Patrick Roy avait déjà dit que la conquête de la Coupe Stanley des Canadiens de Montréal en 1993 était une récompense non pas pour la meilleure équipe de la LNH, mais pour celle qui avait le mieux joué quand ça comptait le plus.
Plus ça avance, plus les Canadiens attirent les comparaisons avec 1993
Montréal profite de son statut de négligé et de la prestation d'un gardien tout feu tout flamme

Aujourd'hui, alors que les Canadiens prendront part à Finale de la Coupe Stanley pour la première fois en 28 ans, l'opinion du légendaire gardien à propos du dernier championnat de Montréal s'adapte à l'édition actuelle de l'équipe.
« Les Canadiens n'ont pas toujours eu la meilleure équipe, mais ils ont toujours compté sur une équipe qui est prête à travailler et à mettre les efforts pour gagner », avait mentionné Roy à LNH.com en 2018 à l'occasion du 25e anniversaire du dernier titre.
« C'est ce que nous avons fait (pour gagner la Coupe) en 1986 et en 1993. Nous n'avions pas l'équipe la plus talentueuse, mais nous comptions sur un groupe de joueurs qui étaient prêts à tout donner soir après soir et à faire tout ce que ça prenait pour gagner. »
En effet, les Canadiens avaient reçu une contribution plutôt inattendue de la part de tous les joueurs dans ce parcours jusqu'à la conquête de la Coupe Stanley, et Roy avait été sensationnel. Cette année, Montréal compte sur une équipe équilibrée, et Carey Price est tout simplement exceptionnel devant le filet.
Les Canadiens ont remporté trois matchs sans lendemain contre les Maple Leafs de Toronto, les deux premiers en prolongation, avant d'avoir le dessus dans le match no 7. Un balayage en quatre parties contre les Jets de Winnipeg s'en est suivi au deuxième tour, puis Montréal a accédé à la Finale en défaisant les Golden Knights de Vegas en six matchs en demi-finale.
Il y avait une concentration sans pareille et une confiance inébranlable en 1993 - comme en ce moment - chez les joueurs des Canadiens, qui avaient amorcé les séries dans le rôle des négligés.
Les Canadiens de 1992-93 avaient terminé au troisième rang parmi les quatre équipes se qualifiant pour les séries dans la section Adams, derrière les Bruins de Boston et les Nordiques de Québec. Ils avaient remporté quatre de leurs 10 derniers matchs de saison régulière, et Roy avait perdu ses cinq derniers départs, ne laissant rien présager de bon pour les séries.
La première ronde contre Québec avait mal commencé, alors que Montréal avait baissé pavillon en prolongation dans le match no 1 puis dans le match no 2. Mais les Montréalais s'étaient ressaisis au Forum en remportant le match no 3 en prolongation puis le match no 4.

Jacques Demers, qui dirigeait l'équipe, s'était souvenu du match no 5 à Québec comme du moment tournant des séries. Roy avait dû retraiter au vestiaire tôt en deuxième période après avoir reçu un puissant lancer près de l'épaule. Le réserviste André Racicot s'était amené en relève, et la marque était de 3-3 après 40 minutes de jeu. Roy s'était rendu dans le bureau de Demers pendant l'entracte avec un sac de glace sur l'épaule pour lui dire qu'il était prêt à revenir.
Il a repris sa place devant le filet, a stoppé 14 des 15 tirs dirigés vers lui en troisième période et cinq en prolongation, puis a joué les 15 matchs suivants.
« La performance la plus courageuse que je n'ai jamais vue », a déclaré l'attaquant Mike Keane.
Les Canadiens l'ont emporté 5-4 grâce au but de Kirk Muller en surtemps, puis ont mis un terme à la série avec une victoire de 6-2 deux jours plus tard au Forum.
Un balayage en quatre matchs contre les Sabres de Buffalo en deuxième ronde s'en est suivi, chaque fois par la marque de 4-3, en prolongation dans les matchs no 2 et 4. Les Canadiens ont ensuite eu besoin de cinq matchs pour éliminer les Islanders de New York, les matchs no 2 et 3 nécessitant du temps additionnel.
La série finale contre les Kings de Los Angeles a pris fin au Forum avec le cinquième duel. Les Canadiens ont remporté les matchs no 2 et 4 en prolongation, ce qui leur a permis d'établir un record de la LNH avec 10 victoires consécutives en prolongation en séries.
« Il y a des choses qu'on chérit pour le reste de notre vie, a affirmé Demers durant la célébration. Je leur ai fait croire en eux-mêmes. Ils l'ont fait, et ils méritent le crédit. »
Il y a cinq ans, Demers se remémorait la victoire et riait.
« J'ai hâte au jour où les Canadiens vont en gagner une autre afin qu'on ne parle plus de moi comme le dernier entraîneur à Montréal à avoir remporté la Coupe Stanley », avait-il dit.
Le triomphe de 1993 marquait la 17e et dernière fois que la légende des Canadiens Jean Béliveau, qui allait prendre sa retraite à peine trois mois plus tard en tant que vice-président de l'équipe, voyait son nom être gravé sur la Coupe Stanley - 10 fois en tant que joueur, sept de plus en tant que gestionnaire.

Il y avait beaucoup de mérite à offrir, et Demers a toujours su le rendre aux autres. Le populaire entraîneur a reçu une ovation debout de la part des partisans au Centre Bell lors du match d'ouverture local en 2018-19, alors que l'équipe célébrait le championnat de 1993.
« La force de cette équipe des Canadiens était que nous avions plusieurs joueurs de caractère », a dit Demers au Journal de Montréal en 2013, à l'occasion du 20e anniversaire du titre. « Nous avions évidemment Patrick Roy, le meilleur gardien de la Ligue, et Guy Carbonneau, un capitaine exceptionnel. Mais nous avions aussi des leaders remarquables comme Mike Keane et Kirk Muller. »
Demers avait également louangé les efforts du directeur général de l'époque Serge Savard, qui avait procédé à des échanges l'été précédent pour acquérir les attaquants Vincent Damphousse et Brian Bellows. Les deux ont marqué un total combiné de 79 buts en 1992-93, avant d'en ajouter 17 en séries.

Certains pourraient établir un parallèle avec Price, le capitaine Shea Weber, le leadership apporté par Corey Perry et Eric Staal, et le DG Marc Bergevin, qui a mis sur pied cette saison une équipe composée de vétérans qui soutiennent d'excellents jeunes joueurs.
Si Demers a toujours donné le crédit aux autres, Roy a dit que son entraîneur avait joué un rôle crucial envers l'équipe et envers lui.
« Du premier jour jusqu'à la toute fin, Jacques a vraiment cru en nous, a dit Roy. Il nous a soutenus sans relâche.
« Je n'avais pas très bien joué en saison régulière et je n'avais pas été très bon lors des deux premiers matchs à Québec. Jacques est venu me voir et m'a dit : "Je vais vivre et mourir avec toi." Ça m'a vraiment mis en confiance. Ça m'a également enlevé de la pression en ce sens que je savais que je devais performer.
« Je devais jouer de gros matchs parce que l'équipe jouait tellement bien. Les gars jouaient du bon hockey. Tout ce dont ils avaient besoin, c'était un gardien qui faisait les arrêts. »

C'est ce que Roy a fait, et plus encore. Il a remporté le trophée Conn-Smythe, remis au joueur le plus utile à son équipe en séries, fort d'une fiche de 16-4 avec une moyenne de buts alloués de 2,13 et un pourcentage d'arrêts de ,929. Après 17 matchs éliminatoires, Price affiche un dossier de 12-5 avec une moyenne de 2,02 et un taux d'efficacité de ,934.
En cours de route, Roy a frustré un tireur après l'autre, son travail étant notoirement mis en évidence par son fameux clin d'œil dirigé vers Tomas Sandstrom lors de la prolongation du match 4 à Los Angeles, Roy ne cédant aucun retour à l'attaquant des Kings.
« Tout le monde parle du clin d'œil, a-t-il dit. Ils me posent tous la même question : "Pourquoi? Qu'est-ce que ça signifiait? " […] Quelles étaient les chances que la caméra capte le moment? C'était une fraction de seconde. Tu ne penses jamais que la caméra va se retrouver presque à l'intérieur de ton masque. Tu revois la vidéo et tu te demandes ce qui s'est passé. »
C'est la même question que plusieurs se posaient au sujet de ce parcours éliminatoire de 1993 et qu'ils se posent encore aujourd'hui.
Vingt-huit ans plus tard, Price a réalisé un brillant arrêt devant l'attaquant des Golden Knights de Vegas Mark Stone dans le match no 1 de la demi-finale, avant de faire un clin d'œil qui a été capté par la caméra.
À près de trois décennies d'intervalle, le plus récent championnat des Canadiens et le parcours improbable de son successeur sont ainsi joints par les gestes malicieux de deux gardiens jouant pour deux équipes apparemment plus grandes que la somme de leurs parties.
Crédit photos : Getty Images/HHoF Images

















