LARYS BADGE LEPAGE

Ça faisait déjà quelques années que Jan Larys s’était fait à l’idée qu’il allait, un jour ou l’autre, devoir quitter la Tchéquie et le nid familial pour s’approcher de son but ultime de jouer dans la LNH.

Plus jeune, en jouant à la maison avec son frère, le gardien s’était imaginé dans les patins de ses compatriotes Ondrej Pavelec, Petr Mrazek et Lukas Dostal. Ce n’était alors qu’un rêve lointain. Mais vers l’âge de 14 ans, il a réalisé qu’il pouvait réellement aspirer à suivre leurs traces.

« C’est à cet âge que j’ai un peu réalisé que je pouvais probablement faire quelque chose de ma carrière, a lancé celui qui défend le filet des Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ. Avant ça, je n’aurais jamais pu imaginer que j’en serais rendu à ce stade-ci. »

Le jeune homme de 17 ans en est à son année d’admissibilité au repêchage de la LNH, et il est classé au quatrième rang des gardiens nord-américains sur la liste de mi-saison du Bureau central de dépistage. Sa brillante première saison avec les Voltigeurs y est pour beaucoup.

Larys s’est rapidement bâti une solide réputation, malgré une adaptation un peu plus compliquée que ce qu’il avait anticipé quand il a fait ses valises pour Drummondville, l’été dernier.

« Les premières semaines ont été difficiles pour moi, a confié le portier de 6 pieds 3 pouces et 168 livres. J’ai toujours joué pas loin de chez moi, à Ostrava. J’ai toujours habité avec ma mère ou avec mon père. C’est assez bizarre de se retrouver dans un autre pays, chez des gens que tu ne connais pas, du jour au lendemain.

« J’appelais à la maison tous les jours, et ç’a fait en sorte que j’ai développé un certain mal du pays. Sans le personnel des Voltigeurs, les joueurs et ma famille de pension, ç’aurait été encore plus dur. »

Sylvain Favreau était au courant que son gardien filait un mauvais coton. La communication est à la base de ce que le directeur général Yanick Lemay et lui ont instauré depuis qu’ils ont pris la barre des Voltigeurs, il y a trois saisons. Il s’est assuré que la recrue se mêle bien au reste de son groupe.

Son intégration est même passée par une sortie à un match de baseball du Brock de Drummondville avec quelques-uns de ses coéquipiers – une idée parfaite pour s’immerger dans la culture locale.

« On se préoccupe de nos joueurs, et on communique beaucoup, a expliqué Favreau. C’est du travail quand tu as 35-40 joueurs au camp des recrues. C’est facile de ne pas prendre le temps. Mais pour nous, c’est important d’apprendre à les connaître et de faire des suivis avec eux, avec leur entourage.

« Je sens que les joueurs et le personnel l’ont beaucoup aidé là-dedans et j’en suis fier. Aujourd’hui, je pense qu’il est vraiment ailleurs et qu’il a été en mesure de battre cette adversité. »

Le plus impressionnant dans tout ça, c’est que les moments difficiles que Larys vivait à l’extérieur de la patinoire ne se sont jamais transposés dans son rendement. Il a rapidement pris la pole devant le filet, et il affiche une moyenne de buts alloués de 2,81 et un taux d’efficacité de ,909 après 23 matchs.

« Parfois, le hockey peut agir comme une échappatoire, a souligné Favreau avec justesse. Sur la glace, c’est là qu’il se sent le plus à l’aise. C’est ce qu’il connaît, même dans un autre pays. »

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Jan Larys est classé au quatrième rang chez les gardiens nord-américains sur la liste de mi-saison du Bureau central de dépistage en vue du prochain repêchage

L’art de convaincre

La constance affichée par Larys n’est assurément pas étrangère au fait que les Voltigeurs (27-13-5) trônent au sommet de l’Association de l’Ouest de la LHJMQ et qu’ils présentent la quatrième meilleure défensive du circuit, à égalité avec deux autres équipes.

« Je crois en mes moyens, a assuré Larys. Je ne veux pas dire que je savais que j’allais bien faire, mais je savais que ç’allait bien se passer si je jouais à ma façon. J’ai entendu plusieurs choses sur notre équipe. Les gens ne s’attendaient pas à ce qu’on soit aussi bons cette année. C’est un bon sentiment à avoir. »

Pas mal, pour un gardien à qui l’on n’avait rien promis à son arrivée. Avant le début de la saison, l’état-major jonglait encore avec l’idée de confier le filet à Louis-Félix Charrois, un vétéran de 20 ans. Favreau a rapidement compris que le jeune Tchèque pourrait effectuer le travail.

« Je me rappelle avoir texté Yanick (Lemay) dès son premier entraînement, a raconté Favreau. C’était encore le camp des recrues, mais Jan est resté sur la glace pour l’entraînement des vétérans – il y avait aussi des anciens comme Justin Côté et Ethan Gauthier. Dès les premiers lancers, j’ai vu qu’il avait l’air d’un gardien.

« Il l’a ensuite prouvé dans les matchs préparatoires et ça s’est juste poursuivi pendant la saison régulière. C’est le fun de voir le chemin qu’il a parcouru. Il a eu une adaptation qui va faire de lui une meilleure personne, et un meilleur gardien à l’avenir. S’il veut avoir une carrière professionnelle, il va devoir repasser par là. »