Worsley Stubbs badge

Roberto Luongo savait il y a 20 ans qu’il venait de s’installer très haut sur la liste du plus grand nombre d’arrêts réalisés par un gardien en une saison, lorsque cette statistique un peu obscure lui a été énoncée. Aujourd’hui, il imagine ce qu’a eu à affronter le regretté Lorne « Gump » Worsley, qui est probablement intouchable aux deux premiers rangs de cette liste, et il ne peut que secouer la tête.

« Ça semble épuisant, non? », a demandé Luongo au cours d’une récente conversation.

La LNH a commencé à comptabiliser les arrêts à titre de catégorie statistique au début de la saison 1955-56. C’est au cours de cette saison que Worsley, qui défendait le filet des Rangers de New York, dont la défensive était plutôt poreuse, a repoussé 2376 des 2574 tirs qu’il a affrontés. Il avait alors disputé la totalité des 70 rencontres de la saison.

Worsley est donc automatiquement devenu le meneur de l’histoire de la LNH pour le nombre d’arrêts réussis, en plus d’afficher un impressionnant pourcentage d’arrêts de ,923. Soixante-huit ans plus tard, il trône toujours au premier rang de ce classement, et celui qui s’est le plus approché de son record est lui-même, en 1962-63 avec 2306 arrêts (,914).

Luongo, avec les Panthers de la Floride en 2003-04, a devancé Eddie Johnston des Bruins de Boston de 1963-64, au troisième rang avec 2303 arrêts en 72 parties (,931).

NHL Worsley Luongo action

Roberto Luongo en action en 2003-04 avec les Panthers de la Floride.

Johnston, qui a été en 1963-64 le dernier gardien de la LNH à disputer chaque minute de chaque match d’une saison, a réalisé 2243 arrêts au cours des 70 rencontres de Boston, 19 de plus que Jacques Plante en 65 parties cette saison-là avec les Rangers. Plante occupe aujourd’hui le sixième rang.

Luongo a suivi sa performance mémorable de 2003-04 avec une saison de 2275 arrêts en 75 matchs au cours de la saison 2005-06 qui a suivi le lock-out. 

Worsley et Johnston sont les deux seuls gardiens avec des performances dans le top-10 de ce classement à avoir disputé ces saisons sans masque.

« Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas comment ils ont pu faire ça sans masque, s’est émerveillé Luongo au sujet de ses prédécesseurs. La rondelle pouvait être soulevée, être déviée, toutes sortes de choses peuvent se produire autour du filet. Même avec un masque, avec la manière dont ce sport est pratiqué aujourd’hui, je ne pense pas revoir un tel nombre d’arrêts. »

En effet, le dernier gardien à s’être glissé dans le top-10 de ce classement est Cam Ward en 2010-11, alors qu’il a stoppé 2191 rondelles en 74 parties, ce qui lui a valu le huitième rang de l’histoire.

Juuse Saros des Predators de Nashville a réalisé plus d’arrêts que tous ses collègues la saison dernière avec 1928 en 64 matchs, un total qui le place au 56e rang de l’histoire de la LNH.

« La position de gardien est tellement exigeante, on ne voit plus de gars disputer 70 ou 75 matchs aujourd’hui, a noté Luongo. Il y a tellement de bons gardiens de nos joueurs, plusieurs équipes misent sur deux bons cerbères, et n’ont donc pas peur d’utiliser leur auxiliaire. Je ne pense pas que nous allons revoir ce type de chiffres sous peu. »

NHL Worsley Plante

Le gardien des Rangers de New York Jacques Plante en action contre le défenseur de Toronto George Armstrong, tandis que le défenseur Jim Neilson lui vient en aide dans un match de 1963-64 au Maple Leaf Gardens.

Les 65 matchs de Plante représentent le total le moins élevé parmi tous ceux qui occupent les 10 premières places du classement. Avec 77 matchs avec les Blue Jackets de Columbus en 2002-03, Marc Denis (neuvième rang) a été le plus gardien comptant le plus de parties.

« Soixante-dix-sept matchs. C’est fou », lancé Luongo.

Six des gardiens qui font partie du top-10 de cette liste sont originaires du Québec: Worsley, Luongo, Johnston, Plante, Félix Potvin (septième) avec les Maple Leafs de Toronto de 1996-97 et Denis.

Worsley avait donc probablement raison quand il a répondu « les Rangers » lorsqu’il lui a été demandé quelle équipe lui avait donné le plus de problèmes au cours de la décennie qu’il a passée à New York.

Au cours de sa saison historique en 1955-56, « Gumper » a affronté au moins 40 tirs au cours de 23 rencontres, et au moins 35 rondelles à 47 occasions, avec une moyenne de 33,9 lancers par matchs.

Contre toute attente, Worsley a signé quatre jeux blancs (de 42, 36, 37 et 38 arrêts), dont deux consécutifs contre les Bruins, grâce à 36 arrêts à domicile le 23 novembre, puis 37 le soir suivant à Boston. Il a blanchi l’adversaire pendant une séquence de 191:12.

Son plus haut total d’arrêts en un match a été de 50 dans un gain de 4-2 sur la route contre les Black Hawks de Chicago le 6 novembre.

Gordie Howe des Red Wings de Detroit a été le meilleur pointeur de la ligue contre Worsley en 1955-56 avec 16 points (huit buts, huit passes) en 14 parties. Maurice Richard des Canadiens de Montréal en a récolté 15 (neuf buts, six passes), tout comme son coéquipier Jean Béliveau (huit buts, sept passes), eux aussi en 14 rencontres.

Si Luongo savait où il se situait par rapport au nombre de rondelles arrêtées dans ce déluge de caoutchouc, il ne savait toutefois pas à quel point il avait été bon au cours de la campagne qui lui a valu le troisième rang. Son pourcentage d’arrêts de ,931 n’a été surpassé que par trois gardiens qui ont percé le top-100, et par seulement ,001, soit par Dominik Hasek en 72 matchs pour les Sabres de Buffalo de 1997-98 (24e rang); par Bernard Parent en 73 matchs avec les Flyers de Philadelphia en 1973-74 (87e rang); et par Tony Esposito en 63 rencontres avec les Black Hawks en 1969-70 (92e rang).

Luongo, qui est aujourd’hui conseiller spécial au directeur général des Panthers Bill Zito, a réalisé sept blanchissages en 2003-04, le cinquième plus haut total dans la LNH cette saison-là. Celui qui a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 2022 a été le seul gardien cette saison-là à réussir plus d’un match d’au moins 50 arrêts. Il a stoppé exactement 50 rondelles contre le Lightning de Tampa Bay puis contre les Islanders de New York. Son temps d’utilisation de 4251:42 lui a valu le troisième rang.

NHL Worsley Luongo portrait

Roberto Luongo avec les Panthers de la Floride au cours de la saison 2003-04.

Il a affronté au moins 40 tirs à 14 occasions, et a conservé une fiche de 6-0-4 au cours de ses 10 derniers matchs de 40 lancers ou plus, avec un pourcentage d’arrêts de ,961, en plus de réussir un blanchissage de 42 arrêts. C’est au cours de cette séquence qu’il a connu ses deux parties de 50 arrêts.

L’éreintante saison 2005-06 de 75 matchs de Luongo lui vaut une égalité au cinquième rang de l’histoire de la LNH pour le nombre de matchs disputés en une saison. Une catégorie qui est dominée par la première idole de jeunesse de Luongo, Grant Fuhr, qui a disputé 79 parties avec les Blues de St. Louis en 1995-96.

Worsley a disputé son dernier match dans la LNH en 1973-74, plus de 25 ans avant la première partie de Luongo avec les Islanders en 1999-00. Gagnant du trophée Calder en 1952-53 à titre de recrue par excellence de la LNH, quatre fois gagnant de la Coupe Stanley (1965, 1966, 1968 et 1969) et deux fois gagnant du trophée Vézina à titre de meilleur gardien en 1967 et 1968, le Gumper a été intronisé au Temple de la renommée en 1980, quelques mois après le premier anniversaire de Luongo.

« Je n’ai jamais vu "Gump" jouer, mais je connais son nom, et il a toujours été mentionné parmi les plus grands de tous les temps », a souligné Luongo.

Photo principale: Gump Worsley plonge pour stopper un tir de Earl Balfour (24) au cours d’un match en janvier 1956 au Maple Leaf Gardens. Turofsky/Hockey Hall of Fame