Patrick Roy a très bien connu Pierre Lacroix, l'agent de joueurs et le dirigeant d'équipe, mais également l'homme derrière. L'ancien gardien vedette de l'Avalanche du Colroado a raconté dans une anecdote, lundi, tout ce qu'il était.
Un rassembleur et un fin négociateur
Pierre Lacroix a influencé positivement le cheminement de plusieurs hockeyeurs, comme celui de Patrick Roy

« Mes débuts avec l'Avalanche avaient été difficiles », a relaté Roy, en commentant le décès de Lacroix en visioconférence. « Après un match, à ma sortie de l'aréna, ce n'était pas ma femme qui m'attendait, mais bien Pierre. Il m'a dit que c'est lui qui me ramènerait à la maison. Nous avions eu une bonne discussion. Je lui avais dit que ce n'était pas une situation facile pour moi, que j'avais beaucoup d'admiration pour lui et que j'avais peur de le décevoir. Il m'avait alors dit d'arrêter d'avoir peur, de faire ce que j'avais à faire et que tout irait bien. Il a toujours eu à cœur de faire se sentir bien tout le monde dans son entourage. »
Six mois environ après la promenade nocturne en automobile, Roy, Lacroix et tous les autres membres de l'Avalanche soulevaient la Coupe Stanley à bout de bras.
Les deux hommes allaient répéter l'exploit cinq ans plus tard, en 2001.
Dimanche midi, Roy a eu peine à y croire quand le fils de Lacroix, Éric, lui a envoyé un message texte afin de lui annoncer la triste nouvelle.
Lacroix est décédé de complications liées à la COVID-19
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« Ç'a été un choc sur le coup, a-t-il avoué. Tu ne t'attends pas à recevoir une nouvelle semblable. C'était comme surréaliste.
« Par après, tu te remémores des souvenirs et ce que la personne a représenté pour toi dans ta carrière à partir du moment que tu as fait sa rencontre. »
Le premier souvenir, sa première rencontre avec Lacroix, l'agent de joueurs, dans les années 1980, demeure vif dans sa mémoire.
« J'étais dans le junior avec les Bisons de Granby et on était au restaurant Saint-Hubert au centre-ville, s'est-il remémoré. Mon père m'avait fait rencontrer deux agents et j'avais adoré ma première rencontre avec Pierre. Ça avait bien connecté. Pour l'avoir bien connu par la suite, Pierre était un vendeur extraordinaire, il avait un charisme extraordinaire. Il te faisait sentir comme un membre de la famille. »
Il a été un des premiers agents de joueurs influents dans la LNH. Il a eu Robert Sauvé et Mike Bossy comme premiers clients vers la fin des années 1970. Il a même représenté les célèbres frères Stastny, peu de temps après leur réunion à Québec au début des années 1980. Vincent Damphousse, Roy, et les frères Turgeon, Sylvain et Pierre, ont été d'autres de ses clients. Il en prenait un soin jaloux, comme s'ils étaient ses enfants.
L'ancien attaquant vedette Pierre Turgeon mentionnait dernièrement en entrevue à LNH.com, dans le cadre d'une série de reportages en vue du repêchage d'Alexis Lafrenière, tout ce que Lacroix avait fait pour son frère aîné Sylvain et lui. Les Lacroix ont même accueilli les deux Abitibiens à leur demeure de Laval pendant quelques étés.
Homme de cœur et rassembleur, Lacroix n'était pas différent comme dirigeant d'équipe. Le négociateur hors pair était également un fin renard. Il ne craignait pas de poser des gestes afin d'améliorer l'équipe.
« À jamais dans mon cœur »
Dès son arrivée en poste chez les Nordiques de Québec en 1994-95, il s'est départi du très talentueux Mats Sundin afin de mettre la main sur Wendel Clark. L'année suivante au Colorado, il a fait l'acquisition de Claude Lemieux, de Sandis Ozolinsh et de Roy.
L'acquisition de Roy lui est tombée comme sur un plateau d'argent. Le gardien est devenu disponible à la suite de son embrouille avec les dirigeants des Canadiens, le 4 décembre il y a 25 ans.
Plus tard, avant la deuxième conquête de la Coupe, Lacroix est allé chercher les Rob Blake et Raymond Bourque.
« Il me disait chaque année : "Bob, je dois faire la grosse transaction pour aider l'équipe" », a relaté au Réseau des sports (RDS) l'ancien entraîneur de l'Avalanche Bob Hartley, qui poursuit sa carrière en Russie.
« C'était un organisateur incroyable, un homme qui dégageait la soif de victoire. »
Nos coeurs sont lourds aujourd’hui alors que nous disons au Revoir á un grand ami, mentor et leader. Pierre Lacroix m’a donner l’occasion de vivre mon rêve ultime de gagner une Coupe Stanley. Je serais á jamais reconnaissant de sa confiance en moi, de son amitié, de sa direction pic.twitter.com/BFMJuWbila
— Ray Bourque (@RayBourque77) December 14, 2020
Lacroix a été servi à souhait avec les Nordiques et l'Avalanche, savourant neuf titres de section d'affilée, en plus des deux championnats.
« Ç'a été une grande poussée d'adrénaline pendant une dizaine d'années », avait-il confié à LNH.com dans une entrevue réalisée en 2018 à Las Vegas, où il passait ses hivers avec son épouse Colombe.
Hartley a ajouté que quand il entendait Lacroix faire des propositions à ses homologues, on aurait dit que c'était toujours un lapin contre un cheval!
« À l'entendre, on aurait cru qu'il était toujours le perdant. Il raccrochait la ligne et je lui demandais comment il faisait ça et il me répondait qu'avec de la patience, ça finirait par fonctionner. »
Hartley a dit en terminant qu'il doit énormément à Lacroix parce qu'il lui a donné sa première chance dans la LNH.
« Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, ma famille et ma carrière. Je te porte à tout jamais dans mon coeur », a-t-il lancé, émotif.
Un mentor pour Sakic
Un autre qui lui est grandement redevable, c'est l'actuel vice-président des opérations hockey et directeur général de l'Avalanche Joe Sakic. Lacroix a vu à faire du travail de mentorat auprès du joueur de centre vedette, à l'issue de sa carrière.
« C'est moi qui l'ai incité à tenter sa chance, je ne peux pas faire autrement que d'être heureux des succès qu'il connaît », disait Lacroix il y a deux ans.
Sakic a été engagé le 10 mai 2013, quatre ans après avoir accroché ses patins.
« J'ai eu confiance en Pierre dès ma première rencontre avec lui. Il a été un formidable directeur général, mais une meilleure personne », a commenté Sakic dans un communiqué. « C'était un visionnaire et un véritable leader. Il a été un mentor pour moi, quelqu'un de qui j'ai énormément appris sur le plan des affaires. Il me manquera beaucoup ainsi qu'à toute l'organisation. Il a non seulement fait de l'Avalanche une équipe championne, il a fait rayonner le hockey au Colorado.
« J'offre mes plus vives sympathies à "Coco" (son épouse Colombe), Martin, Éric et à toute la famille Lacroix », a conclu Sakic.

















