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LHJMQ et repêchage LNH : Les symptômes d'un mal plus profond

Les résultats décevants des deux dernières années au repêchage de la LNH soulèvent des questions

par Guillaume Lepage @GLepageLNH / Journaliste LNH.com

CHICAGO - On savait d'ores et déjà que la cuvée 2017 de la LHJMQ ne passerait pas à l'histoire, mais force est d'admettre que les résultats décevants des deux dernières années au repêchage de la LNH sont peut-être les symptômes d'un mal plus profond du hockey québécois.

Cette fin de semaine à Chicago, 42 joueurs de la Ligue de hockey l'Ontario (OHL) et 33 autres de la Ligue de hockey de l'Ouest (WHL) ont trouvé preneur. La LHJMQ, elle, a produit 14 choix de repêchage, dont seulement neuf Québécois - un de plus que l'an dernier.

C'est le même total que la République tchèque (9) et 14 de moins que ce qu'a fourni la Finlande, un pays qui compte trois millions moins d'habitants que le Québec. Pire encore, seulement quatre joueurs de la province ont été réclamés au cours des quatre premières rondes, signe que le talent de premier plan n'était pas au rendez-vous.

« Je pense que c'est un élément qu'on sentait venir au niveau de la production des joueurs sur nos territoires, a expliqué le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, dernièrement. Les cycles varient selon les bassins de joueurs avec un talent qu'on peut développer. Ce n'est pas une surprise de voir où l'on est.

« En ce moment, c'est extrêmement positif pour les années à venir. »

Positif certes, mais faut-il toujours se rabattre sur les bons résultats de l'année précédente - s'il y a lieu - ou sur les signes encourageants pour les années suivantes?

Ce phénomène qu'on dit « cyclique » ne semble jamais se produire dans les équivalents canadiens de la LHJMQ. Du moins, pas de manière aussi drastique. Pour la quatrième fois en six ans, le circuit junior québécois a produit moins de 20 espoirs.

« Je crois que c'est une belle excuse, a déclaré un dépisteur sous le couvert de l'anonymat. C'est la réponse classique de la LHJMQ. »

Comme le veut désormais la coutume, plus d'une dizaine de joueurs du circuit Courteau ont reçu des invitations de la part d'une des 31 formations lorsque les sept rondes de sélection ont été complétées.

« C'est certain que le repêchage c'est notre bulletin d'évaluation de la réussite et de la performance, a indiqué Courteau. Le repêchage c'est une chose, mais quand c'est terminé plusieurs joueurs sont invités à des camps de perfectionnement.

« Au courant de la saison, plusieurs joueurs autonomes se voient accorder des contrats. Tout ça mis ensemble, ça compense et on arrive avec un résultat qui est très bon. Mais l'objectif premier, c'est d'avoir une bonne séance de sélection, c'est certain. »

Évidemment. Parce qu'une équipe investit beaucoup moins dans un joueur qu'elle invite à son camp que lorsqu'elle sacrifie un choix de repêchage pour l'obtenir. Cela explique en partie pourquoi les joueurs québécois se font de plus en plus rares dans la LNH.

Selon plusieurs, il faudrait évaluer le système de développement à sa source plutôt que de tenter de contourner le problème.

« Je trouve qu'on se console en se disant que c'est cyclique, mais à un moment donné, il faut creuser plus profondément, a lancé un autre recruteur professionnel voulant garder l'anonymat. On dirait qu'on a peur de dire les vraies choses.

« Dès qu'on a un bon résultat, on va pousser dessus et on va en parler vraiment positivement, mais il faudrait réellement réfléchir au problème qui se cache derrière les années de misère. »

Des solutions?

De l'avis de plusieurs observateurs sondés, Hockey Québec devrait revoir la manière dont elle enseigne le hockey dès que les jeunes donnent leurs premiers coups de patin. 

Si les pays scandinaves comme la Finlande connaissent désormais autant de succès, c'est qu'ils ont procédé à cet examen de conscience et qu'ils ont opéré une refonte complète du système de développement au hockey mineur.

À la base de cela, des entraîneurs qualifiés et salariés qui ont pour seul objectif d'amener le talent des jeunes à un autre niveau.

« Je comprends qu'il y a des réalités avec tout ça, qu'on ne se mettra pas à faire des changements demain matin, mais le modèle européen est certainement à considérer », a dit un recruteur.

« Le hockey est quand même fait pour être rentable, certaines personnes essayent de faire de l'argent avec ça, donc ça vient compliquer le tout. »

Concrètement, sur la glace, cela pourrait se traduire par une attention accrue portée au développement individuel de chaque joueur, ce qui n'est pas le cas en ce moment.

« D'enseigner des systèmes de jeu dans le novice, ce n'est certainement pas la meilleure façon pour les jeunes de développer leurs aptitudes individuelles, a-t-il poursuivi. Il y a quand même de bonnes structures en place, mais je pense que l'accent est mis sur la victoire au détriment du développement.

« Il faut se donner les moyens de développer des joueurs et non pas seulement penser au collectif. »

Cette hypothèse ne trouve cependant pas nécessairement écho dans les hautes sphères du hockey québécois.

« Ce n'est pas une question de développement, c'est une question de talent, de bassin de joueurs disponibles pour être capable de produire des joueurs pouvant atteindre la LNH, a affirmé Courteau.

« Il y a toujours place à l'amélioration pour donner un encadrement approprié aux joueurs susceptibles d'atteindre des rangs supérieurs, mais au niveau du hockey mineur on fait quand même un bon travail. »

Alors que les trois prochaines cuvées de la LHJMQ s'annoncent déjà fructueuses, l'occasion serait belle de se pencher sur le sujet pour faire en sorte que ce succès se poursuive à long terme.

Pour s'assurer que les cycles se stabilisent enfin au sommet de la courbe.

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