Sergei Fedorov for number retired Jan 12 26

DETROIT — Les Red Wings de Detroit retireront le numéro 91 de Sergei Fedorov lundi. Pour certains, cet hommage aurait dû être fait il y a longtemps, alors que d’autres croyaient que ce jour ne viendrait jamais. Quoi qu’il en soit, ce sera un moment spécial pour l’équipe, les partisans et Fedorov lui-même.

Fedorov verra son numéro hissé dans les hauteurs du Little Caesars Arena avant un match contre les Hurricanes de la Caroline (19 h HE; FDSNDET, FDSNSO), un clin d’œil approprié compte tenu de l’importance qu’il occupe dans l’histoire de Detroit.

« Detroit, c'est ma maison », a dit Fedorov quelques heures avant la cérémonie.

Les Red Wings avaient repêché le joueur de centre en quatrième ronde (74e) du repêchage de la LNH de 1989, à une époque où plusieurs équipes hésitaient à sélectionner des joueurs de l’Union soviétique, croyant qu’il serait impossible de les faire venir en Amérique du Nord.

Dans une histoire digne d’un roman d’espionnage, les Red Wings ont aidé Fedorov à faire défection en 1990. Il est ensuite devenu un membre clé du célèbre Russian Five et a contribué aux conquêtes de la Coupe Stanley en 1997, 1998 et 2002. Il a remporté le trophée Hart à titre de joueur le plus utile de la LNH en 1994, en plus du trophée Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la Ligue en 1994 et 1996.

Même si de nombreux grands joueurs se sont succédé au fil des ans à Detroit, Fedorov demeure le seul à avoir remporté le trophée Hart avec les Red Wings depuis que Gordie Howe l’a gagné pour la sixième et dernière fois en 1963.

Les Red Wings espéraient que Fedorov passerait toute sa carrière à Detroit, comme l’ont fait ses coéquipiers Nicklas Lidstrom et Steve Yzerman. Mais c’est ici que la situation se complique : Fedorov a choisi de partir — non pas une, mais deux fois.

Après avoir remporté la Coupe en 1997, Fedorov a décidé de ne pas se rapporter aux Red Wings, lui qui était joueur autonome avec compensation, et a raté les 59 premiers matchs de la saison 1997-1998. Il a ensuite signé une offre hostile de six ans et 38 millions $ avec les Hurricanes de la Caroline, alors propriété de Peter Karmanos, un rival du propriétaire des Red Wings Mike Ilitch. Detroit a égalé l’offre, ce qui a forcé l’équipe à verser à Fedorov un total de 28 millions $ en salaire et en bonis cette saison-là. Fedorov a aidé les Red Wings à remporter un deuxième championnat.

Après que Detroit eut défait la Caroline en finale de la Coupe Stanley en 2002, Ilitch a personnellement offert à Fedorov un contrat de cinq ans de 50 millions $ durant la saison 2002-2003. Fedorov a refusé. Puis, après que les Red Wings eurent été balayés par les Mighty Ducks d’Anaheim en première ronde des séries en 2003, l’équipe lui a proposé un contrat de quatre ans et 40 millions $. Encore une fois, Fedorov a décliné.

Ilitch avait comparé sa relation avec Fedorov à celle entre un homme et une femme.

« Parfois, l’un aime l’autre un peu plus, et on croit que la relation est plus proche et plus solide qu’elle ne l’est vraiment, » avait affirmé Ilitch à l’époque. « J’ai toujours pensé que nous étions très proches. »

Fedorov a finalement signé un contrat de cinq ans et 40 millions $ avec Anaheim le 19 juillet 2003 à titre de joueur autonome sans compensation. Plusieurs pensaient alors qu’il avait accepté moins d’argent afin de sortir de l’ombre de Yzerman, alors capitaine de Detroit et aujourd’hui directeur général.

« Je pense qu’il voulait sa propre équipe, » avait dit l’ancien gardien des Red Wings Chris Osgood à l’époque, alors qu’il évoluait avec les Blues de St. Louis. « Il ne le dira jamais, mais je crois que c’est ce qu’il ressentait. »

Lors d’une entrevue accordée avant son intronisation au Temple de la renommée du hockey le 3 novembre 2003, Ilitch avait confié qu’il s’ennuyait de Fedorov. Il se souvenait notamment de la façon dont les Red Wings l’avaient aidé à faire défection, et du fait que Fedorov avait même vécu chez sa fille Denise pendant quelques mois par la suite.

« Il y a un lien spécial en raison de tout ça, et aussi parce que la Caroline a tenté de nous l’enlever une fois et que nous avons dû débourser 28 millions $ pour le garder ici, » avait dit Ilitch. « J’espère qu’un jour, on le reverra ici. »

Lors du match retour de Fedorov à Detroit, les partisans l’ont hué chaque fois qu’il touchait à la rondelle et ont applaudi lorsqu’il perdait ses mises en jeu, lors d’une victoire de 7-2 des Red Wings au Joe Louis Arena le 3 décembre 2003. Les huées ont été particulièrement bruyantes lorsqu’il a marqué contre son ancienne équipe, qui venait tout juste d’être balayée en séries par sa nouvelle.

Fedorov a poursuivi sa carrière avec les Mighty Ducks, les Blue Jackets de Columbus, les Capitals de Washington et le Metallurg Magnitogorsk de la Ligue continentale de hockey, mais il a toujours gardé une résidence à Detroit et y revenait pendant la saison morte.

Avec le temps, il en a davantage pris conscience.

En 2012-2013, alors qu’il était directeur général du CSKA de Moscou dans la KHL, l’équipe dont il avait autrefois fait défection, son bureau contenait peu de souvenirs de sa carrière. Mais il y avait une photo encadrée le montrant aux côtés d’Ilitch le soir où il avait remporté les trophées Hart et Selke.

« Detroit représente une période immense de ma vie », avait-il dit alors.

Le temps a passé. Ilitch est décédé le 10 février 2017. Son épouse Marian a célébré ses 93 ans le 7 janvier. Leur fils Chris est aujourd’hui chef de la direction d’Ilitch Companies, et c’est lui qui a annoncé à Fedorov que les Red Wings allaient retirer son numéro.

Fedorov a émis un commentaire marquant lors d’une entrevue diffusée par les Red Wings sur les réseaux sociaux.

« J’ai pris une mauvaise décision en quittant, » a admis Fedorov. « Ce n’est pas tant le fait d’être parti, mais tout l’aspect affaires autour de ça. Je le regrette. De loin, c’est mon plus grand regret — et probablement le seul. J’aurais dû rester avec les Red Wings le plus longtemps possible. Mais comme on dit, tant que tu n’essaies pas, tu ne sais pas. »

Maintenant, l’enfant prodigue est de retour pour une soirée qui sera sous le signe de l’amour. Même s’il a quitté Detroit après 13 saisons, Fedorov occupe toujours le quatrième rang de l’histoire des Red Wings pour les buts (400), le septième pour les passes (554) et le sixième pour les points (954). En séries éliminatoires, il se classe au cinquième rang pour les buts (50), au troisième pour les passes (113) et au troisième pour les points (163).

D’une certaine façon, Mike Ilitch a vu son souhait se réaliser. Les Red Wings ont retrouvé Fedorov, et maintenant, le numéro 91 restera à jamais suspendu dans les hauteurs de l’aréna.

« Detroit, c’est chez moi, a rappelé Fedorov. Ça l’a toujours été, peu importe où je me trouvais. Je le jure devant Dieu. Chaque fois que j’atterrissais à Detroit, je me sentais soulagé. Je respirais différemment, et j’appréciais cette sensation à chaque arrivée. »

Il a pris une pause, puis a répété ses mots pour insister.

« Detroit, c’est chez moi », a-t-il conclu.