DARCHE BADGE CHAUMONT

ELMONT, New York – Mathieu Darche ouvre la porte de la loge de la direction des Islanders de New York sur la passerelle de presse du UBS Arena pour une rencontre entre la première et la deuxième période du match contre les Blues de St. Louis.

Après 20 minutes, les Blues mènent 1-0. Brayden Schenn a déjoué Ilya Sorokin dès la 42e seconde sur une descente à deux contre un. C’était le premier tir du match.

Un mauvais départ pour un match d’un samedi après-midi du 22 novembre n’allait toutefois pas faire dérailler une entrevue prévue depuis plusieurs jours.

« J’espère qu’on reviendra et qu’on gagnera ce match, mais je t’avais dit qu’on se parlerait aujourd’hui, a répliqué Darche. Je veux toujours gagner. Je trouve ça pire de regarder un match de la passerelle de presse. »

« Je ne dirais pas que je suis nerveux pour un match, mais je suis dedans, a-t-il continué. Que l’équipe connaisse du succès ou non, ça repose sur tes épaules comme DG. »

Les Islanders n’ont pas gagné ce match contre les Blues. Ils ont subi un revers de 2-1.

Embauché le 23 mai dernier, après le non-renouvellement du contrat de Lou Lamoriello, Darche est devenu le septième directeur général de l’histoire des Islanders. Six mois plus tard, il se sent bien en selle dans ses nouvelles responsabilités.

« Honnêtement, je trouve que ça se déroule très bien, a-t-il dit. J’ai été très, très chanceux de compter sur un mentor comme Julien BriseBois. Ce n’est pas tous les adjoints à un DG qui ont autant de responsabilités. Je touchais à tout avec le Lightning. »

« Il n’y avait rien de nouveau pour moi à mes débuts dans le siège de DG avec les Islanders. Tout ce que j’avais à faire, je le savais déjà. Et je remercie Julien pour mes six ans avec lui à Tampa. Il riait souvent en me surnommant son chef des opérations. Je me sentais bien préparé pour ce boulot. J’ai lancé mon aventure rapidement avec le repêchage et l’échange de Noah Dobson. Je le redis, mais j’ai appris d’un des meilleurs de la LNH. »

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Mathieu Darche (à gauche) a travaillé auprès de Julien BriseBois (au bas) chez le Lightning de Tampa Bay de 2019 à mai 2025

Vendre sa vision et ses valeurs

À 48 ans seulement, Darche a gravi les échelons pour devenir DG bien plus rapidement qu’il l’a fait comme ailier au sein d’une équipe de la LNH.

Jamais repêché et issu du programme de l’Université McGill, il a joué un premier match dans la grande ligue à l’âge de 24 ans (Blue Jackets de Columbus). Il avait 30 ans à sa première saison complète avec le Lightning de Tampa Bay. Et il avait 33 ans quand Bob Gainey l’a rappelé des Bulldogs de Hamilton pour jouer avec les Canadiens de Montréal où il a terminé sa carrière (deux saisons et demie avec le CH).

« Comme DG, j’ai suivi un chemin plus en ligne droite et j’ai été chanceux, a-t-il rappelé. Je suis rentré directement comme adjoint à Julien chez le Lightning. Je n’ai pas eu à commencer par le développement des joueurs ou comme recruteur amateur ou professionnel. Julien m’a confié un poste important dès le départ. »

« Quand j’étais à l’Université McGill et que je jouais au hockey, je ne pensais pas nécessairement à une carrière chez les professionnels, a-t-il enchaîné. J’y suis arrivé finalement. Mais à cette époque, je me disais que je voulais travailler dans le milieu du sport. Je savais déjà qu’à ma retraite je voudrais explorer le côté direction d’une équipe de hockey. Je ne souhaitais pas devenir coach. Je suis chanceux. J’ai atteint un autre objectif et je suis tombé au sein d’une bonne organisation avec les Islanders. »

Avant de convaincre les Islanders, Darche avait rencontré quatre autres équipes pour le même poste. Gagnant de la Coupe Stanley à ses deux premières saisons avec le Lightning (2020 et 2021), il s’est retrouvé souvent au cœur d’un processus d’embauche.

« Il y avait eu de petits appels ailleurs, mais rien d’aussi sérieux qu’à mes quatre entrevues pour Montréal, Pittsburgh, Chicago et Vancouver, a-t-il indiqué. Je me suis retrouvé parmi les finalistes avec les quatre équipes, mais du groupe, c’est avec les Penguins que c’était passé le plus proche.

« À ma première entrevue pour un poste de DG, j’avais juste deux ans comme expérience dans la LNH dans un rôle d’adjoint. Est-ce que c’était réaliste après juste deux ans? Ce ne l’était probablement pas. Quand je passais une entrevue, ils me disaient que j’avais un bon plan et une bonne vision. Pour mon entretien avec les Islanders, j’ai partagé mon plan sans nécessairement dire ce que l’équipe pouvait rechercher. Je n’avais pas de censure. Je fonçais avec ma vision et mes valeurs. Ils ont aimé ça. »

Le bon choix avec Roy

À ses premiers jours avec les Islanders, Darche a rapidement mis fin à un possible débat. Patrick Roy resterait son homme de confiance pour diriger l’équipe.

« Quand j’ai été nommé comme DG, j’avais carte blanche pour le choix des entraîneurs. Plusieurs personnes pensaient que nous nous connaissions puisque nous sommes deux Québécois. J’avais jasé une seule fois avec lui avant d’arriver avec les Islanders. Je l’avais croisé à Tampa en marchant vers ma voiture après un match l’an dernier. Je lui avais parlé cinq minutes.

« Deux ou trois jours après mon embauche, je l’ai rencontré à Montréal et nous nous sommes parlé pendant cinq heures. Je voulais apprendre à le connaître et comprendre sa vision, tout en partageant la mienne. J’avais aussi fait mes devoirs en discutant avec plusieurs de ses anciens collègues dans le junior ou dans la LNH. Dès la sortie de notre première rencontre, je savais que je voulais travailler avec lui. »

Dans un corridor du UBS Arena, Roy a retrouvé un sourire après le revers face aux Blues pour décrire sa relation avec Darche.

« Premièrement, je dirais qu’il a atteint un grand niveau d’expérience et de connaissance en travaillant aux côtés de Julien BriseBois pendant longtemps, a affirmé le pilote de 60 ans. Il méritait cette chance comme DG. Deuxièmement, j’aime son énergie et son travail d’équipe. Tu vois qu’il a bien appris à Tampa. Il fera de belles choses pour les Islanders. »

Une rondelle et une pensée pour papa

Anders Lee, le capitaine des Islanders, a offert un cadeau à son directeur général après la première victoire cette saison. Il lui a donné la rondelle du match, une victoire de 4-2 contre les Oilers d’Edmonton (16 octobre).

« C’était le fun comme moment, a dit le Montréalais. J’ai trouvé ça ironique puisque Julien (BriseBois) était dans le building au UBS Arena. Il était là dans son rôle pour Hockey Canada et les Jeux olympiques. Je lui ai dit que je l’attendais pour gagner un premier match. »

« J’ai gardé la rondelle de cette première victoire et je l’ai placée sur une plaque chez moi. C’était un beau cadeau. J’aurais voulu connaître ma première victoire avant mon quatrième match, mais depuis ce lent départ, nous jouons du très bon hockey. »

Avec les Islanders, Darche a comme mission de refaire de cette équipe une formation gagnante, comme à la belle époque de Mike Bossy et de Bryan Trottier au début des années 1980. Une époque où il regardait le hockey avec son père, Édouard.

Décédé à l’âge de 75 ans au mois d’août 2024, Édouard suivra maintenant les traces de fiston du haut du ciel.

« Mon père aurait conduit pour venir à New York pour ma première conférence comme directeur général des Islanders, a dit Darche. Quand je passais des entrevues pour un poste de DG, je ne parlais à personne. Ceux qui le savaient, c’était ma femme, Julien et le propriétaire à Tampa.

« Mon père savait que je ne voulais pas en parler, mais il googlait mon nom souvent. Il avait hâte de me voir recevoir une chance. Je sais qu’il est heureux pour moi. Je pense souvent à lui. J'ai pensé à lui après ma première victoire. »

Si papa n’est plus de ce monde, maman garde un œil attentif sur le jeune DG des Islanders.

« Ma mère (Lucie) me fait rire. Elle me texte souvent après nos matchs. La semaine dernière, elle m’a envoyé un texto après notre victoire contre les Golden Knights à Vegas. Elle m’a dit bravo tout en me rappelant que mon père aurait trouvé qu’il y avait trop de punitions pour les Islanders. Quand j’ai perdu mes trois premiers matchs, elle jouait aussi son rôle de maman en s’assurant que j’étais correct. »

Et il y a aussi frérot. Jean-Philippe, un ancien spécialiste des longues remises avec les Seahawks de Seattle et les Chiefs de Kansas City dans la NFL et aujourd’hui médecin, reste bien en contact.

« J-P fera le voyage des pères ou mentors avec les Islanders. Je l’ai invité. Il me texte aussi constamment et il suit tous nos matchs. Quand Romanov s’est blessé après le contact avec Rantanen, il m’a offert un diagnostic de médecin juste en regardant la scène. Je lui ai dit que c’était pas mal ça! »

Les Islanders ont offert le diagnostic officiel pour Romanov au lendemain de l’entretien avec Darche. Opéré à une épaule, l’ancien défenseur du CH s’absentera pour une période de cinq à six mois.