies, avec des arrêts comme joueur, entraîneur et directeur général dans la Ligue de hockey de l'Ouest, la Ligue américaine de hockey et la LNH.
La folie autour de McDavid n'est pas sans lui rappeler d'autres joueurs marquants.
« Il est sur la bonne voie, a dit Paddock avec un sourire. J'ai dirigé Teemu Selanne lors de son année recrue dans la LNH (Jets de Winnipeg, 1992-93) et il avait marqué 76 buts. Daniel Alfredsson (2005-08) et Zdeno Chara (2005-06), quand j'étais avec les Sénateurs d'Ottawa, étaient toujours concentrés sur ce qu'ils avaient à faire. Sa carrière sera à un niveau incroyable et folle à voir, même si je ne serai peut-être plus en vie dans 20 ans quand elle sera terminée.
Comment décrirais-tu Bedard comme leader?
« Il tire tout le monde vers le haut naturellement. Ils voient sa routine, ses habitudes, et ils l'imitent. Comme joueur de 17 ans, je le trouve calme et respectueux, mais c'est un capitaine, et les capitaines n'ont habituellement pas 17 ans. Sam Steel (Wild du Minnesota) a été un de nos meilleurs joueurs et il n'est devenu capitaine qu'à sa dernière saison à Regina (2017-18). Connor n'est pas quelqu'un de vocal, mais il a le respect de tout le monde grâce à sa manière de s'entraîner, de jouer, de se préparer. Pour moi, c'est une grande source de leadership et il le fait mieux en ce moment que jamais. »
Quel est son meilleur atout offensif entre son tir et son intelligence?
« Tout le monde pense que c'est son tir, il a travaillé dessus pendant tellement longtemps. Mais je pense que sa vision du jeu et son habileté à réussir des jeux sont tout aussi bons. En trois saisons à Régina, son nombre de buts (121) et de passes (126) sont plutôt égaux, ce qui en dit beaucoup. Et il envoie aussi un message lorsqu'il utilise son tir pour en marquer deux ou trois par rencontre. À mon avis, c'est similaire, parce qu'il peut réussir tant de jeux. »
Lorsque vous faites des sessions de visionnement vidéo, est-ce que Bedard insiste pour travailler sur un aspect précis?
« Pour tout joueur de ce niveau, s'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans son jeu, il veut en parler. Mais il est à un tel niveau que c'est difficile à expliquer. Nous avons discuté avec lui de la façon de jouer sans la rondelle, et même s'il ne veut pas absolument voir des séquences sur ce sujet, il veut tout de même comprendre où il pourrait être sur la glace offensivement. Il veut savoir pourquoi et comment le jeu évolue si quelque chose ne fonctionne pas. C'est une question de situations et des stratégies de l'équipe adverse pour l'affronter. Dernièrement, lors d'un avantage numérique, les équipes placent trois gars près de lui. On tente de lui dire de prendre ce qu'on lui offre, mais ce n'est pas si facile parce que tu n'as qu'une ou deux secondes pour réagir. S'il y a trois gars sur toi, il faut automatiquement qu'il y ait un gars libre près du filet, probablement à l'embouchure plutôt que devant le filet. Il veut comprendre pourquoi certaines choses ne fonctionnent pas, et ce qu'il devrait faire de différent. Ça varie selon les circonstances.
Perçois-tu un côté plus mordant dans son jeu dont on ne parle peut-être pas suffisamment?
« Je l'ai vu donner des mises en échec épaule à épaule plusieurs fois. Il est très compétitif, point final. Il n'a pas peur du jeu physique. Il n'a pas peur de se salir le nez avec l'intention de causer une pénalité ou encore de distribuer une mise en échec. Il est très frustré lorsqu'on ne bat pas certaines équipes, ou que nous n'avons pas assez bien joué pour gagner. Ça ne le frustre pas de jouer physique. »
Photos: Keith Hershmiller, Regina

















